[Critique] Le Juge réalisé par David Dobkin

Publié par le 25 octobre 2014 dans Critiques | Poster un commentaire

Le-Juge-Critique-Affiche

Aaaaah, Hollywood… Cette machine qui recycle et recrée des films et des acteurs en boucle, en boucle et en boucle… Le Juge, dernier film à l’allure au premier abord très Eastwoodienne, de David Dobkin – qui en avait peut-être marre de faire des comédies, et encore plus avec Ryan Reynolds, et c’est compréhensible; fait partie de cette catégorie-là sans problème. Si le fait de piocher dans le déjà-vu peut s’avérer être parfois une réussite, celui-ci ne capte absolument rien de bon, et se perd dans des trames narratives qui se multiplient de manière très médiocre, sur les 141 (!!!) minutes de film. Plus fort encore, David Dobkin donne l’impression de n’en avoir rien à faire de son histoire et de ses acteurs pourtant célèbres, qui ont marqué leurs générations respectives. Le « syndrome Match Retour« , démarré en janvier dernier, continuerait donc de faire des ravages sur le territoire californien…

Pourtant, en entrant dans la salle, il était impensable de deviner sur quoi on allait tomber. L’histoire est simple: Hank Palmer, avocat à la réputation d’être sans faille et de gagner à presque tous les coups, doit retourner dans son village d’enfance, à Carlinville, pour assister à l’enterrement de sa mère tout juste décédée. Il y revoit son père, Joseph, juge réputé très ferme, avec qui il ne s’entend plus depuis de longues années. Sauf qu’arrivé à bord, Hank se verra contraint à défendre son père, soupçonné d’un meurtre dont il ne se souvient pas… De ce simple postulat de départ, le film a tendance à aérer très facilement son discours en tentant de coordonner le thème de la lutte quasi-patricide entre les deux acteurs principaux avec celui de la nostalgie, les amours déchus, et le sens du mot « famille » puisque Hank a également deux frères. Tout y passe: l’amour fraternel et charnel, le temps qui passe, Robert Downey Jr qui fait du vélo en étant tout content sans que l’on comprenne pourquoi… Soit. Mais rien ne donne l’impression de fonctionner. Les scènes prennent péniblement leur temps à tout détailler, avec ou sans humour caustique (qui ne fonctionne jamais, mais nous en parlerons plus tard), afin de se croire la plus complète possible . Hélas, le scénario, à la fois incohérent par moments (un avocat réputé infaillible qui ne fait pas attention aux détails sur chacune des preuves qu’on lui donne? Pardonnez-moi, mais ce n’est pas possible…), mais également cousu de fil blanc et qui donne toutes ses clés d’intrigue en l’espace de quarante petites minutes, n’emballe pas le spectateur qui a de plus en plus de mal à rester pleinement concentré et ouvert d’esprit pour ne pas sombrer dans l’ennui. Les dialogues quant à eux sont remplis de punchlines basiques des films dramatiques de ce genre, et elles frisent souvent l’immondice avec un certain talent impensable au départ. À noter également le rôle de la fille de Hank Palmer, qui plombe à elle seule une ambiance qui aurait pu être meilleure, en enchaînant les petites blagues inutiles, mais apparemment jugées comme trop mignonnes, et en assénant les morales à coup de massue vers la fin du film. Rien ne tient donc finalement en terme de récit…

