Jack et la mécanique du coeur

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Depuis quelques années, une tendance nouvelle semble se profiler en ce qui concerne les films d’animation français, et plus précisement, ceux produits par EuropaCorp (studio fondé par Luc Besson): construire le film, non pas autour de la personnalité d’un acteur célèbre (à la manière des studios Dreamworks), mais autour de celle d’un chanteur ou d’un groupe de musique populaire.
On trouvait ainsi Mylène Farmer en vedette d »Arthur et les Minimoys‘ et de ses suites, le duo M et Vanessa Paradis poussant la chansonnette dans ‘Un monstre à Paris‘, et donc, maintenant, le groupe Dionysos, Olivia Ruiz et Grand Corps Malade à l’affiche de ‘Jack et la mécanique du coeur‘.
Un choix marketing étrange qui ne serait pas génant s’il ne se faisait au détriment de la progression du récit, faisant assez vite ressembler le film à une compilation de clips musicaux à la gloire des artistes.

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Adaptation par Mathias Malzieu (chanteur du groupe Dionysos, ici également co-réalisateur et doubleur du héros) de son propre roman dont il avait déjà sorti un album musical en 2007, le film nous fait suivre le périple de Jack, jeune garçon dont le coeur gelé à la naissance a été remplacé par une horloge mécanique. Devenu adulte, il se lance à la poursuite d’une petite chanteuse de rue dont il est tombé amoureux et ce, malgré le risque que celà fait planer sur son coeur de substitution…

Au fil de la succession des passages musicaux, on ressent très vite un important décalage entre la forme et le fond du film.

Visuellement, il possède de très jolis décors (bien que souvent statiques), de bonnes idées de mise en scènes (le court passage du train à soufflets d’accordéon, les clins d’œils à la stopmotion…), quelques petits moments de grâce, et une direction artistique puisant directement dans l’esthétique burtonnienne (inspirée, rappelons le, de l’expressionnisme allemand), période ‘Noces funèbres‘.

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Malheureusement, les auteurs semblent avoir aussi hérité des problèmes des films plus récents du réalisateur de ‘Charlie et la chocolaterie‘: certains choix visuels flirtent avec le kitsch et les personnages, aux visages de poupées tristes à grosses têtes et à l’animation (volontairement?) un peu raide, peinent à faire passer des émotions.
Pire, les enjeux présentés dès le début (le risque de mort du héros s’il se laisse emporter par ses sentiments) perdent progressivement de leur importance au profit d’une romance finalement trop simpliste (la demoiselle aime le héros mais ne le reconnait pas !)… et ce n’est pas la présence du ‘méchant’ rival, qui se contente bien souvent de slamer avec une voix grâve, qui apportera une vrai menace à l’intrigue…
Côté doublage justement, si Olivia Ruiz et Jean Rochefort livrent des performances très convaincantes, entendre leur voix et celle de Jack au travers de ‘marionnettes’ à l’aspect lisse et juvénile, procure un décalage assez saisissant qui nuit régulièrement à la crédibilité des personnages…

En bref, en dehors de ses clins d’oeils aux films de Méliès et à l’univers des freak-show, le film se veut avant tout un hommage musical du chanteur de Dionysos au cinéma de Tim Burton, dont il amplifie toutefois les travers en oubliant ce qui faisait la force des oeuvres de ses débuts: les personnages touchants par leur différence et la poésie d’une mise en scène éthérée…
Malgré son côté technique très correct, le film semble compenser son manque d’âme par un ciblage marketing limite racoleur envers les fans de Burton et donne finalement le sentiment d’un film assez vain, d’une belle occasion ratée…

Les aficionado du groupe Dionysos et de ses clips pourront y trouver leur compte; les autres, en particuliers les allergiques aux ‘musicals’, pourront aisément passer leur tour.

Merci à Julien pour cette critique du film Jack et la mécanique du cœur qui sortira en salle le 5 février prochain.


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