Culte du dimanche : Impitoyable de Clint Eastwood

Par Fredp @FredMyscreens

A l’occasion de la sortie d’American Sniper nommé aux Oscars, revenons le premier film grandement récompensé de Clint Eastwood, le western crépusculaire sur la violence qui faisait déjà office de testament il y a plus de 20 ans : Impitoyable.

Les années 80 furent un peu une période de vaches maigres pour Clint Eastwood, car entre la fin de l’Inspecteur Harry et le succès critique de Bird qui n’a toutefois pas fait beaucoup bouger les foules, l’acteur-réalisateur a un peu perdu de vue son public. C’est à ce moment qu’il tombe sur un scénario acheté depuis longtemps par Warner et écrit David Webb Peoples (Blade Runner) mais qui n’avait toujours pas été mis en scène. Eastwood décide donc de s’en occuper en prenant son temps, notamment pour convaincre un Gene Hackman réticent, qui avait déjà refusé le rôle autrefois.

Il faut dire que ce western est assez sombre et s’intéresse de très près à la violence. Impitoyable commence ainsi par une prostituée d’une petite ville du Wyoming qui se fait défigurer par un client mécontent. Mécontentes du traitement ordonné par le shérif de la ville, les femmes de cette maison close se réunissent et décident d’offrir une prime à quiconque leur ramènera la tête du coupable. C’est avec cette offre qu’un petit malfrat débarque chez William Munny, un ancien tueur qui élève seul ses enfants dans sa ferme depuis la mort de sa femme. Après quelques hésitations, il va retourner sur ce chemin de violence avec l’un de ses vieux amis. Mais il ne sera pas seul à vouloir la prime.

Si le pitch a tout pour nous embarquer dans une histoire de chasseur de prime et de violence avec ce qu’il faudrait de grandes fusillades et de morts spectaculaires digne des grands westerns d’antan, le film prend toutefois régulièrement une direction opposée à celle que l’on pourrait attendre. Détournant toujours les clichés du genre, Eastwood, avec l’appui du scénario, va au contraire plutôt s’intéresser aux personnages et aux conséquences de leurs actes. Ainsi, lorsque l’on voit nos cowboys aux abords d’un train, il n’y aura pas d’assaut, et lorsque le petit malfrat débutant se met à tuer quelqu’un pour la première fois de sa vie, il est pris de remords. Et même lorsque Munny doit se venger, cela ne se fera pas dans une grande scène d’action explosive mais dans un cadre serré alors que l’icône des bandes-dessinées sera, elle, réduite à néant.

Ainsi, Impitoyable interroge sans arrêt sur l’usage de la violence et des armes, n’hésitant jamais à nous en montrer les conséquence sous un angle très humain. En nous montrant les coups en face (le tabassage en règle d’English Bob est assez écœurant), il va parfois assez loin sans jamais porter un point de vue entre le bien et le mal. Car ici, tous les personnages ont leur face sombre, que ce soit Munny, l’ancien tueur de l’Ouest qui cherche maintenant à vivre normalement malgré ses cauchemars, où le shérif Little Bill, figure de l’autorité, qui dépasse allègrement l’exercice de ses fonctions.

Clint Eastwood, figure incontournable du western, ne choisit évidemment pas son rôle au hasard. Dans la peau de Munny, il annonce bien clairement qu’il s’agit là de son dernier western et se met donc en scène comme dans un testament (chaque film depuis sera d’ailleurs un peu un testament) pour annoncer la fin. Comme souvent dans sa filmographie, il parle bien de son obsession pour la mort (ici, son personnage doit surmonter la mort de sa femme, de ses amis, et son désir de vengeance) avec une réalisation assez sobre (magnifiant les paysages au passage) qui laisse toute la place aux personnages et à leurs émotions face aux noirs événements qui se déroulent.

Surprenant constamment le spectateur en refusant la voie du western à grand spectacle, Impitoyable sera alors immédiatement reconnu comme un grand film. D’une part, le public lui fera l’honneur d’un grand succès, mais en plus la critique et les professionnels vont l’ovationner, en particulier aux Oscars où Eastwood repartira avec les statuettes de meilleur film et meilleur réalisateur alors que Gene Hackman sera également récompensé. Un succès justifié et qui, avec Danse avec les Loups, participe au renouveau du genre pour les décennies à venir puisque encore maintenant, les westerns comme l’Assassinat de Jesse James se trouvent dans cette passionnante lignée alors qu’Eastwood enchaînera ensuite les succès avec Un Monde Parfait ou encore Sur la Route de Madison).