[Venise 2026] “Un bon avocat” de Tristan Séguéla

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De quoi ça parle ?

D’un avocat en pleine tourmente.
Un bon avocat ? Cela dépend du sens que l’on veut lui donner. Léonard Landry (Laurent Lafitte) est efficace : beau parleur, malin, fin connaisseur des textes de loi et capable de déceler les vices de procédure qui permettront de tirer d’affaire ses clients. Mais, à force de fréquenter des voyous, il a adopté leurs méthodes douteuses et développé des addictions gênantes. La cocaïne et les vodka-poivre lui permettent de tenir la cadence et boostent ses performances. Mais un matin, alors qu’il gère deux audiences simultanées, il force un peu trop sur la dose et s’effondre au tribunal. Forcément, cela fait mauvais genre et Léonard est poursuivi pour possession et usage de stupéfiants. Il risque, en plus d’une peine de prison, la radiation du tableau de l’ordre des avocats, ce qu’il n’arrive pas à accepter.

Après une cure de désintoxication, il réussit à dégoter un stagiaire, Noé (Anthony Bajon), pour lui servir d’assistant et de chauffeur. Il cherche à convaincre la juge de l’épargner, en vain, puis tente de convaincre la brillante Iris Saint-Didier (Mélanie Laurent), bâtonnière du barreau, de le représenter lors de son procès. Celle-ci refuse, car Léonard est devenu un pestiféré à la cour mais aussi parce qu’elle est en charge du procès prochain d’Anne Lamarck, dirigeante d’un important groupe pétrolier, Varenne. Une ONG l’accuse d’avoir été complice d’un massacre perpétré par une milice armée, dans un village de République démocratique du Congo. Par opportunisme, Léonard décide de se mêler du dossier. Le procès des miliciens va se tenir en Afrique et il représente un témoin-clé de l’attentat, le frère de l’un de ses clients. Ses déclarations pourraient influer sur le procès d’Anne Lamarck, et il compte bien utiliser ce moyen de pression pour faire plier Iris – et gagner quelques billets au passage, au mépris de toute morale. Mais le jeu est dangereux, car il implique une entreprise stratégique, des personnes influentes et plusieurs groupes de narcotrafiquants rivaux.

Pourquoi on trouve l’avocat sans saveur ?

Dans la sélection de la Mostra de Venise, on trouve parfois des oeuvres qui proposent autre chose que du cinéma d’art et d’essai, des films de genre, des comédies, des longs-métrages plus rythmés, plus destinés au grand public qu’aux cinéphiles purs et durs.  En choisissant Un bon avocat, produit pour Netflix, plutôt catalogué comme un thriller et reformant le duo de la série Tapie, Tristan Séguéla à la mise en scène et Laurent Lafitte dans le rôle-titre, les sélectionneurs pensaient avoir fait le bon choix pour dynamiser les derniers jours de projection.
Hélas, le film s’avère aussi agaçant que son personnage principal. Il brasse beaucoup d’air en multipliant les sujets et les thématiques sans en développer aucune, s’appuie sur une mise en scène prolixe qui se voudrait flamboyante et pêchue, mais frôle l’overdose de mouvements de caméra ringards, de montage speed et d’effets de manche à la manque.

On ne sait pas vraiment ce qu’a cherché à faire Tristan Séguéla. Est-ce le portrait d’un avocat véreux qui lorgnerait du côté, par exemple, de L’Idéaliste ? Le portrait d’un homme dépendant qui doit affronter ses démons et cherche la repentance, dans l’esprit de Bad Lieutenant version bavard baveux ? Un brûlot politique qui cherche à pointer du doigt la collusion entre les gros industriels et les terroristes, version made in France de The Constant Gardener ? L’initiation d’un jeune homme aux rouages des procès d’assises, au contact d’un maître-étalon du barreau, vague cousin de Mon cousin Vinnie ? Sans doute un peu tout cela à la fois, mais sans jamais choisir vraiment sa voie, et en ménageant de nombreux revirements qui finissent par nous perdre en route.
Il y a trop de choses amorcées qui ne vont pas jusqu’au bout. Le scénario, déjà assez improbable, vire donc au grand n’importe quoi à mesure que l’intrigue avance. Si encore c’était parfaitement assumé et que le cinéaste transformait cela en un grand moment de bravoure, un grand numéro manipulateur à la Miss Sloane, on apprécierait de s’être laissé berner et on supporterait les défauts du scénario et de la réalisation, mais là encore, tout finit en pétard mouillé.
Non, cet avocat n’est pas très bon. Pas mûr par endroits, oxydé à d’autres, et sans aucune saveur.

Laurent Lafitte, en roue libre, cabotine. Anthony Bajon est relégué à un second rôle qui ne lui permet pas de développer sa palette de jeu. Les narcotrafiquants sont des caricatures de méchants. Restent Carole Bouquet, impeccable en capitaine d’industrie glaciale et peu scrupuleuse, et Mélanie Laurent, crédible en avocate impitoyable. Cela ne suffit pas, malheureusement, à sauver le film.

Aucune clémence pour Un bon avocat, conçu comme un téléfilm, mais vendu, ici, comme une oeuvre digne d’un festival comme la Mostra de Venise. Non, désolé, ce n’est pas au niveau, même hors compétition. Il ne suffit pas de citer Louis Malle pour se montrer à sa hauteur, ni de lorgner sur tout un pan du cinéma hollywoodien pour l’imiter à la perfection.

Crédits photos : Netflix – Images fournies par le service presse de La Biennale Cinema – tous droits réservés