… Mais, par chance, vu que David Dobkin est en passe de devenir un très grand tâcher… réalisateur à Hollywood, l’aspect plus technique est encore plus accablant! Autant aller jusqu’au bout de la bêtise, comme ça, ça ne fera de mal à personne. Le régime d’images que pose le réalisateur est quasiment contemplatif, malgré quelques tentatives de poser un petit rythme plus entraînant, et surtout, admirablement lisse. Ce n’est qu’au bout d’une heure de film que Dobkin comprend le but du gros plan dans le cinéma! ce n’est pas trop tôt. Les rapports d’échelle père-fils, qu auraient pu être très intéressants sur la durée avec cette petite bataille psychologique qu’ils tentent de mettre en place, sont inexistants, les focales longues pourtant très souvent utilisées dans le film, ne captent aucune émotion marquante chez les acteurs qui ont tous l’air de se demander ce qu’ils sont venus faire dans un tel pétrin. Les cadres sont beaucoup trop « doux » et gentils pour nous convaincre que la famille Palmer commence à vivre un enfer qui les marquera à tout jamais. La colorimétrie baroque, jouant sur les jeux de lumière très clairs incessants dans un tribunal glacial et paradoxalement de couleur chaude, ne sert à rien puisqu’elle est sans cesse mise à l’écran et tournée de la même manière. Dommage, cela aurait pu être beaucoup plus beau par moments et moins pénible à visionner… Sans oublier cette musique « mainstream » qui cherche à dicter les émotions du spectateur tant elles sont assez nauséabondes et surtout terriblement accentuées. Cette bande originale laisse à penser que le film se veut être grand public et beau, afin d’attirer du monde dans la salle. Sauf que quand l’on parle dans sa trame principale, d’un assassinat qui aurait été prémédité, de maladie et de problème de famille, on peut se payer le luxe de diminuer sa visée, et ainsi éviter de coller des jeux de violons insupportablement larmoyants dans chaque scène. Hollywood m’a définitivement tué sur ce coup-là.

Du côté du casting, il est fortement difficile de vous dire, là, maintenant, que c’est également une tare de suivre Robert Downey Jr. dans son voyage. Bien que le bonhomme, à l’égo aussi dense que la zone de favelas à Rio de Janeiro, maîtrise toujours son cynisme développé dans Iron Man, Kiss Kiss Bang Bang ou même Date Limite. À ce niveau-là, le problème ne vient pas de lui, mais de Dobkin qui ne sait pas comment tourner la page entre l’humour et le drame dans le film. Eh oui, on est loin de Serial Noceurs, qui était plus simple à filmer! Par contre, « RDJ » donne l’impression de ne pas savoir jouer autre chose que ça. Et c’est un peu désolant, d’autant plus qu’on nous le vend depuis bien (trop?) longtemps comme un « très grand acteur qui revient en force à chaque film auquel il participe ». Robert Duvall, octogénaire à la filmographie longue comme le bras de Dwayne Johnson, est en totale roue libre et provoque une certaine frustration… et surtout de l’agacement dans les scènes émotionnelles! Sa tentative de jouer le vieux papy bougon et coupable d’obscénités envers sa plus proche famille, comme dans un des derniers films de Monsieur Clint Eastwood, est clairement ratée. Le reste du casting frôle l’anecdotique: Vera Farmiga fait du Vera Farmiga, elle est donc insupportable; Vincent d’Onofrio et Jeremy Strong, frères de Hank Palmer, s’offrent les prestations les plus inutiles du film (sic) puisqu’ils comblent simplement le vide des 2h21 qui l’auraient déjà été sans eux; Leighton Meester ne sert à pas grand-chose, si ce n’est démarrer une nouvelle petite ligne narrative tout aussi inintéressante que les autres et qui se termine aussi vite qu’elle a débuté; Billy Bob Thornton est à vrai dire le seul acteur potable du film, mais la pauvreté de ses dialogues et son temps de jeu quasi famélique ne lui permettent pas de s’offrir le luxe de crever l’écran suffisamment.

En clair, Le Juge, film hollywoodien par excellence qui cherche malheureusement à attirer tous les spectateurs possibles en salles, parvient à ne rien montrer en 2h21, et ce n’est même pas le casting du film, ni son réalisateur sans doute incompétent dans le genre, qui réussissent à maintenir la barre (du tribunal). Vous vouliez faire du Clint Eastwood? C’est bien, maintenant, essayez d’avoir son talent. Ça sera peut-être meilleur. Et ne venez pas me dire que ce film est juste un agréable divertissement, je ne pense pas que c’en était son but, loin de là!

0-5

263958.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx 464832.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx 043052.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx 029177.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx 035864.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx 047271.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx