GUNMAN : De la Penn à voir ★☆☆☆☆

Un thriller parano en toc, ennuyeux et anodin.

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Au-delà de la renaissance massive des stars d’action des années 80 confirmée par les Expendables, le cinéma de flingues et de tatanes hollywoodien fait également preuve d’une autre mode depuis quelques années : transformer en nouveau Stallone ou Schwarzenegger des quinquas (voire sexa) plutôt habitués aux films d’auteur. Après Liam Neeson dans Taken (qui a d’ailleurs ouvert la voie à Kevin Costner et consorts), Pierre Morel récidive, cette fois-ci avec Sean Penn devant la caméra. Ancien tueur à gages, Jim Terrier cherche à s’offrir une nouvelle vie en travaillant en Afrique pour une ONG. Sauf qu’une tentative de meurtre le pousse à croire que ses anciens collègues cherchent à l’éliminer, l’obligeant ainsi à enquêter et à reprendre les armes. Nul doute que les actions humanitaires de l’acteur l’ont poussé vers ce rôle clairement (re)pensé comme une auto-publicité opportuniste, agrémentée par l’aura que lui accorde le réalisateur, quitte à oublier tout le reste…

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En effet, Gunman ne parvient qu’au plus primaire de ses objectifs, celui d’iconiser le sex-symbol qu’il invoque malgré les sempiternels problèmes de nos papys de l’action (ici, une sorte d’Alzheimer précoce). Le visage de Penn, de plus en plus buriné par les années, reflète le poids que Terrier semble traîner tout le long du film. Hélas, ce charisme se révèle bien vite insuffisant, en plus de mettre en avant les carences du scénario. Sur ce point, le long-métrage souffre principalement d’un manque cruel de caractérisation de ses personnages, élément pourtant essentiel de ce type de thrillers, dans lequel les protagonistes se doivent d’être plus ou moins ambigus. Avec une inconsistance à peine digne d’un DTV d’action à petit budget, il ne traite même pas ces êtres qui jalonnent son histoire comme des archétypes, mais comme de simples fonctions qui font avancer l’intrigue. Cette flemme d’écriture aurait presque pu ressembler à un parti-pris si le film manipulait un tant soi peu les codes. Malheureusement, il ne se contente que d’empiler les clichés au point de devenir ennuyeux par sa prévisibilité. Les retournements de situation ne surprennent en rien, peu épaulés par la mise en scène pachydermique de Pierre Morel, qui détruit le peu de suspense qu’il reste par sa volonté d’efficacité narrative. Il suffit par exemple d’un gros plan sur le regard acéré de Javier Bardem, suivi d’un contre-champ sur l’objet de son désir (la copine du héros) pour savoir que ce sera un traître.

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Ainsi, même un excellent casting ne peut pas sauver un tel néant artistique. Chacun se retrouve en roue libre, incapable de donner vie à des personnages aussi vides, quand il ne s’agit pas de se battre pour son temps d’écran (le pauvre Idris Elba, dont la présence relève du caméo). Morel a beau essayer de compenser ce gâchis par une réalisation parfois léchée (notamment dans les scènes d’action, souvent efficaces), cette dernière ne fait que mettre en exergue la pauvreté de son langage cinématographique, dont le paroxysme est probablement atteint lors d’un montage parallèle entre un taureau de corrida et un Sean Penn en mauvaise posture qui ferait passer La Grève d’Eisenstein pour un monument de subtilité (et lui date des années 20 !). L’intellectualisation voulu par le cinéaste ne prend pas, et encore moins quand il se veut pseudo-engagé en dénonçant les interventions désastreuses de l’Occident dans les pays en voie de développement, bien souvent instables politiquement. Comme tout le reste, cette situation n’est qu’un prétexte, un outil de progression de l’histoire qui ne mène à rien. Ce sérieux implacable est probablement le plus gros défaut de Gunman, qui aurait sans doute pu être sympathique s’il avait pris un peu de recul avec son sujet et ses intentions. Au lieu de la série B divertissante que l’on aurait pu attendre, le métrage s’étouffe dans ses boursouflures et ses vieilles mécaniques, ne le rendant pas totalement déplaisant mais juste… insignifiant.


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