Cheap Thrills (La lutte des classes est toujours d'actualité)

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genre: comédie horrifique (interdit aux - 12 ans)
année: 2013
durée: 1h28

L'histoire : Tout juste licencié et menacé d'expulsion, un jeune papa endetté voit sa vie bouleversée quand il rencontre, dans un bar, un couple de gens aisés qui lui propose une solution à ses problèmes financiers... Mais à quel prix ?  

La critique :

Le nom de E.L. Katz (diminutif d'Evan Louis Katz) ne doit pas vous évoquer grand-chose. Pourtant, ce nouvel esthète de la caméra a produit, écrit et/ou réalisé plusieurs films à succès, tout du moins par l'intermédiaire de la vidéo, notamment Mortuary (2005), Autopsy (2008) et ABC of Death 2 (2014). Vient également s'ajouter Cheap Thrills, sorti en 2013, qui n'a pas non plus bénéficié d'une sortie dans les salles obscures. Généralement, les direct-to-dvd ne présentent pas un grand intérêt.
Toutefois et heureusement, on relève encore quelques exceptions. C'est par exemple le cas de Cheap Thrills, qui fait donc partie des bonnes surprises du moment. La distribution du film réunit Pat Healy, Sara Paxton, Ethan Embry, David Koechner et Amanda Fuller.

L'alliance entre l'horreur et la comédie est toujours un pari risqué. On peut le constater avec toute une pelletée de comédies horrifiques sans grand intérêt, s'adressant prioritairement aux adolescents attardés, tout du moins à un public peu exigeant sur la qualité et le scénario des films. En outre, Cheap Thrills possède un concept et un scénario intéressants.
Reste à savoir si le film tient les promesses annoncées. Heureusement, la réponse est positive. Attention, SPOILERS ! Craig connaît de sérieux déboires financiers. Quittant à peine son mioche éploré, il tombe sur un avis d’expulsion et se fait licencier quelques heures plus tard. Au bord du gouffre, il décide de prendre un petit remontant dans un bar voisin et retrouve un ami d’enfance.

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Quelques verres plus tard, les deux acolytes légèrement alcoolisés sont conviés à la table d’un client qui leur donne du pognon sitôt qu’ils réussissent les défis qu’il leur a lancés. Un jeu cruel s’amorce : la compétition entre les deux invités commence et la somme à rafler s’élève à 250 000 dollars. Rien que ça. Encore une fois, avec Cheap Thrills, E.L. Katz possède un concept assez malin qu'il exploite à satiété.
Nanti d'un modeste budget, le réalisateur doit composer avec les moyens du bord et cloître ses quatre protagonistes dans une demeure cossue qui va bientôt devenir la sépulcre de Craig et de son "meilleur" ami, Vince. Tous les deux insolvables et impécuniers, Craig et Vince sont les parfaites caricatures des losers prêts à tout, et même à sacrifier leur propre mère, pour obtenir une poignée de billets.

E.L. Katz a l'intelligence de faire monter la tension crescendo. Tout d'abord, le film commence de façon festive. Craig et son meilleur ami accumulent les verres de vodka et les cocktails les plus fantaisistes et explosifs. Une façon comme une autre d'oublier leur quotidien sordide. De son côté, Craig doit à tout prix payer son loyer s'il ne veut pas être expulsé avec sa famille.
De l'autre, Vince a lui aussi des dettes à rembourser. Après un brigandage qui a mal tourné, les deux potes doivent subir les fadaises et les billevesées de leurs nouveaux tortionnaires, Colin et sa charmante (et libidineuse) femme, Violet. Pourtant, contre toute attente, les deux tourtereaux n'appellent pas la police. Au contraire, ils vont s'amuser et s'ébaudir de leurs nouveaux comparses.

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A partir de là, Cheap Thrills se transforme en comédie noire et malsaine à l'humoir grivois et égrillard. Si certaines gageures lancées sont plutôt faciles à résoudre, d'autres demandent le sacrifice de son propre corps. Dans un premier temps, Craig, qui est marié, subit les avances de Violet. Finalement, pour la "modique" somme de 2 500 dollars, Craig accepte de coïter avec la demoiselle concupiscente, la scène de copulation se déroulant sous les yeux ébaubis du mari.
Peu à peu, le film change de tonalité pour se transfigurer en tragédie à la trajectoire funeste. Pour récupérer un maximum de billets, Craig et son comparse s'empoignent pour se couper l'auriculaire. La somme à gagner ? Pas moins que 15 000 dollars. A travers ce scénario certes un peu fantasque, E.L. Katz réalise un portrait au vitriol de notre société consumériste.

Finalement, Craig et Vince ne sont que les instruments et les caricatures d'un système capitaliste, qui prône à la fois des valeurs hédonistes et égotistes. Cette société répudie et ostracise les individus impécuniers. Quant à ceux qui détiennent l'argent (en l'occurrence, Colin et Violet), ils peuvent désormais exploiter et profiter de cette nouvelle armée de réserve du capitalisme avec un plaisir malsain et non dissimulé. Bref, la lutte des classes est toujours d'actualité. Plus que jamais.
Si le film parvient à provoquer quelques rictus imbéciles, il se mue rapidement en tragédie sociale et meurtrière. En outre, les portraits de Craig et de son acolyte sont tout à fait crédibles, si bien qu'il est facile de s'identifier à ces deux losers. Néanmoins, et c'est souvent le problème avec ce genre de comédie ubuesque, le concept reste assez prévisible.
Au bout d'une petite heure de bobine, le spectateur aura facilement deviné la conclusion finale. Mais ne soyons pas trop sévères, Cheap Thrills fait partie de ces comédies horrifiques récentes, souvent surprenantes, parfois choquantes mais toujours intelligentes.

Note : 14.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver