Séries | TIP TOE – 16,5/20 | THE SHARDS – 12/20

Séries 16,5/20 SHARDS 12/20

TIP TOE (HBO) – 16,5/20 : Et maintenant, on en est où ? C’est un peu la question que semble poser Russell T Davies avec Tip Toe. Après avoir brillamment raconté la sortie du placard et l’émancipation des homos avec Queer as Folk, la résilience de la communauté face à l’épidémie dans le tragique et indispensable It’s a Sin, il tire le signal d’alarme et signe une grande série inquiète, qui rappelle que rien n’est acquis, loin de là.
À travers ce qui semble n’être qu’une querelle de voisinage, l’auteur va réveiller les traumas et les peurs oubliées tandis que les discours de haine refont surface de manière décomplexée. Alors que la communauté LGBT peut se penser désormais socialement assimilée (avec l’arrogance que cela peut parfois entraîner – Tip Toe adresse aussi la dépolitisation et l’essoufflement du combat militant), ses membres voient de nouveau dans les regards qu’ils croisent les biais, les préjugés et la stigmatisation. « Now I tip toe, just in case », énonce l’un des habitués du bar de Léo. Maintenant, on marche sur des œufs, on se fait discret, pour ne pas risquer une taloche, ou pire.
Tip Toe est une série à montrer à tous ceux qui lancent des « Rrho, c’est bon, les LGBT ont le mariage, l’adoption, ils ont l’égalité maintenant ». Oui, des droits ont été arrachés de haute lutte, mais ce n’est pas une fin en soi : ils restent constamment menacés. Et Davies de rappeler que le simple fait d’appartenir à cette communauté est par essence politique.
Dans sa forme, Tip Toe est moins glamour, moins pop bien sûr, moins festive que ses autres séries, notamment en raison de son sujet et de l’âge des personnages principaux, mais elle n’en est pas moins passionnante, dotée d’une intrigue prenante construite à rebours, qui lui donne des airs de thriller quasi horrifique, et bénéficie également d’un casting remarquable, Alan Cumming et David Morrissey en tête.
Elle assène un gros coup de poing dans la tronche, qui bouleverse, inquiète et met en colère. Très en colère.
On n’en sort pas indemne.
THE SHARDS (Disney+) – 12/20 : Libre adaptation du dernier roman simili-autobiograhique de Bret Easton Ellis, The Shards assume le style de l’auteur, qui raconte l’histoire du point de vue de son double, en misant sur une voix-off un peu envahissante..
La série n’est pas très subtile, et d’autres ont mieux capté qu’elle la vacuité de le jeunesse huppée de LA, mais elle a du style et une intrigue suffisament accrocheuse pour attirer l’attention. On remarque très vite la patte camp et foutraque de Ryan Murphy, qui filme avec ironie et glamour ces adolescents surprivilégiés, oisifs et arrogants se faire trucider par un sérial killer au son d’une musique électro-punk et des syntés pop. La série surfe sur la vibe 80’s avec gourmandise, captant un truc rétro plutôt sympa à suivre. Dommage que les personnages ne soient pas suffisament développés. On aperçoit des bribes de ce qu’aurait pu être The Shards, on se contentera de ce qu’elle est. Un bon divertissement qui se termine par ailleurs de manière ultra frustrante.