Interview Cédric Jimenez & Audrey Diwan pour “Aux yeux de tous”

On a beaucoup aimé Aux yeux de tous et on a eu envie de rencontrer son auteur, Cédric Jimenez.
Ce dernier a accepté de nous accorder une interview, accompagné de sa compagne et co-scénariste, Audrey Diwan. Pour notre plus grand bonheur… et notre plus grand malheur…
Car nous voilà désormais contraint de mettre de l’ordre dans 2h30 d’une entrevue un peu folle, ressemblant plus à une discussion entre copains amateurs de cinéma qu’à une session de Questions/Réponses classique.

L’homme n’aime pas les stéréotypes et les idées reçues, pourtant il est conforme à l’idée qu’on se fait d’un marseillais d’origine : volubile, expansif, franc, emporté, bouillant parfois, mais toujours chaleureux…
Sa compagne est plus posée. Tous deux forment un beau couple et un joli duo de scénaristes, très complémentaires.

Entre deux gorgées d’un rosé de Provence bien glacé et des considérations rafraîchissantes sur le cinéma, sur Scorsese, Coppola, sur leur parrain de cinéma, Jean Labadie, sur leur copain Gaspar Noé, sur leur fille qui connaît déjà Hitchcock malgré son jeune âge, ils nous ont parlé de leur démarche, leur volonté de réaliser un film audacieux, atypique, gonflé, que l’on aime ou pas mais qui a le mérite de proposer des choses originales.
Rencontre/kiff avec des passionnés de 7ème art…    

Jimenez-Diwan - 2

A2V : Bonjour Audrey et Cédric. Je tiens à dire tout de suite que j’ai beaucoup aimé Aux yeux de tous, un des thrillers les plus originaux que j’ai vu depuis des lustres.

CJ (Cédric Jimenez) : Et moi, je suis allé visiter votre site et j’aime beaucoup. J’aime bien votre approche des films et votre conception du cinéma…

A2V : Oh… Merci… Je suis un peu surpris par ce compliment… Mais ça me touche. En fait, sur le site, on défend les films qu’on a aimés et qui nous semblent intéressant de par leur démarche artistique, leur volonté de bousculer les règles cinématographiques… 

CJ : J’aime beaucoup cette démarche. C’est pour cela que je m’intéresse à tout ce qui s’écrit sur internet, sur les blogs, les petits sites, les média alternatifs, twitter… C’est d’ailleurs un peu le thème du film, ça.
Par l’intermédiaire du hacker, on met en avant la possibilité que chacun a de s’exprimer pour diffuser ses idées, ses informations. On peut ne pas être connu et avoir des choses à dire qui intéressent des gens, donc il faut s’exprimer, diffuser, transmettre… Notre personnage n’est personne, mais il a un truc à dire qui concerne des milliers de gens et qui a une grande importance…  

A2V : Ce qui est intéressant dans le film, c’est que le spectateur est mis dans la peau du hacker. Il devient le témoin privilégié de l’action qui se déroule devant ses yeux…

CJ : C »est vrai qu’il y a une synergie entre le spectateur et le personnage. C’est une vraie ambition de mise en scène, ça. J’avais vraiment envie que le hacker devienne à la fois le réalisateur – parce qu’il monte le film en direct, que c’est lui qui influe sur les situations et qui dirige un petit peu les actions -  et le spectateur qui assiste impuissant aux événements. On le voit presque toujours de dos, face à ses écrans. Ainsi, le spectateur voit exactement ce qu’il voit, est obligé de s’identifier au personnage, d’entrer en interaction directe avec lui…

Aux yeux de tous - 9

A2V: Quelle était l’idée de départ? Faire un film reposant exclusivement sur des caméras de surveillance ou raconter l’histoire de ces personnages pris dans l’engrenage d’un complot terroriste? 

CJ : C’est la convergence de plein de trucs. 
Il y avait effectivement l’envie de tout filmer à travers des caméras de surveillance, des webcams, et d’utiliser tous les moyens de traçabilité qui existent, les GPS, les téléphones…, pour mener une enquête. On voulait mettre en place une grammaire visuelle originale, audacieuse, et essayer de proposer quelque chose de différent sur un genre de film aussi codé que le thriller.
J’avais aussi envie de faire un film avec un point de vue unique, comme beaucoup de films qui m’ont inspiré, comme Conversation secrète ou Fenêtre sur cour. Je trouvais l’exercice intéressant pour un premier long-métrage, avant de passer à quelque chose de plus ample…  
Mais il y avait également l’envie de parler de beaucoup de choses qui m’obsèdent dans la société actuelle. 
Le dispositif avec les caméras de surveillance est un outil qui sert à donner une identité visuelle au film, mais cela me permet aussi de parler d’une chose qui me fascine : le fait qu’on soit toujours traçables, pistables, filmés, localisés et qu’on ait accepté cette idée. Tout le monde a vu un épisode des Experts et sait qu’on peut être grillé avec un iPhone, que la carte bleue qu’on utilise laisse une empreinte, mais tout le monde a déjà accepté l’idée. Donc, on s’est dit avec Audrey qu’il serait intéressant de se servir de ça pour faire un film avec un parti-pris un peu singulier.
C’est là-dessus que s’est construite l’histoire. Après se sont greffées des obsessions “d’auteur” entre guillemets, des obsessions personnelles : le côté très dur de la société et la violence du flux médiatique qui nous submerge quotidiennement.  
Moi, je suis sur Twitter. J’adore Rue89. J’adore traîner sur internet. Mais il y a une quantité phénoménale d’informations. Cela va très vite, trop vite. On est dans un flux soutenu d’informations et d’images…

A2V : Un peu comme toutes les informations que découvre le hacker… Et un peu comme le rythme du film, très soutenu… 

CJ :  Oui, c’est exactement ça.  J’avais envie de faire un film court, assez compact, assez dense… J’avais envie que le spectateur ait l’impression d’être bousculé, de manquer de souffle, d’avoir pris beaucoup de choses en pleine figure  en peu de temps. Parce que j’ai l’impression que c’est ce qui se passe dans le monde de l’image aujourd’hui…

AD (Audrey Diwan) : le film est au rythme de l’époque…

CJ : Oui. Il est dans l’instantanéité. Ca avance tout le temps, de façon parfois saccadée.  Je ne voulais pas installer les scènes, pas les développer, juste rentrer dedans de manière brutale et en sortir de la même façon. Les amateurs d’un cinéma plus classique, plus développé, plus installé ont été surpris et me l’ont reproché, mais c’est un choix assumé.
 
A2V : En même temps, c’est vrai que le format, l’utilisation de caméra de surveillance, impose ça.  Et je trouve que ça donne un rythme de thriller intéressant, car ça n’arrête jamais. On est dans l’action immédiatement. Je ne savais rien du scénario avant la projection et j’ai été cueilli à froid par la scène ouverture.  Avec l’explosion, on est happé dès le début dans l’histoire et on n’en sort plus de la premières à la dernière minute.  Et même si on peut éventuellement reprocher des défauts quant à la crédibilité du film, le fait d’être à ce point entraîné dans l’histoire ne laisse pas vraiment  le temps de réfléchir. La construction est un plaisir brut pour les amateurs de thriller. Ce n’est qu’après la projection que l’on peut commencer à réfléchir…

CJ : Oui, c’était le but. Etre dans le vif du sujet. On suit le rythme du hacker qui s’introduit dans l’intimité des gens et prend ce qui l’intéresse. Il rentre quand il peut. Il sort quand il n’a plus le choix. Il engrange les informations sans avoir le temps de les analyser vraiment. Il et pris dans l’action et n’a pas la possibilité de faire autrement.
Je trouve que ça ressemble vraiment à ce que les gens font aujourd’hui.  On ne se laisse pas le temps de se poser, d’observer, d’analyser. On ne prend plus le temps de grand-chose d’ailleurs, ce qui me chagrine en tant que bon marseillais (rire). On avance, on avance, on avance… Tout le temps. Sans s’arrêter. Quitte à perdre des trucs en route… L’important c’est toujours demain… C’est toujours le plan d’après…

AD : C’est le principe du zapping…

CJ : Oui, c’est ça. Une succession d’images rapides. Mais qui peuvent au final induire une réflexion…

Aux yeux de tous - 8

A2V : Ce n’est pas un peu frustrant, quand on aime le cinéma, de ne pas pouvoir faire de beaux mouvements de caméra?

CJ : C’est hyper frustrant! Dès l’écriture, je savais que je serais privé de tout ce qui ne peut pas être images de surveillance, donc de plus de 80 % des choses cinématographiques classiques. Pas d’astuces de montage, pas de contrechamp!  Pas de longue focale, qui est certainement un des trucs que j’adore le plus au cinéma , pas de gros plan d’un acteur avec des flous derrière, pas de poursuites en bagnoles… J’étais interdit de tellement d’outils de mise en scène!

AV : Même chose pour les dialogues. L’intention était naturaliste, donc il fallait garder une certaine cohérence et se priver de choses trop explicatives. C’était une contrainte atroce pour un scénariste… Et en extérieur, il n’y a pas de son, pas de dialogues…

CV : Pas le temps d’installer les scènes, pas de possibilité de déplacer la caméra, pas de découpage… Pfff… Toutes ces contraintes. Bon, en même temps, personne ne nous a obligé à faire ça. On ne va pas se plaindre. (rire)  

AV : C’est le travail sur les contraintes qui est intéressant. De toute façon, quand tu veux faire différent, il faut travailler sur la contrainte…

CJ :  En même temps, c’était passionnant et excitant, parce que, tout à coup, on est face au réel, on ne peut plus tricher. Un plan large, et toute la mise en scène est là. Il faut que l’on parvienne à faire comprendre ce qui se passe dans cet espace-temps restreint, sans pouvoir abuser de scènes explicatives. Après, au spectateur d’imaginer les informations qui lui manquent…

Aux yeux de tous - 3

A2V : Au montage, j’imagine que ça a dû être aussi compliqué… Est-ce que le plaisir était plus fort que la contrainte?

