Elle

Par Cinealain

Date de sortie 25 mai 2016


Réalisé par Paul Verhoeven


Avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Virginie Efira,

Anne Consigny, Charles Berling, Judith Magre, Vimala Pons, Alice Isaaz


Genre Thriller


Production Française, Allemande
 

Elle, en Compétition au Festival de Cannes 2016
 

Synopsis

Michèle (Isabelle Huppert) fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre.

À la tête d'une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d'une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu.

Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s'installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

Entretien avec le réalisateur Paul Verhoeven, relevé dans le dossier de presse.

Propos recueillis par Claire Vassé.


Comment avez-vous eu le projet d’adapter “Oh…” de Philippe Djian ?


L’idée ne vient pas de moi mais de Saïd Ben Saïd, le producteur. Il m’a contacté aux États-Unis, m’a envoyé le livre de Philippe Djian, que l’ai lu et que j’ai trouvé effectivement très intéressant. Je savais qu’on pouvait en faire un film mais il fallait y réfléchir, trouver ma manière à moi de m’approprier cette histoire que je n’aurais jamais inventée moi-même.


Comment s’est passé le travail d’adaptation ?


Il était très important pour moi de me réapproprier cette histoire, beaucoup de choses ont déjà été définies lors de mes discussions avec David Birke, l’auteur américain du scénario – je n’ai jamais écrit une première version de scénario, j’en confie toujours le premier jet à un vrai scénariste. À cette étape, tout était encore ouvert, les choses se sont façonnées progressivement, comme pour une sculpture. Ma personnalité de metteur en scène s’est insinuée peu à peu dans cette histoire. L’étape du story-board a également été très importante pour faire mien le roman, le traduire en action visuelle.


À un moment, il y a donc eu l’idée de tourner Elle aux Etats-Unis…


Oui, d’où le choix d’un scénariste américain, avec la perspective de déplacer l’histoire de Paris à Boston ou Chicago. Et avec un casting complètement américain. Mais c’était compliqué, d’un point de vue financier, et aussi artistique : on s’est rendus compte qu’aucune actrice américaine n’accepterait de jouer dans un film aussi amoral. Même celles que je connaissais bien, il leur était impossible de dire oui à un tel rôle. Alors qu’Isabelle Huppert, que j’avais rencontrée au tout début du projet, elle était très partante pour faire le film. Au bout de six mois, Saïd m’a donc dit : "Pourquoi se bat-on pour faire ce film aux États-Unis ? C’est un livre français, Isabelle Huppert a très envie de jouer le rôle. On est stupides ! " Il avait raison. Rétrospectivement j’ai réalisé que jamais je n’aurais pu faire ce film aux États-Unis avec la même authenticité.

Michèle est une femme puissante comme la plupart de vos héroïnes mais effectivement, elle réagit de manière dérangeante à ce viol…


C’est une histoire, ce n’est pas la vie, ni une vision philosophique de la femme ! Cette femme en particulier agit ainsi. Ce qui ne veut pas dire que toutes les femmes vont ou doivent agir ainsi. Mais Michèle, elle le fait ! Et mon travail consistait avant tout à mettre en scène cette histoire de la manière la plus réelle, intéressante et crédible possible. Grâce notamment à Isabelle Huppert, dont le jeu incroyable rend convaincant le comportement de son personnage.


Et aussi grâce à votre mise en scène, jamais explicative.


Bien sûr qu’il ne fallait pas expliquer. L’explication, c’est le spectateur qui doit se la faire, à partir des éléments qu’on lui a donnés, sans que l’un d’entre eux justifie tout à lui seul. Je ne voulais pas par exemple que l’on puisse se dire que Michèle enfant a été tellement traumatisée par l’acte de son père qu’il est normal qu’elle vive ainsi ce viol. Je voulais échapper à cette vision réductrice du personnage et de son comportement. C’est une possibilité mais pas plus. L’explication, c’est avant tout elle, Michèle, dans l’entièreté de sa personne. Quant à savoir si son caractère est originel ou si elle est devenue comme ça parce que… On ne sait pas.

Vous maîtrisez l’art de l’ambiguïté.


