Après son premier succès avec "La Vie de Château" (1966), Jean-Paul Rappeneau voit plus grand et imagine une histoire qui se déroulerait sous la Révolution Française, une époque troublée par excellence qui ferait dans le même temps écho aux événements de Mai 1968. Il trouve la ligne directrice de son histoire en tombant sur une illustration d'époque montrant la queue devant une administration pour se voir accorder le divorce ! Réalisateur-scénariste Rappeneau co-écrit son scénario avec Claude Sautet qui se retrouvent après "La Vie de Château" (1966) et qui est en train de passer définitivement derrière la caméra après son succès "Les Choses de la Vie" (1970) qui débute son cycle avec Romy Schneider, isl écrivent aussi avec Maurice Clavel écrivain de renom ayant déjà écrit pour le cinéma notamment pour "Le Beau Voyage" (1947) de Louis Cuny, "Les Possédées" (1956) de Charles Brabant ou "Une Fille pour l'Eté" (1960) de Edouard Molinaro, puis enfin avec Daniel Boulanger essentiellement pour les dialogues, avec une filiation naturelle puisque ce dernier est un collaborateur fidèle de Philippe de Broca (avec qui Rappeneau collaborera aussi à plusieurs reprises) sur une douzaine de films entre "Les Jeux de l'Amour" (1960) et "Chouans !" (1988). L'ambition du cinéaste se confirme aussi dans ses choix de son équipe technique avec Willy Holt à la Direction artistique, Claude Renoir (petit-fils de Auguste Renoir et neveu de Jean Renoir) à la photographie ou Michel Legrand à la musique. Le titre fait référence aux "soldats de l'an II" qui composaient la mobilisation populaire contre les invasions étrangères lors de la Révolution Française... Nicolas Phjlibert, un français exilé en Amérique, s'est enrichi et s'apprête à épouser une riche héritière mais c'est oublier un peu vite qu'il est déjà mariée à une française. Il retourne donc en Bretagne pour obtenir le divorce qui est devenu possible grâce à la Révolution. Mais les troubles sont nombreux, retrouver son épouse Charlotte n'est pas si aisée et ensuite le divorce n'est pas si simple à obtenir...
L'épouse est jouée par Marlène Jobert vue dans "Masculin Féminin" (1966) de Jean-Luc Godard, "Alexandre le Bienheureux" (1967) de Yves Robert ou "Le Passager de la Pluie" (1970) de René Clément, et retrouve après "Le Voleur" (1967) de Louis Malle son partenaire et "époux" Jean-Paul Belmondo qui retrouve le Cape et d'Epée qu'il avait abordé avec "Cartouche" (1962) de Philippe De Broca et qui retrouvera aussi dans "Docteur Popaul" (1972) de Claude Chabrol son autre jolie partenaire Laura Antonelli vue dans "Le Cocu Magnifique" (1964) de Antonio Pietrangeli ou "Sans Mobile Apparent" (1971) de Philippe Labro avant de devenir la compagne de Belmondo juste après et de devenir une icône du cinéma italien durant les années 70. Le reste du casting est composé de grandes gueules du cinéma français, de grandes seconds couteaux du cinéma international qui, pour la plupart, ont de nombreux films en commun avec Belmondo. Citons Michel Auclair qui a été jeune premier avec "La Belle et la Bête" (1946) de Jean Cocteau, "Les Maudits" (1947) de René Clément et "Manon" (1949) de Henri-Georges Clouzot, Julien Guiomar et Mario David qui vont tourner beaucoup avec la star Bébel qu'ils retrouvent jsutement juste après "Borsalino" (1970) de Jacques Deray, Charles Denner connu pour "Landru" (1962) de Claude Chabrol ou "La Mariée était en Noir" (1968) de François Truffaut, Georges Beller et Patrick Préjean qui sont déjà ensemble la même année dans "Les Pétroleuses" (1971) de Christian-Jaque, Paul Crauchet alors en pleine période Jean-Pierre Melville avec les chefs d'oeuves "L'Armée des Ombres" (1969), "Le Cercle Rouge" (1970) et "Un Flic" (1972), Marc Dudicourt qui était déjà dans "La Vie de Château" (1966) à l'instar de Pierre Brasseur qui apparaît là dans son avant-dernier film juste avant "La Plus Belle Soirée de ma Vie" (1972) de Ettore Scola, Sami Frei vu dans "La Vérité" (1960) de Henri-Georges Clouzot ou "Bande à Part" (1964) de Jean-Luc Godard, Sim qui avait débuté dans "Cartouche" (1962), Henri Guybet qui va vraiment percer peu de temps après avec "Les Aventures de Rabbi Jacob" (1973) de Gérard Oury, Jacques Legras membre des Branquignols et donc notamment vu dans "La Belle Américaine" (1961) ou "Le Petit Baigneur" (1967) tous deux de Robert Dhéry, Patrick Dewaere alors débutant avant sa reconnaissance avec "les Valseuses" (1974) de Bertrand Blier, Martin Lartigue célèbre et cultissime P'tti Gibus dans "La Guerre des Boutons" (1962) de Yves Robert, puis les américains Billy Kearns remarqué en France déjà dans "Plein Soleil" (1959) de René Clément ou "Le Mur de l'Atlantique" (1970) de Marcel Camus, puis Vernon Dobtcheff vu la même année dans "Les Cavaliers" (1971) de John Frankenheimer, "Un Violon sur le Toit" (1971) de Norman Jewison et "Nicolas et Alexandra" (1971) de Franklin J. Schaffner, puis enfin n'oublions pas le narrateur à la voix si reconnaissable, Jean-Pierre Marielle qui n'est pas crédité pour ce petit service... Plutôt logiquement on sent la filiation dans le rythme et le style avec le cinéma de Philippe De Broca, Belmondo entre autre n'a certainement pas dû être dépaysé avec cette histoire d'aventure au rythme effréné idéalement plongée dans un contexte historique sous effervescence. Le film mélange les (sous-)genres avec intelligence et efficacité, mêlant le Cape et d'Epée, l'aventure, le film histrico-romanesque, mais aussi le vaudeville et la comédie satirique avec une once de burlesque et beaucoup de fantaisie tout en étant plutôt cohérent sur la reconstitution d'époque.
Il y a bien quelques erreurs ou maladresses mais rien de bien grave, et on sourit même à la plus évidente lors de la scène du divorce avec une conversion erronée entre une date officielle et la nouvelle du calendrier républicain - pour les amateurs le 14 février 1786 n'est donc pas le 8 ventôse 1786 qui n'est d'ailleurs pas possible puisque le calendrier républicain a débuté le 22 septembre 1792, oups pardon le 1er vendémiaire an I... Un détail, car ce qui intéresse c'est tout le cheminement qui va mener Nicolas Philibert/Belmondo à son épouse Charlotte/Jobert, au divorce tant espéré et finalement le retour à leur amour initial évidemment tant attendu. Le réalisateur-scénariste et ses collaborateurs n'oublient personne dans cette époque particulièrement troublée entre les royalistes, jacobins, émigrés, le peuple qui veut son blé, les rivalités de pouvoir même au niveau local, les horreurs prémices à la Terreur, qui forment toute une société dans laquelle le couple va devoir se faire une place et trouver comment s'aimer malgré l'avenir qui se dessine... Jusqu'à une conclusion aussi savoureuse que prémonitoire (ou pas !). Un très bon film populaire dans le sens noble du terme à voir revoir et à conseiller.
Note :