Le roman d'Elvis (Elvis)

Par Cinephileamateur
De : John Carpenter.
Avec : Kurt Russell, Shelley Winters, Bing Russell, Season Hubley, Pat Hingle, Charles Cyphers, Robert Gray, Randy Gray, Melody Anderson, James Canning, Peter Hobbs, Ed Begley Jr., Les Lannom...
Genre : Biopic.
Origine : États-Unis.
Durée : 2 heures 07 (version cinéma) / 2 heures 49 (version longue).
Date de sortie : 22 août 1979.
Synopsis : Las Vegas, juillet 1969. À quelques instants du coup d'envoi d'un concert qui marque son grand retour sur scène après huit ans d'absence, Elvis Presley, en proie au doute, se remémore son passé...
Bande annonce originale
"Mon garçon, tu es un phénomène. On ne voit ça qu'une fois dans une vie. Personne ne t'oubliera jamais."


Avant de commencer mon cycle consacré à John Carpenter, je n'avais jamais entendu parler de son téléfilm (qui eut le droit à une exploitation en salles en France) qui marqua sa première collaboration avec l'acteur Kurt Russell à savoir "Le roman d'Elvis". Sans être fan, je suis un grand amateur du King c'est donc avec certaines attentes et beaucoup de curiosité pour un genre inhabituel chez ce cinéaste que je me suis mis à voir ce film dans sa version longue.
Et dès le début, j'ai été littéralement passionné. J'ai bien conscience qu'on ne relate pas tout de la vie d'Elvis, que pour ce film, ont à du faire l'impasse sur plusieurs points de sa vie, mais j'ai beaucoup aimé ce scénario écrit par Anthony Lawrence. Avec une vie tout aussi passionnante qu'émouvante, j'ai tout de suite eu beaucoup de tendresse pour ce personnage que je connaissais peu au final et dont ses traumas du passé nous aide à mieux cerner comment il est devenu la star planétaire que l'on connait et ce qui l'as motivé dans la vie.
J'ai trouvé ça très intéressant également la relation qu'Elvis Presley pouvait avoir avec sa mère mais aussi avec son frère jumeau mort-né. Un frère qui n'as jamais vécu mais qui pourtant prend vie grâce à celui qui reste et qui sera toujours là pour lui, pour l'aider à se sentir moins seul. De cette relation "rêvé" avec son frère, je trouve que le traitement fait sur le manque de l'être cher est très fin, très subtil et très touchant. On y découvre alors les fragilités de la star et ses blessures qui le rende ainsi beaucoup pus proche des spectateurs.
J'ai bien aimé aussi le traitement fait au sujet de la relation d'Elvis avec sa mère. Une mère omniprésente mais une mère tout de même très importante dans sa vie et où les deux ont de l'admiration l'un pour l'autre. Sa relation avec son père est aussi bonne mais celui ci apparait déjà nettement plus en retrait (ce qui est dommage parfois) pour ne laisser place qu'à une mère, qui lorsqu'elle ne sera plus là, va commencer à faire perdre les pédales à Elvis dont le cordon ombilical sera coupé brutalement pour lui. Je vais pas rentrer dans une analyse Freundienne (j'en ai ni les moyens, ni les capacités intellectuels) mais j'ai trouvé ça très fort que l'on s'intéresse à cet aspect de la vie d'Elvis Presley.
Au final, sa vie d'artiste apparait presque anecdotique. On retrace sa carrière (dans la musique mais aussi au cinéma), son ascension mais j'ai grandement apprécié que le film s'intéresse surtout à l'homme avant tout même si on ne nous manque pas de nous balader avec ses différentes chansons. On y découvre la fragilité de ce personnage mythique de la chanson américaine (et même mondial car il à influencé de nombreux autres artistes). On comprends l'énergie qu'il dégageait ainsi que son besoin d'amour de la part des autres. C'est un personnage qui est montré en tout cas ici, d'une manière fort sympathique.
On passe peut être un peu trop à la trappe son côté plus sombre même si on voit qu'il en supporte pas l'échec et le fait qu'il à absolument besoin qu'on l'aime en tant qu'homme avant même d'être aimer en tant qu'artiste. Son côté perfectionniste quitte à se surmener et aussi aborder même si ça reste gentillet. Sa difficulté à concilier sa vie privée et sa vie public sont autant d'élément qu'on traite aussi de façon peut être plus douce afin de rester dans l'hommage au King mais qui globalement font que j'ai aimé ce scénario malgré tout. De plus, il y à souvent quelques touches d'humour plaisante et une envie de danser, de bouger qui se dégage de cette biographie que j'ai beaucoup aimé.
Côté distribution, il n'y à rien à redire non plus. Kurt Russell est le King. J'y ait cru en tout cas et j'ai trouvé que le comédien lui rendait bien hommage à travers sa prestation. Il ne l'est peut être pas toujours au niveau du visage (même si les maquillages sont toutefois bien faits et qu'on évite de trop le grimer ce qui l'aurait rendu ridicule) mais dans sa gestuelle j'ai en tout cas eu l'impression de revoir Elvis, du moins l'image que j'en avais, ce grand chanteur n'étant pas de ma génération. L'acteur porte le film sur ses épaules en jouant à la fois sur la touche du séducteur mais en gardant aussi l'innocence, la naïveté et le côté très touchant de son rôle.
L'interprétation de Kurt Russell est en tout cas vraiment incroyable je trouve. Très charismatique, même dans ses scènes où il doit jouer sur son côté fragile, l'acteur réussi à très bien exister à l'écran. On se sens proche de son personnage, de ce qu'il ressens et même lorsque l'attitude d'Elvis peut paraitre excessif à travers ses costumes ou sa façon de sans cesse se coiffer, le comédien s'en sort très très bien. Au niveau des chansons, si Kurt Russell chante en playback, on peut quand même souligner le bon travail de Ronnie McDowell dont la voix colle au plus près à celle d'Elvis.
Derrière, le monde gravite autour du King et comme pour le King, le film est si bien centré sur Elvis, qu'on ne voit plus que lui mais le reste de la distribution reste quand même impeccable. Shelley Winters et Bing Russel (le vrai père de Kurt Russell), respectivement Gladys et Vernon Presley, sont géniaux dans le rôle des parents. Jamais dans la surenchère, je les ais trouvé très crédible de bout en bout avec même une certaine admiration pour Shelley Winters dont le personnage affiche de belle manière la volonté de plaire à son fils et d'être la plus "parfaite" possible comme l'image qu'Elvis pouvait avoir vis à vis d'elle. Encore une fois, dommage que qu'ici le rôle de Vernon Presley soit un peu plus en retrait même si je peux le comprendre dans les intentions et que ce dernier s'avère quand même lui aussi touchant.
J'ai été très surpris aussi de voir Season Hubley (qui est ensuite devenue la femme de Kurt Russell) en Priscilla Presley presque en retrait. Je pensais qu'on mettrait un peu plus en avant son personnage mais j'ai quand même bien aimé la façon dont on nous montre qu'elle se sens étouffé dans cette vie qu'elle ne contrôle pas et qu'on ne lui laisse pas contrôler. Le traitement de son rôle démontre en tout cas que le scénario ne s'est pas laissé trop allé dans le piège des facilités. Si j'ai aimé l'ensemble du casting, j'ai eu en tout cas beaucoup de tendresse également pour Pat Hingle en Colonel Tom Parker, Robert Gray en Red West ou encore Charles Cyphers dans la peau de Sam Phillips. Encore une fois, j'ai de toute façon beaucoup aimé ce casting à l'exception peut être de Randy Gray qui joue Elvis enfant et que je n'ai pas trouvé convaincant même si fort heureusement, on le voit peu à l'écran.