CJ : Oui, bien sûr! Pour moi, ce n’est que du plaisir de faire du cinéma!  Même dans la contrainte, même quand tu en chies… Je ne suis pas en train de ramasser des feuilles des feuilles mortes avec un râteau. C’est un métier hyper cool!
Mais c’est vrai que ça a été compliqué. Pour te donner une idée, on a tourné en 25 jours – ce qui est très peu – et on a monté 20 semaines, une demi-année – ce qui est énorme. On a monté plus de 1000 plans, ce qui est là aussi, beaucoup. 
On avait beaucoup de matière car on faisait des journées de 16, 17, 18 heures de tournage, parfois. Il y avait un travail de tri à faire assez impressionnant.
Sinon, ce qui était difficile, c’était de tenir le rythme du film. Parce qu’il n’y a pas de contrechamp, il n’y a pas de découpage, qui est pourtant l’outil du montage…
Autre problème, faire cohabiter tous les plans sur les écrans du hacker. Ca c’était un truc de malade… Tous les écrans devant le personnage étaient des écrans vert. Il ne joue pas devant les images de caméra de surveillance. On les a incrustées après. Chaque plan chez le hacker, c’est en fait sept plans qui doivent cohabiter et qui ont été tournés de façon séparée… 
Ce fut éprouvant, mais je pense qu’on est allé au bout de la quintessence du montage…

A2V : En tout cas, c’est vraiment réussi. Ce parti-pris de mise en scène, d’autres avait essayé de le tenir avant -  je pense à des films hollywoodiens où l’intrigue utilisait des caméras de surveillance extérieures -  mais ce n’était pas aussi abouti, ni aussi ambitieux, et les films retombaient dans une narration assez classique. Là, le parti-pris radical est tenu du début jusqu’à la fin…

CJ : Ca, c’est un putain de compliment! Car c’était une condition sine qua non pour moi de tenir ce pari là. Et Dieu sait que cela m’aurait arrangé de m’affranchir de ces contraintes. Déjà, beaucoup de financiers se sont montré frileux devant le projet, m’ont demandé d’ajouter un peu de caméra objective pour certaines scènes… Mais non, j’ai tenu bon. Soit je faisais le film comme ça, soit je ne le faisais pas. Il n’était pas question de déroger à ce principe car c’était là toute la gageure du film. La gageure visuelle, mais aussi la gageure scénaristique, car on est toujours dans le point de vue du hacker et jamais dans le point de vue des personnages. On ne peut voir que ce qu’il peut voir, on ne peut entendre que ce qu’il peut entendre, on ne peut faire que ce qu’il peut faire. Il fallait que la vérité apparaisse par le filtre de ses écrans et uniquement par ce biais. Sans ça, il n’y avait plus de film… 

A2V : Cela aurait été trop banal…

CJ : Oui. Après, c’est du Tony Scott… Donnez-moi de l’oseille, je vous fais un film “entertainment” sympa, où on rigole bien… Mais la, non… C’est ça que je voulais faire et rien d’autre.  

Aux yeux de tous - 11

A2V : Pour faire ce genre de film, j’imagine qu’il faut aussi des acteurs qui arrivent à s’imposer en peu de scènes.  Est-ce que tu peux nous parler de ton travail avec tes acteurs?

CJ : Un journaliste m’a demandé ce matin si, du fait de ce dispositif particulier, j’avais dû mettre de côté les acteurs. Mais c’est tout le contraire! Comme tu n’as pas le droit au découpage à proprement parler, la difficulté est augmentée, pour eux comme pour moi. Il n’y a qu’une caméra et elle filme tout, en plan large. Comme tout se retrouve à l’image, les acteurs ne peuvent à aucun moment descendre en tension. Chaque prise dure quatre minutes et il n’y a pas le droit à l’erreur… Je ne peux pas couper la scène. Au pire des cas, je coupe une extrémité, mais c’est tout. Je ne peux pas monter puisque le plan doit être continu… La responsabilité des acteurs est énorme sur chaque scène. Leur travail est, du coup, bien plus difficile que sur un film “traditionnel”. Oui, mes acteurs ont bossé comme des malades!

A2V : D’autant que tu les as dirigé à contre-emploi. Seul Feodor Atkine semble être dans son registre habituel.

CJ : Ah! Feodor Atkine, je l’adore! Un grand Monsieur!

A2V : Olivier Barthélémy incarne habituellement des personnages moins torturés et Francis Renaud joue habituellement des rôles plus physiques. Mélanie Doutey a été cataloguée comme actrice de comédie depuis “Clara Sheller”…

CJ : Mélanie a joué le jeu à fond. Je l’ai prévenue. Je lui ai dit "ca va être artisanal, tourné avec une webcam. L’image sera grise et brute… Tu n’auras pas de maquillage, la lumière va être crue. Ton personnage n’est pas bien, au bord de la rupture. Il va pleurer, crier… Ca ne va pas être joli. Tu ne feras pas la campagne L’Oréal avec ces plans-là, c’est sûr…”
Elle a quand même joué le jeu à fond. Moi je trouve qu’elle est bien dans le film. Elle s’est investie à bloc, elle ne s’est pas retenue. Et ce n’était pas facile pour les acteurs, je le redis…

AD : Je crois que Mélanie avait surtout envie de détruire cette étiquette. C’est un peu le problème des acteurs. Une fois qu’on les a appréciés dans un rôle, ils sont littéralement enfermés dans des proposition du même type. Or Mélanie a une palette de jeu beaucoup plus large que ça, et au bout d’un moment ça la gonfle qu’on ne lui propose que des comédies romantiques. Donc elle a été enthousiaste face à notre projet et l’a soutenu parce que c’était important de sortir de cette cage dans laquelle on l’a enfermée.

CJ : Ce qui a été génial pour nous, c’est que tous les gens qui sont venus sur le projet sont venus pour de bonnes raisons. Ils ont tous aimé le scénario, le projet, ils ont tous donné tout ce qu’ils pouvaient donner.

AD : Olivier Barthélémy est le plus grand soutien du film. On est une équipe maintenant.

CJ : Oui absolument. On a commencé l’aventure à deux avec Audrey, mais maintenant, les acteurs font aussi partie de la famille. Pour en revenir à Mélanie. Oui, elle voulait changer de registre. Mais ce n’est pas parce qu’on veut que l’on peut. Elle l’a fait sans retenue. Et elle est contente et très fière du film. Et ça, ça me rend fier aussi

Aux yeux de tous - 10

A2V : Quand on parlait de critiques à propos de la direction d’acteur, ne pensez-vous pas que les spectateurs ont pu être gênés par les premières scènes où le couple joué par Olivier Barthélémy et Mélanie Doutey continuent d’avoir une vie normale après avoir joué un rôle important dans l’attentat? Certains ont trouvé cela peu crédible… 

AD : Au départ, ils ont commis un acte et sont dans une forme d’attente. Ils ne savent pas ce qu’ils vont devenir. Dans l’attente, ils continuent de mimer une forme de normalité en espérant s’en sortir. Ils essaient de se convaincre que cet acte auquel ils ont collaboré et qui a dégénéré, va quand même leur permettre de changer de vie, comme prévu.
S’ils ont accepté de participer à ça, c’est qu’ils étaient déjà à bout. Ils ont tout misé là-dessus. Ils ne peuvent pas craquer à ce point du récit. Le personnage d’Olivier Barthélémy essaie de toutes ses forces de maintenir cette normalité car il sent que sa compagne est en train de paniquer. Il cherche à la convaincre que la vie va pouvoir continuer comme avant.
On nous a fait le reproche sur le plat de pâtes. “On ne fait pas des pâtes quand on vient de participer à un attentat…“. Pour nous, au contraire, c’était important : il veut qu’elle continue à manger car il sent qu’elle est en train de dépérir, et il veut faire croire que tout continue comme avant et qu’ils vivront ailleurs…  Et puis, si tu as commis un crime, tu ne veux pas que ça se voie. Donc tu es obligé de mimer cette normalité. Tu ne vas pas rester à dépérir chez toi

CJ : Si tu prends l’acte le plus tragique qu’il puisse t’arriver dans la vie qui est de perdre un enfant, tu continues à vivre, tu es obligé. Avec toute la douleur qui te ronge, qui te détruit. Mais tu survis au moins. Tu essaies…
Par ailleurs, il ne faut pas oublier que le hacker, il rentre à n’importe quel moment. Si tu fais un film normal, tu installes le truc. Les choses dégénèrent et elle se met à pleurer.  Sauf que là, non. Le hacker, il rentre chez eux à un moment où il n’y a pas de crise. C’est lui qui provoque la situation…

Aux yeux de tous - 4

A2V : C’est intéressant d’avoir votre point de vue sur ce détail scénaristique. Surtout que la réaction que devraient avoir vos personnages, selon vos détracteurs, nous semble obéir à des idées reçues, à des clichés scénaristiques hollywoodiens.

