Cinéma | LEVITICUS – 13,5/20

Par Taibbo

De Adrian Chiarella
Avec Joe Bird, Stacy Clausen, Mia Wasikowska

Chronique : La culture queer s’est toujours reconnue dans le cinéma d’horreur, le genre ayant longtemps servi de refuge aux créateurs LGBT. Le lien se fait la plupart du temps par métaphores : la figure du freak, qui reflète la honte de soi, la stigmatisation des différences, la sortie du placard (de sa cachette) qui expose au danger et à la mort, les épidémies qui symbolisent l’arrivée du sida… Les références et les allégories sont légion.
Ce qui est intéressant dans Leviticus, c’est que cette connexion est abordée frontalement.
Les protagonistes sont deux adolescents gays qui vivent dans une communauté religieuse et conservatrice. Ils ne peuvent se rencontrer et s’aimer qu’en secret. Lorsqu’ils sont exposés, un homme mystérieux va leur imposer une sorte d’exorcisme censé les « libérer » de leurs penchants, sous le regard inquiet mais néanmoins complice de leurs familles (Mia Wasikowska est formidable d’ambiguïté en mère aimante, mais tenue par le poids des convenances). Une thérapie de conversion surnaturelle, en quelque sorte, qui va déclencher chez eux une terrible malédiction symbolique. C’est littéralement la personne qu’ils aiment et qui les attire le plus qui devient le danger, un double maléfique qui va les pourchasser et chercher à les tuer. Le message ne pourrait être plus clair.
Leviticus n’est pas simpliste pour autant. Les images qui dénoncent ce que subit la jeunesse LGBT dans certains environnements hostiles, qu’ils soient culturels ou religieux, sont plutôt subtiles et bien amenées.
La mise en scène se garde bien d’être trop démonstrative. Elle est efficace dans l’effroi qu’elle provoque, mais reste sobre et élégante, misant sur l’ambiance pour compenser un évident manque de moyens.
Et ce premier amour gay empêché est à la fois touchant et réaliste, notamment grâce au jeu gracile des deux jeunes comédiens. L’arc romantique se développe ainsi naturellement en parallèle du récit horrifique, les deux se nourrissant l’un l’autre.
Une proposition conceptuelle vraiment intéressante, à ajouter aux réussites du renouveau créatif du cinéma horrifique indépendant.

Synopsis : Deux adolescents doivent échapper à une entité violente qui prend la forme de la personne qu’ils désirent le plus : l’un l’autre.