La Quatrième Voie (Chauthi Koot)

Par Cinealain

Date de sortie 8 juin 2016


Réalisé par Gurvinder Singh


Avec Suvinder Pal Vicky, Rajbir Kaur, Gurpreet Bhangu,

Taranjeet Singh, Harleen Kaur, Harnek Aulakh,

KanwaIjeet Singh, Tejpal Singh, Gulshan Saggi


Genre Drame

Titre original Chauthi Koot


Production Indienne, Française

Synopsis

Chauthi Koot dépeint l’atmosphère du Pendjab de 1984, faite de paranoïa, de méfiance et de peur.

Le film repose sur deux incidents aux liens ténus en apparence : deux amis hindous tentent de rejoindre Amritsar, cinq mois plus tôt, un fermier est contraint à tuer le chien de la famille.

Une histoire se fond dans l’autre, dans un mouvement de flux puis de reflux, semblable à une course de relais où un personnage passe le bâton à un autre avant de le reprendre.

La condition humaine, celle de l’homme ordinaire écartelé entre les abus des militaires et la violence du mouvement séparatiste Sikh, lie ces deux histoires.

Contexte historique.


Du 3 au 8 juin 1984 Indira Gandhi, alors premier ministre,  envoie au Pendjab, état du nord de l’Inde, des troupes militaires équipées d’hélicoptères et de chars d’assaut, pour appréhender une poignée de Sikhs séparatistes, accusés d'avoir entreposé des armes dans le temple sikh.

Cet assaut fut appelé "Opération Blue Star".
La nouvelle de l’assaut se répand très rapidement et des milliers de personnes des villages environnants se rassemblent en une marche de soutien en direction d’Amritsar.
Le nombre de morts exact varient selon les sources, certaines mentionnent jusqu’à 5000 tués.

31 octobre 1984. Indira Gandhi est assassinée par ses deux gardes du corps sikhs. Dans la seule ville de Delhi, plus de 2000 Sikhs trouvent la mort dans les émeutes anti-Sikhs qui s’ensuivent.


Chauthi Koot ne traite pas directement des événements de 1984, mais de l’atmosphère ("mahaul" en pendjabi) de cette époque. Le film explore la façon dont les bouleversements sociaux et politiques dérobent à l’homme ordinaire le droit de vivre sa vie en paix, trouvant ainsi des échos à travers le monde.

Gurvinder Singh a fait des études en réalisation au Film & Television Institute of India (FTII) à Pune, où il obtient son diplôme en 2001. Entre 2002 et 2006, il voyage énormément à travers le Pendjab, vivant et accompagnant les musiciens itinérants, pour un travail de documentation sur les chansons populaires et histoires orales. En 2005, il est invité par un réalisateur de la Nouvelle Vague indienne, Mani Kaul, à être son assistant de chargé de cours au FTII. Cela mène à une étroite collaboration avec le réalisateur, qui devint son mentor. Il traduit et publie un recueil d’entretiens avec Mani Kaul, intitulé Unclove Space.

En 2011, il réalise son premier long métrage de fiction en pendjabi, Alms for a Blind Horse. Le film est présenté en avant-première au Festival de Venise, dans la section compétitive Orizzonti, et fut projeté dans de nombreux festivals, tels que Rotterdam, Busan, Londres etc., en plus d’être projeté au MoMA à New York. Il obtient le prix du Jury au Festival d’Abu Dhabi, et le prix du meilleur film à l’International Film Festival of India (IFFI) à Goa en 2012. Il remporte trois oscars en Inde, dont la meilleure mise en scène et de la meilleure photographie.

En plus du cinéma, Gurvinder Singh peint, et il travaille actuellement à sa première exposition

Genèse du projet.


La famille de Gurvinder Singh est originaire de l’Etat du Pendjab, au nord de l’Inde. Il naît et grandit à Delhi, et son seul lien avec le Pendjab reste la langue, le pendjabi, parlée chez lui et dans tout le quartier de son enfance. C’est la langue des migrants, celle des expulsés de leur terre natale, l’ouest du Pendjab, qui devint partie intégrante du Pakistan lors de la partition de l’Inde en 1947. Dans les années 1980, durant son enfance et son adolescence, il rêve à sa patrie perdue. Son seul moyen de la connaître est à travers la musique et les histoires : la littérature pendjabie contemporaine devient sa porte d’entrée pour comprendre les unions et les divisions socio-politiques d’une société pendjabie majoritairement agraire. Cela l’amène à faire son premier film, Alms for a Blind Horse (Anhey Ghorey Da Daan), adapté du roman éponyme de Gurdial Singh.


La littérature pendjabie devint sa source d’inspiration pour la seconde fois à la lecture du recueil de nouvelles intitulé Chauthi Koot du célèbre écrivain pendjabi, Waryam Singh Sandhu. Cela lui inspire un film combinant deux nouvelles du recueil : The Fourth Direction et I am Fine Now.

Waryam Singh Sandhu est un écrivain indien. Il a reçu le très prestigieux prix Sahitya Akademi en 2000 pour son recueil de nouvelles Chauthi Koot. Ses écrits en pendjabi ont été traduits dans de nombreuses langues indiennes. Il vit au Canada.

"Les histoires de Waryam sur les événements autour du mouvement militant des années 1980 entraient en résonnance immédiate, car c’était pour moi une période vécue et sensible. C’étaient les récits d’un homme pris dans un dilemme et contraint à trouver une solution, et donc contraint à l’action en quelque sorte. J’étais enthousiaste à l’idée de faire fusionner ce sentiment inéluctable de la prise de décision brusque et en réaction rapide à une situation, avec le style cinématographique posé, concis et profondément contemplatif que j’ai développé dans Alms for a Blind Horse" .déclare le réalisateur Gurvinder Singh.

Chauthi Koot a été tourné dans des régions du Pendjab qui furent véritablement touchées par le militantisme dans les années 1980, près de la frontière indo-pakistanaise, dans les provinces d’Amritsar, de Tarn Taran et de Ferozpur dans le Pendjab.


Pour Gurvinder Singh, les saisons sont un élément aussi important que les lieux de tournage du film. Pour Chauthi Koot, il voulait travailler dans la chaleur et l’humidité des moussons.

"Il a fait chaud et sec pendant plusieurs jours et je me demandais si on allait finir par avoir des nuages ou de la pluie dans le film. Puis, un jour, un orage éclata soudainement et il a plu sans interruption pendant une semaine. Les lieux de tournage furent inondés, et il était devenu difficile d’y accéder. Mais nous avons continué à tourner malgré tout et utilisé ces éléments dans le film. La séquence de l’orage est désormais une scène importante du film. Je ne peux pas imaginer le film sans". déclare le réalisateur.

Choix de casting.


Lorsque Gurvinder Singh fait le casting, il cherche d’abord à voir si la présence de la personne à l’écran peut résonner avec le personnage dont il essaie de faire le portrait, qu’elle ait une expérience de jeu ou non.

Pour Chauthi Koot, le réalisateur a trouvé cette résonnance dans une combinaison d’acteurs professionnels de la télévision, du théâtre, du théâtre de rue et d’acteurs non-professionnels.


"La deuxième chose, c’est la voix. La voix doit entrer en résonance avec l’émotion que le personnage doit projeter dans le plan ou la scène. C’est quelque chose de très abstrait et intuitif. Parfois, la voix sonne complètement faux même si le visage est le bon. Les deux doivent se compléter, d’une façon ou d’une autre", ajoute le réalistaeur.


Pour Chauthi Koot, Gurvinder Singh a décidé de ne pas du tout faire de répétitions. Avant de tourner une scène, il parlait juste à l’acteur, et lui expliquait l’action, l’humeur et sa relation à la caméra par rapport au mouvement et au cadre.

"Il y a un aspect brut et plein d’énergie dans une performance lorsqu’elle est spontanée, même si on a conscience de la présence la caméra et des lumières . Parfois, la première prise s’avère étonnamment bonne. Même là, je refais des prises, à la recherche d’une nouvelle surprise.

Quand je vois que les acteurs sont fatigués, j’arrête ! Mais il n’y a pas de bonne ou mauvaise performance. La bonne prise est celle qui crée la bonne impression, le bon sentiment par rapport à ce qu’il y avant et après." précise Gurvinder Singh.

Marc Marder, qui a composé la musique pour Chauthi Koot, est un New-Yorkais qui vit à Paris depuis quarante ans. Gurvinder Singh voulait travailler avec lui depuis qu’il avait entendu sa musique dans le film de Rithy Panh, L’Image Manquante.

"Je ne veux pas utiliser de musique pendjabie ou indienne dans mes films. Je préfère le genre de musique qui ne porte pas avec elle une émotion préétablie. La tonalité que prend la musique est en réponse à l’image et au son. La musique moderne expérimentale est plus malléable pour s’incorporer aux autres sons et interagir avec l’image", dit-il.

Mon opinion

Un film sorti en petit circuit pour ce réalisateur indien qui pourrait bien surprendre.

Il commence sa carrière par des documentaires, ce long-métrage tire, par moments, vers ce style cinématographique. Si le film souffre de quelques imperfections, dont un scénario quelque peu léthargique, la réalisation est une vraie réussite.

Gurvinder Singh n'impose rien. Avec une succession d'images magnifiques, des situations souvent bouleversantes, une ambiance lourde, et parfois écrasante de silence, il parvient à capter l'attention des premières images jusqu'à la toute fin du film.

La paranoïa qui étouffe les principaux protagonistes appuie avec une grande maestria sur ces évènements dramatiques survenus en Inde et plus exactement en 1984.