Quand Isabelle Huppert a vu le film, c’est l’une des choses qu’elle m’a dite : "Le plus intéressant, c’est l’ambiguïté continuelle". Effectivement, c’est toujours ambigu. Il est difficile de comprendre entièrement cette femme, tout est flottant, les intrigues se mêlent… J’avais déjà fait ça dans d’autres films. Notamment Total Recall, dans un registre totalement différent, en mélangeant rêve et réalité. À la fin, on ne sait pas très bien quoi penser, ce n’est pas clair. J’aime multiplier les hypothèses. Comme dans la vie, on ne sait jamais ce qui se cache derrière un visage souriant. Ou pas…

Très vite, Michèle imagine une scène où elle tue son violeur…


Cette scène de fantasme contribue au climat de trouble et à l’expression de la personnalité complexe de cette femme. Michèle n’a effectivement aucun problème à imaginer la mort de son violeur. Et à la fin du film, quand l’évènement arrive vraiment, que son violeur enlève sa cagoule avant de mourir, elle affiche un petit sourire… Ce moment est très important, nous en avons beaucoup discuté avec Isabelle.

Ce qu’elle fait est minuscule, elle ne joue pas, elle n’agit pas, juste elle pense et on la voit penser : "C’est ce que tu mérites, tu payes pour ce que tu as fait au début". Il y a un côté punition divine dans ses yeux. Et aussi ironique : "Tu aurais pu le prévoir, maintenant, c’est trop tard ! ".

Les scènes de viol sont comme des trous noirs dans le récit du quotidien, dont le fil reprend ensuite comme si de rien n’était pour Michèle…


J’aime beaucoup faire ça. Dans RoboCoop par exemple, j’interrompais la narration par des images d’actualité, des fausses publicités. Je crois que ça vient de mon intérêt pour la peinture, pour Mondrian, avec cette juxtaposition de carrés bleus et rouges, brisée par ces lignes noires… Il fallait que les scènes de viol soient dérangeantes. Si je filmais de la même façon que le reste de l’histoire, c’était un non-sens, et malhonnête. Il fallait se confronter à la violence de ces scènes…

Malgré la violence de ces agressions, on ne voit jamais Michèle défaite, "abîmée"…


Non, ce serait trop attendu, on tomberait dans le mélodrame, et dans l’ennui. C’est plus intéressant et amusant de surprendre le spectateur, de ne pas se contenter de reproduire ce qui a déjà été fait par d’autres metteurs en scène, d’autres scénaristes. Je suis un grand admirateur de Stravinsky, sa manière de composer ses symphonies de manière inhabituelle, de détourner la norme.

Cette décision artistique correspond aussi au caractère de Michèle, son attitude envers les événements : j’ai été violée mais maintenant, je suis là et ça ne compte pas. Commandons à boire et à manger !

Ce choix a aussi une portée morale : vous n’enfermez pas Michèle dans une position de victime, elle manie l’ironie avec une vivacité étonnante.


Comme l’intrigue, la morale est aussi à manipuler dans un film ! Dès que l’on peut, il faut essayer de ne pas suivre le mouvement habituel. Djian non plus n’en fait pas une victime. Faire le contraire aurait été malhonnête vis-à-vis du roman.


La violence que subit Michèle est aussi une manière de mieux se connaître, d’assumer sa propre violence…

… qu’elle assumait déjà beaucoup ! Michèle est une femme très agressive. Sa mère lui reproche de ne vouloir que des choses saines et aseptisées mais j’avoue que je n’ai jamais compris cette réplique qui vient du livre ! Sa façon de se comporter avec sa mère, son fils et la petite amie de celuici est très dure. Elle exprime beaucoup d’animosité envers eux, et aussi dans ses relations sociales et amicales. Il y a de la violence dans tous mes films mais il me semble que c’est normal, il s’agit juste de la violence de l’univers, qui s’affiche à la une des journaux. Et pas seulement à la une : à toutes les pages. Ce sont les mauvaises nouvelles qui font l’actualité, nous sommes des accros aux désastres car le désastre est fascinant et peut aussi être magnifique. La destruction, vue d’une certaine distance, comme des peintures de Turner, c’est sublime. De plus près, bien sûr, c‘est horrible.

Une scène est emblématique des émotions contradictoires qui nous traversent durant tout le film : la confession par Michèle du meurtre de son père à Patrick. On est tour à tour horrifié, amusé, dubitatif, touché...


