Garance

Par Dukefleed

Pas de pot

Le nouveau film de Jeanne Herry s’attaque à nouveau à un fait de société : l’alcoolisme féminin. Une jeune comédienne est alcoolique depuis ses 15 ans, elle en a 32 et voit du fait de cette addiction son avenir professionnel et sa vie tout court se ternir.

Moins documentaire et plus fictionnel que ces deux films précédents (« Pupille » et « Je ne verrais plus vos visages »), elle s’acharne à nous montrer par un mécanisme narratif de la répétition la dégringolade d’un alcoolique. Pour connaitre un peu cette problématique, un des écueils du film est que l’on ne voie pas la comédienne s’enfoncer dans l’alcoolisme. Dans les scènes avec des amis et en famille, on nous montre toujours quelqu’un en maitrise ; une forme de petit alcoolisme mondain. Alors comment en arrive-t-on à cette scène devant un médecin qui lui annonce qu’elle est entre la vie et la mort ? Surtout que le film passe 1h30 à nous montrer le personnage principal empêtré dans son addiction sans jamais montrer une descente aux enfers ou une forme de déchéance. Pire encore, l’alcoolisme se voie sur la peau sur un visage qui se boursouffle ; là, à part une scène ou deux, elle reste assez fraiche et pimpante. D’accord, sur une scène de doublage, on la voie ne jamais trouver le bon tempo ; mais un alcoolique au bord du gouffre n’est même plus capable de livrer ce type de prestation. En fait la répétition finit par lasser car elle ne permet aucune progression narrative. Et dans ce canevas convenu, de la chute va naitre le sauvetage et tout cela de manière expéditive, en une quinzaine de minute, par un gentil sevrage à domicile. One shot et je suis guéris ; troublant !!! Et si on ajoute à cela le parallèle avec une sœur entre la vie et la mort affrontant un cancer qui vient percuter l’alcoolisme de l’héroïne ; çà devient lourd. Et puis pourquoi dans un lot incroyable de la production actuelle, la rédemption ou la lumière vient fréquemment d’une relation amoureuse… homosexuelle.

Après ces critiques acerbes, notons que les touches de légèreté et d’humour qui traversent le film sont autant de respiration qui nous tiennent durant les presque 2 heures. C’est donc avant tout un film d’actrice avec une belle opposition entre Adèle Exarchopoulos et Sarah Giraudeau. Adèle, avec sa spontanéité habituelle et son charme, s’empare des dialogues avec beaucoup de talent ; à se demander s’ils ont été écrits pour elle ou si d’elle-même, elle y a apporté sa touche. Son humour ravageur, sa légèreté sons sens de la punchline font une grande partie du sel de ces deux heures.

Les deux précédents lorgnaient plus du côté fim dossier ou film doc ; l’émotion y était malgré tout autant et le message plus juste et plus percutant que sur celui-ci.

Sorti en 2026

Ma note: 11.5/20