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Pourquoi voir Collapse (Face à Gaza) ?
Née en 1958 à Eilat, en Israël, Anat Even est une réalisatrice israélienne indépendante dont le cinéma s'intéresse depuis plusieurs décennies à la mémoire, à l'identité, à la société israélienne et au conflit israélo-palestinien, elle a notamment vécu plusieurs années dans le kibboutz de Nir Oz, lieu qui occupe une place centrale dans son nouveau documentaire.
Après les attaques du 7 octobre 2023, la cinéaste retourne sur les lieux de son passé, un endroit qu'elle connaissait comme un lieu de vie, de rencontres et d'espoir, mais qu'elle découvre profondément transformé, elle commence à filmer quelques semaines après les attaques et va poursuivre ce travail pendant plus de deux ans.
Avec Collapse (Face à Gaza), Anat Even livre un documentaire profondément personnel, qui refuse les codes traditionnels du film de guerre, ici, pas de grandes reconstitutions, pas de spectaculaire, pas de succession d'images de combats, la réalisatrice filme les traces, les ruines, les paysages et surtout l'absence.
Dès les premières images, le contraste est saisissant, d'un côté les terres agricoles et le calme apparent du kibboutz, de l'autre les ruines et les explosions visibles ou audibles au loin, une frontière sépare physiquement les deux territoires, mais le film montre rapidement qu'elle ne peut pas séparer les conséquences humaines du conflit.
Anat Even fait le choix de filmer l'après plutôt que l'événement lui même, une maison détruite, des objets abandonnés, des champs presque paisibles, des animaux errants, des traces laissées sur les murs et les boîtes aux lettres.
Le spectateur est constamment confronté à ce paradoxe, celui d'un paysage qui semble parfois paisible alors qu'il porte encore les cicatrices d'un massacre et d'une guerre toujours en cours.
Cette absence devient justement l'une des grandes forces du documentaire, car la violence est souvent hors champ, on entend les bombardements, les avions et les tirs sans nécessairement voir leur origine, ce qui crée une tension étrange, presque irréelle.
Le spectateur sait que quelque chose se déroule derrière la frontière, mais la caméra reste bloquée de l'autre côté.
Ce choix de mise en scène permet à Anat Even de transformer le paysage en véritable personnage, la nature continue d'exister alors que les hommes détruisent leur environnement, les oiseaux chantent pendant que les explosions résonnent au loin, donnant au film une atmosphère presque post-apocalyptique.
Le documentaire évolue progressivement, passant du traumatisme du 7 octobre à une réflexion plus large sur la guerre et ses conséquences, les images du kibboutz détruit finissent par dialoguer avec celles de Gaza, visible depuis l'autre côté de la frontière.
C'est à ce moment que le film prend une dimension politique beaucoup plus forte, Anat Even confronte la douleur des victimes du 7 octobre avec la destruction qui se déroule à Gaza, refusant de considérer ces deux réalités comme totalement séparées.
Le film repose également sur un échange entre Anat Even et Ariel Cypel, son ami et collaborateur installé en France, leurs lettres permettent d'introduire un dialogue, parfois contradictoire, autour de ce qu'ils voient, de ce qu'ils ressentent et de la responsabilité d'un cinéaste face à une guerre qu'il ne peut pas entièrement montrer.
La mise en scène est volontairement minimaliste, les plans sont souvent fixes ou très longs, la caméra observe davantage qu'elle ne cherche à provoquer une réaction., le silence occupe une place importante, immédiatement interrompu par le bruit d'un avion ou d'une explosion.
Ce travail sur le son est probablement l'un des éléments les plus réussis du film, car il permet de rendre présente une guerre que la caméra ne peut pas filmer directement, Gaza est souvent hors champ, mais elle reste constamment présente dans l'esprit du spectateur.
Elle filme ce qui reste visible depuis Israël et laisse le son raconter une partie de ce que l'image ne peut pas montrer.
Collapse n'est pas un documentaire classique sur le conflit israélo-palestinien, le film assume une vision personnelle et engagée, construite autour du deuil, de la colère, de la culpabilité et de la nécessité de continuer à dialoguer.
Certains spectateurs pourront reprocher au film son rythme contemplatif et son absence de narration traditionnelle, le documentaire demande effectivement de la patience et accepte volontairement les silences et les répétitions, mais cette lenteur participe aussi à son identité, car Anat Even ne cherche pas à expliquer le conflit mais à faire ressentir l'état d'un territoire après la catastrophe.
Avec Collapse (Face à Gaza), Anat Even signe donc une œuvre intime et politique, un documentaire qui refuse le spectaculaire pour privilégier l'observation, le silence et le hors champ.
"J'entends les bombardements incessants et mon cœur se brise."
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Synopsis :
Peu après les attaques du 7 octobre 2023, Anat Even retourne dans le kibboutz de Nir Oz, où elle a vécu durant sa jeunesse. Pendant plus de deux ans, elle filme les lieux détruits, les paysages transformés et les traces laissées par le massacre.
De l'autre côté de la frontière, Gaza est ravagée par la guerre. Incapable de franchir la frontière, la réalisatrice filme ce qu'elle peut voir et surtout entendre depuis le territoire israélien.
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Anecdotes :
Collapse a été présenté à la Berlinale 2026 avant d'être projeté au Thessaloniki Documentary Festival.
Anat Even a vécu plusieurs années dans le kibboutz de Nir Oz, 64 habitants de Nir Oz assassinés et 76 personnes enlevées selon Israel Hayom, environ un habitant sur quatre a été assassiné ou pris en otage.
Crédit : Chaim Goldberg/Flash90
Environ 1 200 personnes ont été tuées lors des événements du 7 octobre 2023 en Israël.
Au 1er octobre 2026 fait état de 74 040 Palestiniens tués et 175 168 blessés, selon le ministère de la Santé de Gaza.
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