CJ : Mais bien sûr! Elle a commis un attentat, elle est dévastée. Mais elle ne passe pas sa journée à pleurer

AD : Et puis au départ du film, l’action a déjà eu lieu 48 heures avant. On avait besoin de les montrer ensemble, dans leur normalité car contrairement à plein de films, on ne peut pas faire de scène d’exposition classique. Il fallait qu’on explique quel était le rêve précédant ce carnage pour expliquer pourquoi ils étaient rentrés là-dedans. Sinon on aurait dit, mais pourquoi ils font ça ces crétins? Il fallait trouver des ellipses, des petits moments de parenthèse pour faire comprendre pourquoi ils ont accepté un truc pareil…

CJ : Quand on les découvre, on est très à-postériori de l’attentat. Là, elle n’a certainement pas dormi depuis deux jours. Elle est à bout, elle ne peut plus parler à son mec… La vie, c’est ça. On s’habitue malheureusement à  tout et j’ai l’impression que ça aurait été vraiment maladroit d’arriver avec une scène de pleurs, de déchirement. Ce n’aurait pas été logique…

AD : Oui, ils ont encore envie d’y croire. On a beaucoup réfléchi à tout ça. Mais pour nous, ce n’était pas possible de les montrer autrement que dans cet espoir. S’il n’y a plus d’espoir, il ne peut plus y avoir ce parcours des personnages, donc plus de film.

CJ : Lui il nie l’évidence, qui est que ça merde. Il ne veut pas que ça merde. Il va tout faire – jusqu’à ce plat de pâtes – pour garder une espèce de calme et ne pas sombrer dans la fatalité. Il la refuse. Il veut coller au plan : partir loin avec l’argent donné par le commanditaire. Peut-être que le spectateur n’aurait pas fait la même chose, sauf que ce n’est pas lui le personnage.

AD : Les gens ont peut-être l’habitude de films traditionnels qui ne sont pas dans une démarche naturaliste. On n’a pas la vérité absolue, mais on s’est demandé ce qu’on aurait fait dans la situation des personnages. Moi je serais en train de craquer, Cédric, lui, serait probablement en train de tenir…

CJ : Oui, je déteste me rendre à l’évidence d’un échec. C’est comme ça. Je ne fuis pas la réalité, c’est une façon d’avancer. Si le personnage accepte la réalité, il lâche. Il est comme ça. Après, évidemment, c’est discutable, mais c’est une intention de mise en scène

A2V : De toute façon, le rythme est tellement soutenu que l’on n’a pas vraiment le temps de se poser ces questions… Et eux non plus n’ont pas vraiment le temps…

CJ : Exactement.

Aux yeux de tous - 2 

A2V : Et les images ont disparu, donc ils ne sont même pas confrontés directement à l’horreur de leurs actes.

CJ : Oui, ils sont protégés. Elle porte une culpabilité, mais cette culpabilité est personnelle, elle n’est pas rendue publique. C’est différent. Quand tu es le coupable recherché et le coupable que personne ne connaît, la frontière n’est pas mince

AD : C’est le sujet du dernier film de Lucas Belveaux..

CJ : Elle n’accepte pas d’avoir fait ça, mais elle n’est pas coupable aux yeux des gens Et lui part du principe que ce n’est pas leur faute et que tant qu’ils ne sont pas jugés, ils n’a pas assumer  cette culpabilité… C’est un point de vue et on l’assume.
Après, il y a le côté technique. On a eu que 26 jours de tournage. On est dans l’action. On n’a pas le temps de faire 40 ou 50 fois une prise sur le tournage, comme Jacques Audiard, par exemple – dont on est admiratifs, au passage – On n’a que deux scènes, deux plans-séquences.  

AD : La contrainte de temps joue sur la direction d’acteurs forcément…

A2V : On ne trouve pas que la direction d’acteurs est mauvaise, hein… Pas de malentendu!

CJ : Moi non plus! Et eux non plus! (rire) D’ailleurs ils sont prêts à repartir avec moi pour une nouvelle aventure. On a déjà un projet commun.
Après tu es dans un film qui capte le moment, pas dans une oeuvre qui décompose chaque geste. On est dans un truc assez brut où tu prends tout et dans ce cas là, tu t’exposes. On le savait ça, que notre film ne plairaît pas à tout le monde.

A2V : Le problème, c’est probablement que si un spectateur n‘est pas accroché dès le début, il restera en dehors tout au long du film. Mais Aux yeux de tous est quand même très bien mené. Les personnages évoluent au fil des minutes… Ils deviennent attachants. Et en peu de scènes, les acteurs nous montrent les aspérités des protagonistes, font comprendre leur psychologie. Ce sont des personnages complexes, ni tout blanc ni tout noir, humains…

CJ: Je déteste le côté tout blanc ou tout noir au cinéma, donc tant mieux si tu as ressenti cette ambiguïté chez les personnages.
Ici, je pense que ce qui peut gêner les gens, c’est qu’on ne présente pas nos protagonistes. On est dans la position du hacker, et le principe d’intrusion ne permet pas l’introduction. On ne connaît pas ces gens, on ne sait rien d’eux sauf qu’ils ont commis un acte horrible qui nous les rend instantanément antipathiques. Mais évidemment, on parvient à découvrir d’autres aspects de leur personnalité au fur et à mesure.