Côté mise en scène, j'ai adoré aussi le travail de John Carpenter. C'est vrai qu'en général quand je vois un de ses films, je m'attends à retrouver un thriller ou un film d'épouvante. J'ai donc été très agréablement surpris de le voir s'atteler à une biographie (pas facile en plus car il y à de nombreux fans derrière) et de s'y atteler de la meilleure manière qu'il soit. Il aborde son sujet avec beaucoup de tendresse et même si par moment, j'aurais quand même aimé qu'il nous montre quelque chose d'un peu plus sombre, je trouve son film respectueux envers l'artiste que pouvait être le King.
Dans ses placements de caméras, il y à une certaine sobriété qui évite tout effet tape à l’œil et en même temps une certaine grâce qui donne de la beauté à l’œuvre. J'ai ainsi par exemple été beaucoup ému lors de la scène où Elvis Presley parle à son frère jumeau mort-né par le biais de son ombre qui se reflète sur un mur. En plus d'être émouvante, il y à une facilité dans la façon de faire passer les émotions que j'ai grandement apprécié. Le montage est lui aussi très bon je trouve avec un bon enchaînement et on ne se retrouve pas perdu dans le temps. Seul petit bémol peut être, le playback de Kurt Russell lors des scènes chantées où parfois, il m'as semblé ressentir comme un petit décalage mais qui ne m'as pas dérangé non plus, plus que ça durant ma projection tant j'étais captivé par les mélodies.
Il faut dire aussi que la bande originale composée par Joe Renzetti est très bonne. C'est assez drôle d'ailleurs car les producteurs de ce téléfilm songèrent à confier sa réalisation à John Carpenter sur le simple fait qu'il composait notoirement lui-même la musique de ses films apparemment et c'est paradoxalement l'une des rares œuvres où le cinéaste ne touche pas à la composition. En même temps, il n'y à pas besoin de thème phare, les chansons d'Elvis se suffisant à elle même et nous entraînant à Memphis pour notre plus grande joie. Aujourd'hui encore, ses chansons nous emporte et on voit qu'il n'avait pas volé son statut de King tant sa musique était communicative. Ici, on n'as qu'une courte sélection mais très plaisante à entendre malgré tout.
Quant aux différents décors et aux costumes, je les aient beaucoup aimés aussi. Ils m'ont bien plongés dans une époque que je connais mal mais que j'aurais aimé découvrir avec aussi l’ascension du rock n' roll. Je ne peux que conseiller le film en version original d'ailleurs. La transition avec les musiques se font plus douces et comme toute biographie musicale de la sorte, je trouve de toute façon que la version originale se prête mieux à l'exercice est reste moins choquant. Par curiosité, j'ai regardé un bout de ce film en version française d'ailleurs, juste pour pouvoir comparé un peu, et ça n'as fait que accentuer mon ressenti que la version originale est indispensable ici.
De plus, j'ai vu ce téléfilm dans sa version longue qui dure plus de trente minutes de plus que sa version exploité en salles. A l'inverse de la version française, je n'ai pas voulu tester l'expérience là pour voir ce qu'il n'était plus présent dans la version cinéma mais la version longue m'as tellement paru cohérente avec chaque scène, même la plus minime, ayant son importance, que je ne peux que conseillé la version longue également. Elle dure peut être presque trois heures mais on ne voit vraiment pas le temps passé surtout que l'ensemble est très dynamique sans jamais de temps morts.
Pour résumer, amateur des chansons du King, je me doutais bien que j'aimerais bien "Le roman d'Elvis" mais je ne me doutais pas que j'accrocherais autant. Certes, le film possède ses maladresses, il y à des aspects de sa vie que l'on aurait aimé voir un peu plus traité mais en dressant un portrait tendre et émouvant d'Elvis Presley, John Carpenter nous livre un excellent film que je pourrais revoir sans aucun soucis. Et en plus d'une bande originale à tombé avec des standards d'Elvis comme valeur sûre, on à le droit à une performance magistrale d'un Kurt Russell totalement investi par son rôle qui porte le long métrage sur ses épaules. Une très bonne biographie musicale que je recommande en tout cas et qui m'as fait passer un très bon moment.