Oui, cette façon dont elle raconte cette histoire terrible, avec un sourire… Cette scène n’était pas dans le livre, c’est David Birke qui l’a écrite, et Isabelle a tout de suite compris qu’il fallait la jouer dans la légèreté pour mieux nous balader. On ne sait jamais si elle est émue, ou si elle se moque de Patrick. Peu d’actrices pourraient faire ce qu’elle fait. Et puis en fond sonore, il y a la musique de la messe. Et ensuite, dans la même tonalité, la musique du film prend le relais presque jusqu’au "Pas mal, hein ?! " de Michèle. Et là, on retourne à la musique de la messe. Cette musique, plutôt grave et solennelle donne une dimension émotionnelle à la scène, tout en jouant en contrepoint avec le ton léger d’Isabelle.

C’est la première fois que vous tournez en France.


Et c’était un grand plaisir car en France, on a beaucoup de respect pour le film, le metteur en scène. Plus qu’en Hollande ou aux États-Unis. Il n’y a donc eu aucun problème, hormis avec mon cerveau ! Avant de venir ici pour faire le film, j’ai eu des maux de tête terribles, mon médecin ne comprenait pas pourquoi. Et à partir du moment où je me suis installé vraiment à Paris et que j’ai commencé à travailler sur le film, tout a disparu ! Ces maux de tête en effet venaient de la peur, la peur de l’inconnu, la peur de sauter dans une culture différente, une langue différente. Mais après quelques semaines à Paris mon cerveau s’est rendu compte que j’avais assez de prises sur le film, et il a accepté cette aventure tout sauf anodine. Après avoir réalisé des films en Hollande pendant vingt-cinq ans, puis quinze aux États-Unis, c’était vraiment un nouveau pas dans l’inconnu, d’un point de vue quasi existentiel. Tout était inédit pour moi : les acteurs, l’équipe, les lieux... Et c’était très bien car quand on se jette vraiment dans l’inconnu, on devient extrêmement créatif, inspiré. J’avais déjà vécu ça quand j’ai quitté la Hollande pour faire Robocoop aux États-Unis.

La psychologie française du roman est empoignée par votre mise en scène. Même les scènes de repas deviennent de l’action pure !


L’essentiel du film raconte davantage les relations sociales de tous ces gens que l’intrigue criminelle proprement dite.

Pour me préparer, j’ai regardé des films français, mais je voulais effectivement en faire autre chose, avec de la tension tout le temps. C’est la seule façon dont je peux tourner, en cassant sans cesse la linéarité du récit. D’où par exemple la scène dans la voiture entre Patrick et Michèle après la fête. Elle n’était pas dans le roman, c’est David qui l’a écrite pour réinjecter de la tension dramaturgique.

Michèle vient d’avouer à Anna qu’elle avait une liaison avec son mari et maintenant, elle menace Patrick d’aller aussi tout avouer à la police. Quand elle sort de la voiture, va-t-il vouloir la tuer ? Elle-même semble l’attendre, un jeu très angoissant s’instaure entre eux.

Et travailler avec des acteurs français ?


C’était fantastique. Et pas si différent d’avec d’autres d’acteurs. Pour la plupart, je ne connaissais pas ce qu’ils avaient fait avant. Je les ai choisis beaucoup à l’instinct. Je voulais qu’ils soient beaux, attirants et qu’ils n’aient pas l’air trop… français ! Je crois que je les ai filmés comme à travers un filtre américain. On a eu quelques conversations et mes indications étaient basiques : moins de mouvements, plus réduit… C’était fascinant de voir par exemple Charles Berling, un très bon acteur, changer son style de jouer d’une minute à l’autre.


Isabelle Huppert connaissait votre travail ?


Il y a six ou sept ans, Turkish délices avait été programmé à la Cinémathèque Française. Isabelle était là pour présenter le film et elle a dit qu’elle avait vu le film très jeune et que c’était l’une des raisons pour lesquelles elle était devenue actrice. Isabelle n’a peur de rien, n’a de problème avec rien. Elle veut bien tout essayer, elle est d’une audace phénoménale.

Et Laurent Lafitte ?


