[Hors Compétition]
De quoi ça parle ?
D’un policier, Lee (Ethan Juan), qui, au cours d’une opération ciblant des trafiquants de drogue, a une absence au pire des moments. Cela conduit à une tragédie qui le laisse profondément traumatisé et rongé par la culpabilité. Quelques semaines plus tard, Lee est muté dans un petit commissariat. Il se voit confier une épineuse affaire d’enlèvement. Le fils d’un important homme d’affaires japonais a été kidnappé et les ravisseurs ont demandé une rançon. Lee est chargé de leur remettre la somme demandée pour pouvoir récupérer l’enfant sain et sauf, mais aussi pour pouvoir remonter la piste et les arrêter. Le problème, dont son entourage n’a pas connaissance, c’est qu’il est fréquemment sujet à des pertes de mémoire, qui le laissent complètement désemparé. Quand elles surviennent, le policier ne se souvient plus de rien. Ni qui il est, ni ce qu’il était en train de faire cinq minutes avant, ni ce qu’il doit faire. Il se souvient encore moins de sa mission, du contenu de son sac et des personnes à qui il peut faire confiance. Autant dire que la gestion de l’affaire est assez compliquée.
Cependant, il reste à Lee deux choses : son instinct de flic et ses réflexes de survie. Contre toute attente, ces deux qualités lui permettent de remettre son enquête sur les bons rails, même si le parcours est tout sauf linéaire…
Pourquoi on… ? Pourquoi quoi ? Qui suis-je ?
Heureusement que je ne suis pas atteint du même mal que Lee, le policier héros du film de Sabu, sinon, cette critique serait encore plus décousue que d’habitude.
Alors, c’est donc l’histoire de Lee… Qu’est-ce que je fais là? De quoi parlais-je ? De lit ? Pas besoin de lit, car, ah, ça me revient, le film est court, bien rythmé et intelligemment mené. Aucune raison de piquer du nez et franchement, il ne vaut mieux pas tant l’intrigue s’avère imprévisible.
Le principe, c’est que le protagoniste a des absences… Qui suis-je? Boustoune, vous dites? C’est ridicule… De quoi parlais-je? D’absence… Oui visiblement… Qui est absent ? Ethan Juan? Ah, ça me revient maintenant… Non, au contraire il fait preuve d’une belle présence à l’écran, nécessaire pour que son personnage existe. Le malheureux est totalement perdu, entre souvenirs traumatiques et mémoire capricieuse. Il ne sait pas vraiment ce qu’il a à faire, puisque sa mémoire est défaillante, mais voit bien qu’autour de lui, plusieurs collègues attendent de lui qu’il soit leur leader, au vu de son pédigrée et son expérience professionnelle. Ceux-ci devraient bien se rendre compte à un moment que Lee est complètement aux fraises. Mais, même en ayant des absences dans les pires moments, il parvient à faire illusion, avec sa stature, son côté lunaire impénétrable et son mutisme qui lui donne un air pas commode. De prime abord, personne ne remarque ses pertes de concentration et ne remet en question son comportement étrange, d’autant qu’il a encore des réflexes de flic qui le conduisent à faire quelques détours pour stopper d’autres criminels s’il pressent un acte illicite en cours.
Evidemment, quand Lee, arrivant au point de dépôt de la rançon… Quelle rançon ? De la gloire ? La gloire de qui ? Qui suis-je ? Je ne me souviens plus, ce n’est pas glorieux… Ah, si ! La rançon… Quand Lee, arrivant au point de dépôt de la rançon, continue sa route sans jeter le sac plein de billets, les autres policiers se demandent si leur superflic ne se serait pas sauvé avec l’argent, prenant une retraite anticipée. Le père du gamin disparu, se sentant floué, décide de faire équipe avec un invité imprévu, un dealer arrêté par Lee en chemin, pour essayer de retrouver la trace du flic ripou et de l’argent. Les ravisseurs, eux, sont complètement désarçonnés par le comportement erratique du porteur de la rançon. Ils avaient planifié leur coup logiquement, mais rien ne se passe comme ils l’avaient prévu puisque Lee n’obéit à aucune pensée rationnelle.
Le film évolue ainsi, en bon équilibre entre thriller, comédie et drame, porté par ses personnages atypiques. Il flirte même avec la comédie romantique, lorsque le flic rencontre une jeune femme en grande difficulté, Hua (Moon Lee) et l’aide à reprendre foi en l’avenir. La possibilité d’une idylle entre eux se fait jour, à condition, bien sûr, que Lee puisse aller au bout de sa mission et moi de cette critique. Ce mélange de genres, la faculté à entremêler des sujets graves, des intrigues de polar ou de film d’horreur, avec des éléments plus lumineux – romance, filiation de substitution, maternité… – est un peu la marque de fabrique de Sabu.
Ça bout ? Qu’est ce qui bout ? Qui est bouillu/foutu ? Lee ? Non, puisqu’il parvient toujours, d’une façon ou d’une autre, à retrouver le fil de son enquête, même si le cheminement est chaotique. Moi ? Oui, un peu…
Ça bout? Comme dans Hard Boiled, le thriller de John Woo avec Chow Yun-fat (A toute épreuve, en français), où un flic seul affronte une cohorte de truands? Comme dans le genre du polar “hard boiled”, qui a nourri, en Asie, le sous-genre “Heroic Bloodshed”, qui caractérise bon nombre de thrillers hongkongais des années 1990/2000 ? Probablement un peu, car le film joue sur les codes de l’action et du polar néo-noir, avec ses truands caricaturaux, son héros monolithique et ses décors typiques – salle de casino louche, hangar isolé, hôtel glauque… – et il se clôt avec une fusillade épique.
Ah, pardon… Sabu. Oui, le film porte bien sa griffe et évoque un peu – du moins d’après ma mémoire défaillante – son film Monday, où un employé se réveillait avec la gueule de bois, sans aucun souvenir des évènements de son weekend, et essayait de se remémorer les heures précédentes, impliquant un enterrement et des yakuzas psychopathes. C’est peut-être un peu moins dingue ici, mais Arrested Memory recèle son lot de morceaux de bravoure et maintient notre attention constante tout au long du récit.
Le film de Sabu restera-t-il dans nos mémoires de cinéphiles ? A voir une fois que le temps aura fait son oeuvre. Mais c’est déjà un divertissement plaisant et bien mené. Et cela fait du bien de voir des films de ce genre au milieu de mélodrames comme The Echo Chamber, qu’on préférerait oublier…
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