[Venise 2026] “Sumo : Spirit Weighs Nothing” d’Erik Shirai

Par Boustoune

[Venice Spotlight]

De quoi ça parle ?

Des combattants de sumo.

Pourquoi on trouve le film un peu lourd ?

Ce documentaire se veut une plongée au coeur des tournois de sumo, s’intéressant à plusieurs combattants, à différents stades de leur carrière.
L’idée est de faire découvrir ce sport, véritable institution au Japon, et d’essayer d’en faire comprendre les codes, les traditions millénaires et la beauté à un public de cinéphiles néophytes. Erik Shirai le fait avec de jolies images, alternant noir & blanc, sépia et couleur (sans trop que l’on sache pourquoi, si ce n’est une volonté de faire quelque chose d’esthétique sur un sujet pas vraiment perçu comme glamour en occident). Il filme les tournois, les coulisses, les entraînements, interroge les combattants, vainqueurs et vaincus. La plupart des scènes se déroulent soit sur le dohyō (la zone de combat), lors des tournois, soit dans les écuries de vieux maîtres (comme celle de Maître Sakaigawa, à Tokyo) ou à l’école de formation des sumos.
Parmi les sumotori rencontrés, on trouve Hiradoumi, 24 ans, l’une des étoiles montantes de ce sport, promis à en être le futur grand champion, mais qui devient de plus en plus fébrile alors qu’il prend conscience du poids de la célébrité. Il y a aussi Yonezawaryu, 19 ans, qui, malgré tous les atouts physiques pour réussir, se demande s’il va continuer sa formation ou tout abandonner. Il envie les jeunes de son âge, bien plus libres, et ressent souvent de la lassitude dans les routines imposées par son sport : entraînements épuisants, corvées d’entretien du centre de formation, obligation de manger beaucoup pour prendre du volume – l’Oncle Ben’s doit faire 90% de son chiffre d’affaires juste sur cette école, vu le nombre de boulettes de riz qu’ingurgitent ces beaux bébés – et rituels capillaires, pour pouvoir un jour se faire un chignon de compétition. On trouve aussi un jeune combattant de 15 ans, Kosei, membre de l’écurie de Hidenoyama. Le garçon est très impressionnant parmi les divisions inférieures, mais doit encore s’étoffer avant de se mesurer aux plus costauds, en première division.
Ces trois jeunes représentent éventuellement le futur de ce sport qui voit son nombre de pratiquants fondre comme neige au soleil. Ils ne sont plus que 600, aujourd’hui, à participer aux tournois. Les jeunes recrues ne tiennent généralement pas plus de six mois, car ce sport exige, plus que d’autres, un véritable sens du sacrifice, et une discipline à toute épreuve. C’est un art exigeant, qui nécessite un investissement personnel important. Il faut aussi un mental en acier trempé pour affronter les hauts et les bas d’une carrière.

Tout au long du film, Erik Shirai essaie de nous expliquer que, contrairement aux idées reçues, il ne faut pas forcément être le plus lourd pour gagner. C’est avant tout une question de force mentale, de volonté, de discipline, et plus généralement, d’un état d’esprit.
Kosei, deux têtes et un quintal de moins que ses adversaires – il ne pèse “que” 68 kilos –  réussit souvent à les surclasser grâce à sa vitesse de déplacement et sa ruse. Cela étant, il faut relativiser. Comme son maître lui explique, il a besoin de s’étoffer pour affronter les grands champions, qui feront le double ou le triple de son poids. A côté de ces jeunes ambitieux, le cinéaste filme Terunofuji, 33 ans. Lui, c’est un cador. Il a atteint le stade de yokozuna, le grade ultime, considéré comme proche des Dieux. Pour cela, il a remporté des centaines de confrontations et gagné dix titres de champion. Il affiche plus de 170 kilos sur la balance. Donc, si, le poids, ça compte un peu…
Mais c’est à double tranchant, car en se forçant à manger pour prendre du volume, il a fini par souffrir de diabète. Sous l’effet de son poids et des efforts fournis pour terrasser ses adversaires, ses genoux ont morflé. Il n’a plus de cartilage et est promis à porter des prothèses à brève échéance. Chaque combat pourrait être le combat de trop. Il le sait, mais continue par respect pour les traditions, par honneur.

Toute cette partie du film est intéressante, le contraste entre les poussins et le vieux coq. Cela permet bien de saisir les difficultés rencontrées dans une carrière de sumotori et les efforts nécessaires pour permettre à cette tradition nippone de se perpétuer. On trouve par ailleurs touchants ces différents personnages. Mais au bout d’un moment, avouons-le, le film s’essouffle un peu. Les enchaînements de combats, le rythme monotone des journées d’entraînement finissent par nous fatiguer. Bref, on s’ennuie, alors que la durée du film est assez courte (1h39). On en vient même à se demander ce que ce documentaire classique, destiné à une diffusion télévisée (sur Disney + et ESPN), vient faire en ouverture de Venice Spotlight, censée être une section dédiée à des films atypiques. Le seul intérêt, éventuellement, est de profiter de ces images sur un grand écran, ce qui ne sera pas forcément le cas lors de sa diffusion sur plateformes.

Si vous voulez en savoir plus sur les sumotori, alors vous pouvez voir le documentaire d’Erik Shirai. Sinon, vous pouvez tout aussi bien passer votre chemin et consacrer votre temps à un film plus ambitieux.

Crédits photos : Images fournies par le service presse de La Biennale Cinema – copyright ESPN Films