De Alejandro González Iñárritu
Avec Tom Cruise, Sandra Hüller, Riz Ahmed
Chronique : Avec Digger, Iñárritu livre une farce futuriste et politique tout en ouvrant sa filmographie à la comédie pour la première fois. Mais une comédie ambitieuse, cérébrale, au scénario fait de multiples couches, sciemment construit pour surprendre, faire réagir et réfléchir. Il s’empare pour cela d’un sujet furieusement d’actualité : les ressources insoupçonnées de l’Homme pour contribuer à sa propre chute et à une possible future apocalypse. Un lointain voisin de Don’t Look Up, en moins véhément et plus philosophe cependant. Les premières minutes annoncent une catastrophe écologique que le cynisme des puissants, industriels milliardaires et politiques corrompus, auront feint de ne pas voir venir et tenteront d’empêcher bien trop tardivement. Sur le fond, Digger est proche des nombreuses œuvres récentes s’alarmant des conséquences du dérèglement climatique, mais sur la forme il est aussi riche que novateur. La direction artistique s’avère particulièrement soignée et travaillée, depuis ces décors mouvants à l’esthétique presque soviétique (chromatisme fade des bâtiments, costumes uniformes aux tons pastel ternes) jusqu’à la brillante exploitation de l’espace. Il y a incontestablement une signature, renforcée par quelques tours de force dans la mise en scène d’Iñárritu : des plans-séquences virtuoses qui rappellent par moments Birdman et de brillants jeux de caméra.
Le subterfuge narratif (qu’on ne révélera pas) est basé sur une mise en abyme très maline, le procédé est incontestablement ingénieux (le dernier plan est en ce sens fascinant). Mais ça ne fonctionne pas sur la durée, on y reviendra plus tard.
Le réalisateur mexicain convoque une multitude de personnages aussi excentriques les uns que les autres, si bien qu’une sorte d’hystérie innerve le film. Les comédiens hurlent, cassent, crient, pleurent, surjouent des caricatures dans un grand geste burlesque et excessif. En résulte une œuvre volontairement roide, mal aimable et difficile à appréhender.
On comprend (pas tout de suite) que c’est volontaire et en grande partie dû au parti pris narratif du film, mais le spectateur subit longtemps ce vacarme outrancier, et cela en devient rapidement épuisant. En laissant son spectateur aussi longtemps dans l’ignorance de ce qui se passe vraiment à l’écran, Iñárritu finit par le laisser sur le bord du chemin tout en restreignant la force de son message. Ce n’est que sur la fin, dans le dernier quart environ, qu’on comprend vraiment les intentions d’une satire trop longtemps noyée par son dispositif narratif.
En évitant d’aborder son sujet frontalement pour ne pas trop vite « gâcher » son effet, le bavard Digger s’égosille dans le vide pendant très (trop) longtemps avant de donner à son public les clés du récit et le sens profond de sa parabole. Avec une pointe d’autosatisfaction qui peut fatalement agacer le spectateur.
Le film est mû par une évidente ambition formelle et une vision auteuriste assumée. Mais Digger donne aussi l’impression d’avoir été trop « pensé », comme si ses auteurs s’étaient complus dans la radicalité du dispositif narratif et dans l’idée de ménager ce twist final, aussi génial soit-il. Mais ce qui précède et le vacarme un peu vain, exagérément théâtral qui l’accompagne, s’il intrigue au départ, finit par épuiser, par manque de naturel, donc de cœur et, au final, d’émotion.
Synopsis : L’homme le plus puissant au monde se lance dans une mission effrénée pour s’ériger en sauveur de l’humanité avant que la catastrophe, qu’il a lui-même déclenchée, n’anéantisse la planète.