Affiche de Oxygen (2025), réalisé par Netalie Braun. © ZOA Films / Baryo Films
Pourquoi voir Oxygen ?
Depuis ses débuts, le cinéma israélien est profondément lié à la question de l’identité nationale, du conflit israélo-palestinien et des fractures internes de la société, entre religieux et laïcs, juifs ashkénazes et séfarades, israéliens et arabes, le cinéma israélien est l’un des plus dynamiques et critiques du Moyen-Orient, il n’hésite pas à critiquer son propre État.
Le cinéma israélien est engagé par nature, de nombreux films s'intéressent aux injustices internes du pays, les discriminations ethniques ou les conflits générationnels comme Mariage tardif de Dover Kosashvili ou Ajami de Scandar Copti et Yaron Shani qui s'intéresse aux communautés arabe musulmane, arabe chrétienne et juive de la métropole de Jaffa/Tel Aviv.
Oxygen, premier long métrage de Netalie Braun, aborde ces thèmes depuis un point de vue plus intime, celui d’une mère qui refuse d’accepter que son fils soit sacrifié au nom d’un Etat qui s'sacrifie sa jeunesse pour des idées politiques.
Réalisatrice, scénariste et productrice, Netalie Braun s’est d’abord fait connaître par ses documentaires, avant de passer à la réalisation de long métrage avec Oxygen, une œuvre qui conserve le regard neutre et impartial du documentaire sur la société israélienne.
Oxygen suit Anat, une institutrice passionnée de poésie et mère célibataire, qui attend avec impatience le retour de son fils Ido après son service militaire.
Mère et fils doivent partir ensemble en Inde, un voyage qui représente pour Anat bien plus que de simples vacances, une parenthèse, une occasion de retrouver son fils et préserver leur relation.
Mais au moment où Ido doit rentrer, un soldat est enlevé à la frontière libanaise et la situation dégénère rapidement, les permissions sont suspendues, la guerre se rapproche et Ido se retrouve de nouveau enrôlé par l’armée.
Le père d'Anat, Yaakov, ancien combattant traumatisé par la guerre, voit quant à lui son état psychologique se dégrader, Anat se retrouve prise entre deux générations d’hommes marquées par les conflits, un père qui porte les blessures des guerres passées et un fils qui s'apprête à entrer dans une nouvelle guerre.
Avec Oxygen, la réalisatrice dresse un pont entre plusieurs générations marquée par les conflits, des conflits qui font des ravages, tant sur les pertes humaines, que sur les traumatismes qui hantent les âmes.
Netalie Braun ne cherche pas à réaliser un film de guerre où les corps gisent sur le sol pourtant bénit de la Terre Sainte, les combats sont presque toujours hors champ, la violence militaire reste largement invisible et le véritable champ de bataille est au seins de la famille.
La cinéaste peut compter sur une actrice solaire, Dana Ivgy qui incarne Anat, livre une interprétation intense, capable de transmettre la peur, la colère, l’amour et surtout cette impression de perdre progressivement le contrôle sur les personnes qu’elle cherche désespérément à protéger, elle donne à son personnage une fragilité désarmante.
Face à elle, Ben Sultan interprète Ido, un jeune homme tiraillé entre son affection pour sa mère et son désir de retourner combattre, il n’est pas présenté comme un héros ni comme une victime, mais comme un jeune homme convaincu qu’il doit aller combattre pour une cause qui le dépasse.
Le métrage parle de guerre sans véritablement montrer la guerre, il parle de l'armée sans transformer les soldats en monstres ou en héros, il parle du patriotisme en passant par les émotions d'une mère, la cinéaste ne cherche pas à expliquer le conflit israélo-libanais dans ses moindres détails, elle préfère montrer ses conséquences sur ceux derrière les lignes.
Malgré quelques facilités scénaristique, surtout à la fin, pour son premier long métrage, Netalie Braun livre une œuvre engagée, elle choisit de regarder la guerre depuis ceux qui la subissent à distance, depuis les mères, les pères et les enfants qui doivent vivre avec la possibilité permanente de la mort.
La réalisatrice ose poser une question particulièrement difficile dans la société israélienne, peut on accepter le sacrifice de ceux que l'on aime simplement parce que toute une société nous demande de le faire ?
Netalie Braun signe avec Oxygen, un drame psychologique intense, explorant les fractures maternelles face aux ravages de la guerre, évitant habilement le sensationnalisme politique pour se recentrer sur l'humain.
Un film puissant et nécessaire
© Itay Marom
Synopsis :
Anat, institutrice passionnée de poésie et mère célibataire, attend avec impatience la libération de son fils Ido de l'armée et le voyage en Inde qu'ils ont prévu ensemble.
Mais lorsqu'un soldat est enlevé à la frontière libanaise et qu'une nouvelle guerre éclate, les permissions sont annulées.
Alors que son père Yaakov, vétéran traumatisé par la guerre, voit son état se détériorer, Anat découvre qu'Ido a volontairement décidé de retourner combattre.
© Itay Marom
Anecdotes :
Le film a remporté le prix Haggiag du meilleur film au Festival du cinéma de Jérusalem 2025.Oxygen a également reçu huit nominations aux Ophir Awards 2025, dont celle du meilleur film.
© Itay Marom