Quand on s’est rencontrés, je lui ai demandé de faire la scène où il propose à Michèle de lui montrer sa chaudière à la cave, avec quelque chose de dangereux, presque démoniaque dans les yeux. Alors que le reste du temps, il est plutôt positif, souriant… Et il a été capable de le faire. Et puis il est beau ! Après, on a choisi Virginie Efira. À la base, on avait imaginé cette femme un peu effacée, peu épanouie mais cela rendait trop compréhensible que Patrick ait envie d’avoir une histoire avec Michèle. C’était mieux qu’elle soit belle, adulte. Et Virginie fait ça très bien – même si son sex-appeal est moins utilisé ici que dans d’autres films. Dès que je l’ai rencontrée, c’était clair que c’était elle. Quant à Anne Consigny, Judith Magre,Vimala Pons et Alice Isaaz, elles ont toutes un fort tempérament.

Pourquoi le choix de Stéphane Fontaine à la lumière ?


Je voulais un style un peu lâche, pas trop cadré. J’ai regardé le travail de plusieurs chefs opérateurs français et il y avait de ça dans Un Prophète et De rouille et d'os, les deux films d’Audiard que Stéphane Fontaine a éclairés. Je lui ai proposé de tourner à deux caméras, une manière de travailler que je venais d’expérimenter en Hollande avec Tricked, un film pour la télévision, écrit par les internautes. Chaque mise en place était donc prévue pour deux caméras, souvent placées très proches l’une de l’autre pour faciliter la continuité, qu’on voie moins la coupure au montage. J’ai tourné davantage en plan-séquence que d’habitude, caméra à la main et portée à l’épaule. Je voulais un côté un peu nonchalant, observateur. La caméra bouge un peu, comme si elle était en observation, presque voyeuriste.

Lors des deux premières agressions, l’ambiance sonore est froide. Il faut attendre la scène dans la cave pour que la musique symphonique intervienne…

La scène dans la cave commence comme les deux premières scènes de viol, avec de l’électronique mais effectivement, la musique orchestrale arrive ensuite. On a parlé longtemps avec Anne Dudley, la compositrice anglaise de ce que l’on voulait exprimer. Il est très clair à ce moment-là que Michèle est consentante, qu’elle a répondu positivement à cette invitation qui était presque une scène de séduction. Elle a pris la décision d’assumer totalement ce jeu masochiste.

On peut se dire que cette femme de pouvoir accepte peut-être de rentrer dans ce jeu de domination pour revivre à sa manière la scène des meurtres perpétrés par son père mais en en maîtrisant cette foisci le déroulement.


Bien sûr, même si je ne le dis pas explicitement car c’est au public de tirer ses propres conclusions. Lui vient d’avoir son orgasme, il se lève. Puis seulement elle jouit à son tour, quelque chose se lève en elle, qui a affaire, je crois, avec tout ce qui s’est passé bien des années plus tôt. À ce moment-là, grâce peut-être à ce jeu masochiste, elle crie toute la misère accumulée. C’est ainsi du moins que j’en ai parlé avec Anne Dudley pour qu’elle compose une musique plutôt tragique, romanesque.

Dans le roman, Michèle n‘est pas présente au moment de la tragédie provoquée par son père. Dans votre film, non seulement elle est là mais il y a cette image d’elle, le regard vide, aux actualités de l’époque…


Une image qui pourrait évoquer le cinéma fantastique ou d’horreur… Ce n’était effectivement pas dans le roman, c’est de nouveau David Birke qui l’a inventé. Mais sans doute était-il inspiré par le caractère de Michèle que Djian avait créé. Et tout ça fait partie du processus de transformation des mots d’un roman, vers les images d’un film.

Et la reconstitution de l’émission "Faites entrer l’accusé"?


J’ai regardé beaucoup de vidéos de ce genre d’émissions pour m’imprégner de leur esthétique, copier un peu leur façon de cadrer, de monter… Alors que le reste du film est plutôt élégant, j’ai demandé à Stéphane Fontaine de filmer de manière plus heurtée et j’ai accentué cette impression au montage. Et puis on a retravaillé l’image pour lui donner du grain, faire croire qu’elle a été tournée il y a longtemps. C’était intéressant de faire croire au spectateur qu’il s’agit d’une vraie émission, que les événements ont réellement eu lieu. Ce qui était le cas aussi dans le livre de Djian, qui a inventé toute cette histoire, en s’inspirant du tueur Anders Behring Breivik en Norvège.

Qui a conçu le jeu vidéo créé par la société de Michèle et Anna ?


Créer un jeu vidéo inédit aurait coûté trop cher. Et puis on n’avait pas le temps. On est donc partis d’un jeu vidéo français qui existait déjà mais que l’on a un peu modifié pour qu’il s’intègre à l’histoire. Le jeu vidéo permet d’accentuer le climat de violence. Notamment la vidéo pornographique qui circule sur les ordinateurs de toute l’équipe. Dans le livre, Michèle et Anna travaillaient dans l’écriture de scénarios mais cette activité me semblait un peu ennuyeuse à filmer, pas visuelle du tout ! J’étais à Los Angeles dans ma famille, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir faire de ça et ma fille qui est peintre m’a dit : "Et si tu situais les personnages dans le domaine du jeu vidéo ?"


Le personnage de Rebecca, la femme de Patrick est plus développé que dans le roman et il a l’un des derniers mots du film. Et pas des moindres…


Je ne suis pas chrétien, je ne suis jamais entré dans une église, à part Notre- Dame pour en admirer la construction ! Mais j’ai un intérêt certain pour la religion. J’ai étudié Jésus, j’en ai fait un livre, j’aimerais bien en faire un film… Comme le sexe et la violence, la religion est très importante. Il y a vingt ans, on pensait son influence devenue mineure mais elle est à nouveau omniprésente dans nos sociétés – et pas dans un sens positif. Je trouvais donc intéressant de mettre en scène un personnage qui a vraiment la foi. Rebecca est un peu naïve et très dévouée, elle se rend à Saint-Jacques-de-Compostelle…

À chaque fois que j’ai pu, je me suis amusé à accentuer cette dimension religieuse, notamment au dîner quand elle demande à bénir le repas et à regarder la messe de minuit. Et à la fin, elle apprend à Michèle qu’elle était au courant des agissements de son mari. Comme l’Église catholique qui savait depuis mille ans ce que certains prêtres faisaient avec les petits garçons…


Et le titre du film ?


“Oh…” rappelait trop Histoire d’O… Un roman que le producteur français Pierre Braunberger m’avait d’ailleurs proposé d’adapter immédiatement après Turkish Delices. C’est une idée de mon producteur, je trouve qu’il évoque bien le coeur de ce film, centré sur cette personnalité féminine.


À la fin du film, Michèle et Anna partent ensemble, on ne sait pas très bien jusqu’où…


Quand on a tourné cette scène, elles finissaient par s’embrasser mais c’était trop, pas du tout dans le style du film, qui ne dit pas explicitement les choses. Pareil quand elles sont ensemble dans le lit. J’avais filmé la suite, elles faisaient l’amour.
Mais il y avait déjà suffisamment d’indices, j’ai préféré faire une ellipse sur la nuit et laisser le spectateur deviner ce qu’il s’y passe, s’il en a envie… Quand on manie l’ironie, il faut jouer avec les nuances et le doute, ne jamais jeter une interprétation au visage du spectateur.

Mon opinion

Quand Isabelle Huppert a vu le film, elle a confié au réalisateur : "Le plus intéressant, c’est l’ambiguïté continuelle".

Dans cette adaptation du roman Oh, écrit par Philippe Djian, le réalisateur n'impose rien. Il multiplie les hypothèses, selon ses dires. Un mélange à la fois sulfureux, dévoyé, enjoué dans certaines scènes. L'ensemble est souvent sarcastique, intrigant et provocant. Avec, entre autres, des face à face entre mère et fille, particulièrement virulents.  

"L’essentiel du film raconte davantage les relations sociales de tous ces gens que l’intrigue criminelle proprement dite." Déclare Paul Verhoeven. La mise en scène est soignée et s'adapte parfaitement à l'esprit du roman. La psychologie des personnages, se dévoile petit à petit, et laisse le spectateur dans un quasi questionnement.

Des grands noms de théâtre brillent tout autant sur le grand écran. La merveilleuse Judith Magre, que l'on retrouve ici avec un grand plaisir. La douce et parfaite Anne Consigny. Charles Berling, émouvant et attachant. Isabelle Huppert, de toutes les scènes, déploie avec son magnifique talent toutes les facettes proposées par ce rôle en or pour une grande actrice.