ADAMA : Un voyage inattendu ★★★★☆

Un film d’animation dur, sensible et touchant.

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Avec Mune, le gardien de la lune, nous parlions il y a peu d’un cinéma d’animation français qui n’avait rien à envier aux pontes américaines, tout en se permettant une plus grande liberté visuelle et narrative. Si le film de Benoît Philippon et d’Alexandre Heboyan visait clairement le cahier des charges d’une production Disney ou Dreamworks, Adama se tourne vers des inspirations moins mainstream et plus adultes, qui demandent une certaine exigence. En mélangeant les techniques d’animation (3D pour les personnages, 2D pour les décors), Simon Rouby accentue un rendu extrêmement sensitif, dans lequel nous partageons la perception que le jeune Adama fait du monde qui l’entoure. Alors qu’il vit dans un village reculé d’Afrique, son frère Samba décide un jour de rejoindre les Nassaras dans le Monde des Souffles. Le sachant en danger, le garçon part à sa recherche dans un voyage qui le mène jusqu’aux tranchées de Verdun, en pleine Première Guerre mondiale. De ce sujet et de la reconstitution historique qu’il impose, on peut se demander si le choix d’un film live n’aurait pas été plus approprié. En réalité, le point de vue du cinéaste et de son scénariste Julien Lilti repose justement sur l’irréalité des actions humaines, dont la force s’amplifie grâce à son dispositif.

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Car si Adama suit le schéma du voyage initiatique dans un contexte particulier, ce n’est que pour mieux séparer son personnage innocent de l’horreur qu’accueillent les décors. Cette dichotomie de l’animation renforce la précision du regard, happé par tant de contrastes qui décrivent les émotions. Flamboyant de mille couleurs, le long-métrage parvient à créer une ambiance unique à chaque scène, fort d’une sensibilité que n’aurait pas renié l’expressionnisme. On passe alors de la quiétude du village d’Adama, paradis utopique isolé entre les montagnes, à la violence d’une guerre telle que pouvait la représenter Otto Dix. Tout en visant un jeune public par l’identification immédiate qui s’opère avec le héros, Rouby ne bride jamais la dureté de son sujet. Il croit en l’intelligence de son public, allant jusqu’à offrir une poésie et un onirisme parfois déroutants.

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Adama trouve ainsi sa puissance dans la beauté qui naît de l’horreur. Durant son voyage identitaire et introspectif, le protagoniste fait la rencontre de plusieurs personnages qui l’aident à avancer dans sa quête. Son innocence et sa détermination à retrouver son frère (malgré le maigre espoir de le retrouver en vie) deviennent les catalyseurs d’un humanisme inconcevable en temps de guerre. Chaque coup de pinceau reflète cette bienveillance, comme si la modestie de l’artisanat cinématographique rendait hommage à la vie. Celui-ci menace à chaque instant d’être détruit de la même main que celle qui l’a créé, résistant du mieux qu’il peut au chaos. Voilà le crédo d’Adama, qui développe de cette façon un magnifique devoir de mémoire sur ces sacrifiés de la Grande Guerre. La justesse de son dispositif le préserve ainsi de toute facilité tire-larmes. L’animation des personnages , souvent saccadée, décompose chaque mouvement afin d’en appuyer l’importance. Il en interdit l’oubli, thématique qui jalonne le métrage au fil des souvenirs et des regrets d’un enfant dont le temps lui échappe. Ne serait-ce que pour ce recueillement, Adama devient un film essentiel.

Réalisé par Simon Rouby, avec les voix de Azize Diabate Abdoulaye, Pascal N’Zonsi, Oxmo Puccino

Sortie le 21 octobre.


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