[Critique] Un Français réalisé par Diastème

Un-Français

« Avec ses copains, Braguette, Grand-Guy, Marvin, Marco cogne les Arabes et colle les affiches de l’extrême droite. Jusqu’au moment où il sent que, malgré lui, toute cette haine l’abandonne. Mais comment se débarrasser de la violence, de la colère, de la bêtise qu’on a en soi ? C’est le parcours d’un salaud qui va tenter de devenir quelqu’un de bien. »

Véritable touche à tout, Patrick Asté, plus connu sous le pseudonyme de Diastème, est aussi bien connu pour sa carrière de romancier que d’auteur pour le théâtre. Reconnu à chaque fois qu’il entrait dans une nouvelle cour, c’est par le cinéma qu’il semble s’épanouir depuis quelques années. Scénariste de talent (Coluche ou encore Les Châteaux de Sable dernièrement), il est également un excellent metteur en scène et nous le prouve cette année avec le film Un Français. Avant d’être un film, Un Français c’est une polémique. À cause d’internet et des réseaux sociaux, les rumeurs et polémiques prennent une ampleur démentielle et deviennent rapidement incontrôlables. Sans savoir finalement le pourquoi du comment, tout le monde est mis au courant de l’histoire, sans pour autant s’y intéresse de prêt ou de loin. Concernant le film Un Français, c’est suite à l’annonce de différents exploitants qui déclaraient ne plus vouloir diffuser le film à cause de son scénario, que la rumeur à enfler. Film raciste ? Film violent qui pourrait être compris à tort et provoqué des violences dans les salles de cinéma ou en dehors ? On entendait tout et son contraire. Mais finalement, le problème ne vient-il pas de ces mêmes exploitants, qui n’ont rien compris au film ou ont tout simplement eu peur qu’il ne rapporte pas d’argents ?

Comment une personne d’extrême droite et qui lutte aux côtés de ce parti politique depuis ses plus jeunes années peut mettre un terme à cette haine raciale qui le ronge depuis toujours ? Comme il nous l’est exposé dans son synopsis, Un Français est un long-métrage qui traite de la rédemption d’un homme, de son envie de devenir quelqu’un d’autre. Pour cela, Diastème écrit son film sous la forme d’une dramaturgie. Malgré l’absence d’indications temporelles, le film est construit tel un drame théâtral au sein duquel l’on retrouve plusieurs actes. Un acte représentant une séquence et une séquence pouvant être séparée de plusieurs années de la suivante ou la précédente. Un choix narratif audacieux, mais dangereux. Les ellipses temporelles permettent au scénario de démontrer la force intérieure du protagoniste, ainsi que sa volonté de résignation. Mais les ellipses temporelles sont parfois trop longues et cassent l’immersion du spectateur qui perd tout contrôle sur le personnage. Contrairement à la majorité des scénarios qui se centralisent autour d’une prise de conscience, le changement que va opérer le protagoniste de Un Français n’est pas simplement dû à une prise de conscience suite à un évènement marquant.

Marco (interprété par Alban Lenoir) va prendre conscience petit à petit que sa place n’est peut-être pas auprès des personnes affiliées à l’extrême droite. Un changement qui va s’opérer étape par étape, mais qui va lui demander une vraie force et une volonté à toute épreuve. Un scénario qui est fort, qui ne laisse pas indifférent surtout à notre époque et qui à l’intelligence de ne jamais prendre partit pour aucun groupe politique. La volonté première est de dénoncer la bêtise humaine. Qu’elle soit au cœur d’un parti « politique » ou dans la tête de n’importe quel être humain qui agit suivant un groupe. Marco, le protagoniste du film est omniprésent et le point de vue adopté pour la narration est le sien. C’est sa fougue et ses convictions qui vont mener l’histoire et vont faire progresser la dénonciation qui va s’opérer. Lorsque Marco fait régner la loi de l’extrême droite par la violence, le spectateur est seul et assiste à cette violence haineuse. Une position dans laquelle il sera rejoint par Marco dans la seconde partie du film afin que puissent prendre forme sa prise de conscience et sa rédemption. Un scénario « hollywoodien » qui suit une ligne conductrice et qui va d’un point A à un point B, mais qui soigne chaque élément afin que le message soit clair et qu’il n’y est pas ambiguïté dans le point de vue adopté. Pour cela, Diastème ne s’appuie pas nécessairement sur de longs dialogues explicatifs, mais sur une mise en scène méticuleuse et une réalisation qui affiliées un à un, permettent de jouer la carte du sous-entendu.

Physique et viscérale dans un premier temps, ce type de violence va au fur et à mesure s’amenuir au profit d’une violence morale et psychologique majoritairement présente dans la façon de mettre en scène les paroles des partisans de l’extrême droite. C’est par l’usage de champ/contre-champ que le réalisateur met son spectateur ou son acteur face à cette violence verbale ou physique, puis par l’usage de plan-séquence qu’il immerge le spectateurArdoise aux côtés du protagoniste. Il est toujours face à la violence, mais le regard qu’il y porte n’est pas toujours le même. La réalisation joue beaucoup pour mettre en évidence ce changement dans le regard, ainsi que la prestation d’Alban Lenoir qui nous confirme une fois de plus qu’il est un acteur exemplaire. A noter les prestations de haute volée du restant du casting, notamment de la part de Lucie Debay qu’on avait déjà remarqué quelques mois auparavant dans le film MelodyUn Français est ce qu’on pourrait appeler : un message de paix. Un film optimiste et humaniste qui prouve que toute rédemption est possible, mais que la bêtise est avant tout humaine. C’est paradoxal, mais l’un ne va pas sans l’autre. L’on peut changer, mais faut prendre conscience de sa bêtise. Diastème le fait avec violence et élégance dans ce très beau film, que ce soit sur le plan scénaristique, malgré de trop longues ellipses ou visuel avec de beaux cadrages, un montage minutieux et des plans-séquences d’une belle maîtrise. Une petite claque française qui mérite plus qu’une pauvre polémique.

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