« Karma » de Guillaume Canet

KarmaDans un petit village au nord de l’Espagne, Jeanne (Marion Cotillard) semble vivre heureuse avec Daniel (Leonardo Sbaraglia), son compagnon et son fils de six ans, Mateo. Enfin, c’est ce que l’on pense, car elle semble très complice avec l’enfant et elle traîne tout le temps avec lui. Cependant, on comprend assez vite qu’elle n’est que la marraine de l’enfant, et que sa trop grande proximité avec Mateo est perçue comme problématique par ses parents et leur entourage. Un jour, après un match de football, on constate la disparition de Mateo. La police ne tarde pas à soupçonner Jeanne de l’avoir enlevé ou d’avoir provoqué sa disparition, par accident ou par dépit. Un témoin l’a aperçue à la mi-temps en train de se diriger vers la rivière voisine, en compagnie du petit garçon. Elle est la dernière personne à l’avoir vu.
Ceci inquiète Daniel, qui est conscient que sa compagne lui dissimule des choses. Il souhaite en discuter avec elle après avoir participé à la battue pour retrouver Mateo. Mais à son retour, Jeanne a disparu à son tour…
Voilà pour le point de départ de Karma, le nouveau thriller de Guillaume Canet. Les vingt premières minutes sont plutôt intrigantes. On a du mal à appréhender le comportement de Jeanne et, comme les policiers, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur son rôle dans la disparition de l’enfant. Il règne une ambiance pesante, mystérieuse qui donne envie de découvrir la suite du film.

La suite est un peu moins convaincante. Certes, le récit ménage son lot de surprises et de rebondissements, une fois passé de l’autre côté de la frontière franco-espagnole, mais le tempo du film, lui, patine sérieusement.
On ne sait pas si le film a été remonté depuis son passage au Festival de Cannes, où il était présenté en séance de minuit, mais la version que nous avons vue à l’époque nous a semblé beaucoup trop longue pour un thriller. Toute la seconde partie de l’intrigue, où Daniel, convaincu de l’innocence de Jeanne, mène l’enquête pour retrouver sa trace, manque cruellement de rythme. L’homme est patient, d’accord, mais sans doute un peu plus que le spectateur qui, au bout d’un moment, va très probablement regarder sa montre en se demandant quand le récit va enfin progresser. Ce ventre mou risque fort de perdre en route quelques spectateurs, ce qui serait dommage, car la troisième et dernière partie, dont on ne dévoilera rien pour ne pas divulgâcher le plaisir du spectateur, offre son lot de rebondissements et fait regrimper la tension de quelques degrés, en confrontant Jeanne à son passé tumultueux.

Le film possède quelques qualités artistiques. Déjà, l’interprétation solide de Leonardo Sbaraglia, acteur argentin vu notamment chez Almodovar (Autofiction, Douleur et gloire) ou dans quelques thrillers marquants (Accusada, Les proies) et de Marion Cotillard, parfaite dans la peau de cette femme ambiguë, dont on peine à cerner les motivations jusqu’au dénouement. Celle de Denis Ménochet, dans un rôle qui lui permet aussi de déployer toute sa palette dramatique.
La mise en scène de Guillaume Canet n’est pas toujours magistrale, mais elle est sobre et précise, laissant à ses comédiens la place de s’exprimer. Le cinéaste est plutôt à l’aise avec ce genre de film et, s’il a pu s’inspirer des polars américains par le passé (Ne le dis à personne, Blood Ties), il semble ici lorgner avec bonheur sur toute une génération de thrillers espagnols, pour réussir à instiller de la tension et provoquer des sueurs froides. La photographie de Benoît Debie, collaborateur régulier de Gaspar Noé et Wim Wenders, participe aussi à cette ambiance singulière, entre scènes de jour caniculaires et séquences crépusculaires glaçantes.

Si l’on met de côté quelques facilités scénaristiques, les baisses de régime assez problématiques de sa seconde partie, sa durée globalement trop importante, on peut donc prendre un certain plaisir face à Karma. Mais on ne saurait trop conseiller à Guillaume Canet d’épurer encore ses intrigues et de raccourcir la durée de ses films, qui dépassent souvent les deux heures sans que cela soit toujours justifié. Les meilleurs thrillers espagnols ont l’avantage d’être concis et resserrés, ce qui leur permet d’être particulièrement efficaces. Ici, le thriller fonctionne – c’est l’essentiel – mais on n’est pas loin de la sortie de route.


Karma
Karma

Réalisateur : Guillaume Canet
Avec : Marion Cotillard, Leonardo Sbaraglia, Denis Ménochet, Luis Zahera, Marta Etura, Mathieu Lourdel, Brigitte Catillon, Dominique Frot, Aron Ramo
Genre : Thriller à l’espagnole, avec sieste à mi-parcours.
Origine : France
Durée : 2h20
Date de sortie France : 21/10/2026

Contrepoints critiques :

”Mettant en scène une Marion Cotillard terne et qui ne suscite aucune empathie, « Karma » peine à captiver le spectateur durant ses deux longues heures et demie. Heureusement que Denis Ménochet est là pour voler la vedette à l’héroïne et transmettre la tension qui fait le peu d’intérêt de ce thriller.”
(Benjamin Bidolet – Abus de Ciné)

”Pour son neuvième film en tant que réalisateur, Guillaume Canet déroule une partition haut de gamme pour Marion Cotillard, son ancienne compagne et mère de leurs deux enfants.”
( Benjamin Locoge – Paris Match)

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