AD : Quand on a créé les personnages, on les a intégralement détaillé psychologiquement. On leur a écrit un background. On connaît tout d’eux. Mais on ne va pas le raconter à l’écran… Car l’idée du film est de rentrer dans leur vie à un instant T et de ne pas donner d’autres infos que ce que le hacker voit et entend. 

Aux yeux de tous - 7

A2V : Ce qui est intéressant aussi dans le film, c’est son rapport avec l’actualité… On est dans le cadre d’une élection présidentielle, le thème de l’insécurité est revenu à la mode avec les événements de Toulouse, il y a les Anonymous qui protestent contre la fermeture de Megaupload… On est dans une actualité brûlante!

CJ : C’est hyper troublant. Les Anonymous, ça fait 3 ou 4 ans qu’on suit leur mouvement. A l’époque, on nous disait, “Mais c’est quoi Anonymous? Personne ne va comprendre de quoi vous parlez…” Et là, on nous reprocherait presque de tirer parti de l’actualité.
C’est comme la tuerie de Toulouse… Il y a le thème de l’insécurité qui revient sur le devant de la scène et  l’exploitation des événements par les candidats à la Présidentielle, dont le président sortant, C’est troublant…
On nous a dit à l’époque : “Ouais, votre scénario, c’est un peu facile. Un attentat en période préélectorale et c’est la droite qui en profite…”. Aujourd’hui, c’est presque moi qui trouve le film trop proche de la réalité.
Ca me dépasse presque…

AD : Si on a écrit ce scénario, c’est que quelque part, on pressentait que cela pouvait arriver. On suit l’actualité, on s’intéresse à ce qui se passe autour de nous et dans le monde. Donc forcément, on a constaté, à l’époque, que certaines choses ne tournaient pas rond, que le climat devenait lourd, propice au pire…
Quand la société se fissure à cause des différences sociales fortes, les gens sont à bout. On peut alors se dire qu’il sont prêts à tout, même aux pires extrémités…

CJ : Et les périodes préélectorales exacerbent ces tensions sociales…

AD : La politique spectacle qui utilise un peu tout ce qui se passe, ça arrive sans arrêt (droite et gauche confondues). La récupération de ce qui se passe dans le monde dans une logique partisane, ça existe tout le temps. On est perméables à la société et on articule tout ça autour d’une histoire, traversés par plein de choses.
On avait envie de parler des Anonymous parce que ce mouvement nous parle, parce qu’on sent que les gens en ont marre et ont envie de changer le cours des événements…  

A2V : On s’est dit le film va sortir juste avant les élections. Ca risque de faire polémique… 

CJ : Qu’est-ce que tu veux que je te dise… On est à un mois de l’élection présidentielle. Le président sortant déclenche le plan Vigipirate “écarlate”, ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire de notre pays… On parle de terrorisme, d’insécurité, de violence des images…  Oui, aujourd’hui,  il y a cette actualité qui est d’abord regrettable et qui n’est pas de notre fait… Mais on a écrit ce scénario il y a deux ans avec Audrey… On n’avait pas prévu de coller à ce point à l’actualité. 
Et ce n’est pas de notre faute non plus si on est dans une société tellement à fleur de peau que ce genre de choses arrivent… Les gens penseront ce qu’ils veulent…
 
AD : On n’a pas voulu faire un film politique, même si on a nos idées personnelles et notre avis sur la politique menée actuellement. Le film posait des questions et elles ne seront que renforcées par les événements récents…Est-ce qu’on a envie d’être totalement vidéo-surveillés? La société est-elle à bout de nerfs? Et si oui, pourquoi? Les gens sont-ils prêts à faire n’importe quoi pour se sortir d’un quotidien étouffant? 
On ne prétend pas apporter de réponse à ces questions. Juste essayer de faire réagir et réfléchir les gens… 

Aux yeux de tous - 12

A2V : C’est aussi un film sur la manipulation des images… 
 
CJ : Moi, je sais ce que c’est que l’image. Je sais que l’image, j’en fais ce que je veux. Tu me donnes quatre minutes de rushes, je te fais un montage qui correspond à mon point de vue sur un sujet donné. Tu le donnes à un autre, tu as un autre point de vue. Avec les outils dont on dispose, on peut faire dire ce qu’on veut aux images, les transformer, les truquer, les agencer, par l’art du montage. Celui qui sait manipuler les images a un certain pouvoir. Il peut s’appuyer sur un montage pour diriger son discours, pour faire entériner, valider, sa version aux yeux de tous. C’est ce que je dis dans mon film… Le hacker donne sa version des faits. Il monte son film selon son point de vue, puis le diffuse sur le net de façon à obtenir un impact d’assimilation générale… C’est ça qui me fascine.
Le montage est un outil formidable…  Si tu me demandes de faire un film sur le café dans lequel on est en train de discuter, je peux filmer toute la journée et sélectionner mes images. Si j’axe mon montage autour des gens branchouilles/élitistes, on aura l’impression que c’est un bar à la mode peuplé de gens branchouilles/élitistes. Mais si je privilégie les images d’une vieille dame qui passe prendre son café chaque matin, on pensera qu’il s’agit d’un petit bistrot de quartier… Tout est question de point de vue.  La vérité du hacker est discutable.  Elle est orientée par son point de vue, lui même influencé par l’empathie qu’il peut avoir vis-à-vis des autres protagonistes…

