De quoi ça parle ?
D’un illustrateur connu, Daniele (Toni Servillo), qui revient à Naples, dans la demeure de son enfance. Désormais, l’appartement appartient à sa fille, Betta (Serena Rossi), et son gendre Saverio (Leonardo Lidi). Ceux-ci devant s’absenter quelques jours pour un congrès, ils ont demandé au vieil homme de venir garder son petit-fils, Mario (Lorenzo Perrotta), âgé de cinq ans. Daniele a accepté en rechignant, car il doit terminer les illustrations d’une nouvelle édition du “Coin plaisant” de Henry James (1), qui lui donne du fil à retordre. Mais sa fille lui a promis que Mario était un petit ange, très sage et très obéissant. Il devrait donc pouvoir dessiner tranquillement tout en gardant un oeil distrait sur le gamin. Scherzetto (2) ! Si au début, le petit Mario reste assez patient et respectueux, il ne tarde pas à se montrer bien plus turbulent que prévu. Il s’avère être hyperactif, farceur et frondeur, n’hésitant pas à tenir tête à son grand-père quand celui-ci se montre trop sévère, voire même carrément rebelle dans la dernière partie, qui vire à un rapport de force surprenant.
Pourquoi on apprécie moyennement la blague ?
Mario Martone avoue avoir beaucoup aimé le roman Scherzetto de Domenico Starnone (3), qui semble avoir eu un certain succès en Italie. On comprend qu’il ait pu se laisser séduire par cette histoire qui oppose l’insouciance de la jeunesse aux souvenirs d’un vieil homme, et parle, à travers la relation tumultueuse des deux personnages, de la force des liens familiaux. L’auteur du roman avait également signé “Lacci”, dont l’adaptation par Daniele Luchetti avait fait l’ouverture de la Mostra il y a six ans, et qui abordait déjà ce thème.
Martone a sans doute également aimé la possibilité de jouer avec différents registres, un peu de comédie, un peu de drame, tendrement entrelacés, mais aussi une pointe de thriller, à la fin du récit, avec une blague du gamin qui tourne mal, voire même une pointe de fantastique, puisque la mésaventure oblige le vieil homme à se confronter à ses peurs enfantines et aux fantômes de son passé. Le cinéaste italien semble bien s’amuser, loin de ses habituelles mises en scène, très littéraires et académiques, comme Toni Servillo et son jeune partenaire, qui tiennent l’essentiel du film à eux deux.
De notre côté, c’est un peu moins la joie. Certes, ce n’est pas le plus mauvais des mélodrames italiens produits cette année, et, dans la filmographie inégale de Mario Martone, Scherzetto s’avère moins pénible, par exemple, que Leopardi, il giovane favoloso, Capri-Revolution ou Qui rido io, trois films d’un académisme poussiéreux présentés à la Mostra au cours des dernières années. Mais il est aussi assez anecdotique par rapport à Nostalgia et Fuori, ses deux derniers longs métrages. Il faut reconnaître que nous n’avons jamais été conquis par la mise en scène de Mario Martone, assez plate et conventionnelle, sans style affirmé. Ce n’est pas cette nouvelle réalisation qui va nous inciter à revoir notre jugement. Passées les premières joutes verbales entre le vieil homme et l’enfant, on s’agace assez vite des pitreries du gamin – qu’on enverrait vite au lit pour qu’il arrête son cinéma – et des jérémiades du vieil homme – qu’on enverrait vite à la retraite (le personnage, pas Toni Servillo, qui est toujours très bien…). Il ne se passe rien de vraiment passionnant, juste des jeux et des chamailleries, et même la dernière partie ne parvient pas à nous sortir de ce rythme lénifiant dans lequel le film évolue.
On concède toutefois au cinéaste italien d’avoir réussi à concevoir des mouvements de caméra très fluides dans un appartement aussi exigu, un huis clos qui contraste avec le plan-séquence inaugural balayant les façades des immeubles de ce quartier de Naples. On ne peut que saluer l’effort, même si le résultat ne nous enthousiasme pas.
Certains lecteurs nous reprocheront peut-être de ne pas défendre ce film italien qui, pour une fois, ne tombe pas dans les travers habituels du drame larmoyant que nos amis transalpins aiment à réaliser. De façon paradoxale, on aurait aimé que Scherzetto assume davantage son virage final vers le fantastique et la filiation avec la nouvelle de Henry James. Cela aurait donné une autre profondeur au récit, qui est, comme elle, une histoire de retour au bercail et de fantômes. Là, cela ressemble davantage à un “truc” destiné à réveiller le spectateur, ou une ultime petite blague. “Scherzetto! Je vous ai bien eu… “. Merci Mario, mais une blague d’1h43, c’est long… Les plaisanteries les plus courtes sont souvent les meilleures.
(1) : “Histoires de fantômes – Sir Edmund Orme – Le Coin plaisant” de Henry James – éd. Flammarion
(2) : Expression italienne qui pourrait se traduire par “Je t’ai eu !”
(3) : “La Farce” de Domenico Starnone
Crédits photos : Images fournies par le service presse de La Biennale Cinema – copyright Mario Spada