A2V :  Tout à fait…  Le spectateur est dans la même situation. Au départ, on trouve les personnages ignobles, détestables. Puis ils s’humanisent peu à peu au fur et à mesure que nous découvrent leurs motivations…

CJ : Oui, et vers la fin, on n’a pas envie que le personnage de Mélanie se fasse attraper ou tuer, alors que pragmatiquement, elle est coupable d’une chose odieuse. Elle a posé une bombe dans la Gare d’Austerlitz! Mais la façon dont est mené le film fait qu’on s’attache à elle. Là encore, c’est un point de vue, induit par ce qui se déroule à l’écran… 

A2V :  De toute façon, les personnages sont tous ambivalents… Même le personnage de Francis Renaud, qui est un cran au-dessus au niveau de la responsabilité de l’attentat, finit par nous toucher, d’une certaine manière…

CJ : Oui. Ils sont tous touchants car ils participent tous a cet acte terroriste pour des raisons particulières. C’est passionnant, parce ce que si la raison qui pousse les gens à faire le pire peut être comprise, elle peut être pardonnée.
Un rapport affectif change toujours la perception de la réalité. C’est une évidence humaine. Et heureusement d’ailleurs. Nous ne sommes pas des robots. Les coeurs parlent!

A2V : Les meilleurs films noirs reposent sur ce côté humain…

CJ : Tu as raison. Mais ici, ce qui m’intéressait était vraiment le concept de point de vue, et sa façon d’altérer notre vision des choses… J’espère faire réfléchir sur cette notion-là, pour faire réagir le spectateur… 
Prenons un autre exemple. Si tu vas en Afghanistan, tu peux filmer le peuple qui s’en prend plein la tronche ou montrer les héros français qui souffrent là-bas sur le terrain. Deux points de vue différents qui ne reflètent qu’une partie d’une réalité plus complexe, qui donnent une impression faussée de ce qui se passe là-bas. Il n’empêche que si ça passe au journal de 20h devant 11 millions de se téléspectateurs, on prend ça pour la vérité absolue. Alors que ce n’est que le point de vue d’un journaliste, d’un monteur… 

Aux yeux de tous - 13

A2V : Mais justement, dans les actualités, les images sont noyées dans un flot global. Il faut aller vite et frapper fort. On sert des images partielles et partiales au téléspectateur… C’est là qu’un film de cinéma peut avoir son utilité, en développant un peu plus un sujet, en montrant des choses alternatives à ce que les média nous servent quotidiennement. Même s’il s’agit là aussi d’un point de vue d’auteur, même si l’histoire racontée est une fiction. Cela ouvre d’autres perspectives, permet au spectateur de se faire sa propre idée des choses…
Et les artistes ont souvent un regard plus juste, plus clairvoyant sur la réalité…

CJ : Oui parfaitement…
Ce qui m’énerve, c’est cette logique d’anesthésie générale du public. On nous stresse en nous balançant des horreurs au 20 h et on nous passe “The Voice” dans la foulée pour nous détenre et nous rendre perméable à la publicité. On prend les spectateurs pour des idiots…
Même chose avec certains films français ou certains blockbusters américains… Ca m’attriste profondément. Quand on a la chance d’être artiste, surtout un artiste réputé, on peut très bien se servir de cette parole offerte par le cinéma pour dire des choses intelligentes, profondes, utiles… Moi, j’ai envie de faire un cinéma qui bouscule, qui fait réfléchir les gens, quitte à les choquer, quitte à ce qu’ils me haïssent… Je suis très admiratif du travail de Gaspar Noé, qui est un ami de longue date. Beaucoup de gens le détestent, mais lui continue de faire ses films avec son style, avec ses tripes. Il parle de sujets qui dérangent. Certains le détestent mais son cinéma les sort de leur petite routine confortable. Et cette détestation, c’est un vrai sentiment. C’est mieux que d’être un cinéaste tiède, dont tout le monde se moque royalement…

A2V : Les spectateurs vont sûrement aussi être divisés par rapport à ton film. Mais personne ne devrait contester son originalité. D’ailleurs, je trouve plutôt bien qu’il soit sélectionné à Beaune la section “Sang Neuf” qui est souvent la l’endroit où on trouve les films les plus intéressants.  Par exemple, Bronson, il y  a trois ans…

CJ : J’adore ce film.  Et je suis très content d’être à Beaune. C’est un bon festival, une bonne vitrine pour le film. Ce qui est amusant, c’est que j’ai monté mon film en même temps que  le réalisateur de Dias de Gracia, dans la pièce d’à-côté. C’est un mec que je connais super bien et c’est drôle d’être en compétition avec lui. 
En fait, initialement, je devais être sélectionné à Cannes. Mais je ne voulais pas sortir après les élections. Pour tout dire, le film devait sortir en janvier, car je ne voulais pas coller aux élections pour qu’il n’y ait pas d’amalgame, pour ne pas être attaqué sur le fait de profiter des élections. Mais je n’étais pas prêt. Et je ne voulais pas sortir après les élections non plus, cela n’aurait eu aucun sens… Et du coup, j’ai refusé La Quinzaine des Réalisateurs…

A2V : Il y aura d’autres occasions…

CJ : Là, on est en train d’écrire un truc sympathique. Je n’en dis pas plus… On espère tourner encore avec Olivier Barthélemy et d’autres encore. Ce sera un film anarchiste, un film très très en colère…  Moi, je suis un bon vivant, j’aime faire la fête, mais au fond, je suis pessimiste. J’adore cette phrase de Sergio Leone qui répondait à un journaliste lui disant qu’il était, avec John Ford, l’un des maîtres du western :”La différence fondamentale entre John Ford et moi, c’est que John Ford est un profond optimiste et moi un profond pessimiste. Chez John Ford, quand un personnage regarde par la fenêtre, il voit l’horizon. Chez moi, quand un personnage regarde par la fenêtre, il a peur de se prendre une balle dans la tête…”.  Je trouve l’image géniale!

Jimenez-Diwan

A2V : Tu parles de Leone. Quelles sont les autres auteurs qui t’inspirent?

CJ : Quand j’ai commencé à m’intéresser au cinéma -  j’étais assez jeune -  j’adorais Robert De Niro. J’ai vu Angel heart, par exemple, et même si le film n’est pas exempt de défauts, j’ai été scotché…
J’aime Scorsese aussi, évidemment. Même si maintenant, ses films sont un peu moins forts. J’ai revu Raging bull récemment et le film n’a pas pris une ride. Quelle énergie! Quelle révolte dans l’expression artistique!
Et puis je suis en admiration devant Francis Ford Coppola. J’ai cité Conversation secrète, une merveille de mise en scène, mais il y a aussi Le Parrain.  Et  Apocalypse now. Je suis fasciné en voyant à quel point ce film lui a échappé et à quel point le film est magistral. Je suis à genoux devant une telle expression artistique. Ce n’est pas un film qui est porté par le cinéaste, c’est un film qui lui a totalement échappé. Mais en même temps, c’est un film touché par la grâce d’une espèce de fulgurance artistique. Coppola il avait la magie…
J’adore des mecs comme Christopher Nolan, un cinéaste très intelligent, comme Fincher, qui est un cinéaste énorme, mais ils n’ont pas ce côté magique. Aronofsky l’a un peu. Son Requiem for a Dream m’a époustouflé…
Après, il y a plein de cinéastes que j’aime. Tu sais, je vois deux films par jour depuis que j’ai l’âge de 15 ans. Et j’ai un des meilleurs vidéoclubs de Paris à deux pas de chez moi – le Videoclub de la Butte…
Pour mon film, j’ai puisé un peu d’énergie dans les films de Scorsese et de Coppola. J’espère que j’ai réussi à la véhiculer dans  Aux yeux de tous…  

A2V : Moi, je suis de ceux qui l’ont aimé, alors oui, forcément, je trouve que c’est réussi… Et puis je trouve que l’on y trouve aussi cet amour du cinéma que tu viens d’exprimer à l’instant… On ne sent pas directement les influences, mais on sent que le réalisateur a suffisamment de culture cinématographique pour bâtir une mise en scène solide…

CJ : Je suis content que tu aies aimé. Ca me touche vraiment. Mais ce qui me plaît encore plus, c’est quand des critiques bien installés, d’une autre génération, viennent me voir pour me dire qu’ils ont adoré le film. C’est presque trop. J’ai envie de leur dire qu’ils exagèrent… Mais ça me plaît de voir que je peux toucher des gens venus d’autres milieux sociaux, d’autres génération… Après, il y a aussi des gens de ma génération qui n’ont pas aimé… Ce n’est pas grave. C’est même rassurant quelque part. Je n’ai pas peur de la critique. Les critiques constructives t’aident à t’améliorer… Je suis d’ailleurs le premier critique de mon film. Il a des imperfections liées à cet conception dans l’urgence, dans l’impulsivité… 
Là, ce qui m’importe surtout, c’est que le film existe. On a réussi à le faire, avec du coeur et de l’énergie. Des gens l’aiment ou  le détestent. S’il plaît, tant mieux. S’il ne plaît pas, tant pis, on fera mieux la prochaine fois…  

A2V : Merci Audrey, merci Cédric pour cette (longue) entrevue…

Interview réalisée par Boustoune le 23/03/2012 au Café Marcel (Paris 18e)