[Venise 2026] “Naza” de Yuval Abraham & Rachel Szor

Par Boustoune

[Compétition Officielle]

De quoi ça parle ?

Du génocide de la population de la Bande de Gaza par l’armée israélienne, sur les ordres du premier ministre Benyamin Netanyahou.

Pourquoi on signe un cessez-le-feu ?

Naza est un documentaire construit essentiellement autour d’entretiens entre les cinéastes et des Israéliens liés à l’armée ou aux services secrets.
Témoignant anonymement, la nuit, sur les toits de Tel-Aviv, ils mettent en avant tout un système de surveillance et de destruction qui a pour but d’empêcher de nuire les terroristes du Hamas, mais aussi de pousser les Palestiniens à abandonner la bande de Gaza et les territoires de Cisjordanie. Il est clair, à travers les différents témoignages, que Netanyahou ne veut pas entendre parler d’un plan de paix et encore moins d’une solution à deux Etats. Il est évident, de surcroît, qu’il fait tout pour justifier les interventions armées et se débarrasser de l’ensemble des Palestiniens. Les évènements du 7 octobre 2023, qui ont traumatisé Israël, se sont transformés en une aubaine pour les projets militaires du premier ministre israélien, et lui ont permis de détruire une importante partie de l’enclave palestinienne.

Ce conflit qui dure depuis près de trois ans a causé, selon les chiffres officiels, plus de 73 000 morts et 174 000 blessés, sans oublier plus de 2 millions de déplacés vivant dans des conditions difficiles. Parmi les victimes, on compte de très nombreux femmes et enfants. Le film de Yuval Abraham et Rachel Szor montre que l’armée israélienne se moque totalement de ces victimes collatérales, qui font partie des pertes moralement acceptables ((“naza”, le titre du film, désigne les victimes civiles attendues lors d’une frappe). Les renseignements israéliens possèdent pourtant un système de surveillance évolué, mis en place depuis des années pour suivre les déplacements des membres actifs du Hamas. Avant chaque frappe sur un bâtiment, les experts envoient un rapport estimant le nombre de victimes collatérales. Ce ne sont que des chiffres, de froides statistiques : 5 civils par-ci, 3 enfants par-là… Les rapports sont désincarnés et les décisions de frapper s’embarrassent peu de considérations humanistes.
24 personnes issues de l’élite de la défense israélienne ont accepté de témoigner, le visage caché par la pénombre et la voix modifiée, du système mis en place pour pousser la population gazaouie à évacuer la zone. Les méthodes, axées sur l’intimidation, la violence et la destruction, s’apparentent à du terrorisme, en tout cas tel que défini par un certain Benyamin Netanyahou, dans un document d’archive. Le premier ministre israélien en prend pour son grade, même si ce n’est pas lui qui a initié cette phase du conflit. Il est en revanche le principal responsable de l’échec de la voie diplomatique, en favorisant systématiquement les interventions militaires, les plans d’invasion et de “nettoyage” de territoires qui, selon lui, reviennent de droit à Israël.

Ce conflit dure depuis des décennies, attisé par une haine viscérale entre les deux camps, qui se transmet de génération en génération et qui transparaît dans plusieurs témoignages. Ce qui est glaçant, c’est que les soldats israéliens ne réalisent absolument pas que ce sont eux qui entretiennent le plus ce cycle de haine vengeresse en tuant des civils innocents. Leur conception de la loi du Talion est singulière. Ce n’est pas “oeil pour oeil”. Pour une vie israélienne, ils n’hésitent pas à supprimer des dizaines de Palestiniens. Ils semblent même considérer qu’une vie israélienne vaut plus qu’une vie palestinienne. L’utilisation du terme “naza” pour désigner les victimes civiles participe à cette déshumanisation, ce mépris de l’ennemi. Ils ne veulent pas comprendre que toutes ces victimes supplémentaires ne peuvent que créer de la douleur, de la haine et des envies de vengeance qui vont prolonger, encore et toujours, ce conflit absurde.

L’idée des cinéastes est d’opposer ces propos froids, mécaniques, dépourvus de compassion, ces témoignages filmés dans la pénombre, à une vidéo finale montrant un Palestinien cherchant son fils sous les décombres d’un immeuble démoli par un missile israélien. Sa souffrance est déchirante, et n’est qu’un très petit aperçu de ce que les Gazaouis ont vécu au cours de ces trois dernières années. La démonstration est édifiante et correspond bien à ce qu’est ce conflit : une opposition déséquilibrée qui voit un peuple en écraser un autre, patiemment, au prix d’innombrables souffrances.
Le sujet est inattaquable, à moins d’être un farouche partisan de Netanyahou ou de vouer une haine profonde au peuple palestinien. Naza a le mérite d’exister et de proposer un discours bien différent du narratif des autorités israéliennes sur ce conflit et l’idée du combat contre le terrorisme palestinien.

Une fois que l’on a affirmé cela, on peut aussi avouer que le principe du film s’avère un brin répétitif et ennuyeux, surtout si l’on connaît un peu les enjeux du conflit et que l’on est déjà convaincu des dérives de la politique guerrière israélienne.
On s’attendait à des révélations nouvelles, des preuves supplémentaires de l’implication de Netanyahou dans un plan massif destiné à annihiler le peuple palestinien. Là, les cinéastes se contentent de reprendre les éléments publiés par The Guardian juste après les attentats du 7 octobre 2023. C’est déjà cela, mais on peut se demander quel est l’intérêt d’enfoncer des portes déjà ouvertes. A qui s’adresse le film, exactement ? Ceux qui pointent du doigt la responsabilité d’Israël dans l’entretien de la logique guerrière et qui trouvent que ses dirigeants devraient être poursuivis pour crimes de guerre se verront confortés dans leurs idées. A contrario, les partisans de Netanyahou, convaincus qu’il adopte la stratégie adéquate pour assurer la sécurité d’Israël, ne vont pas brusquement changer d’avis. Bien sûr, il y a aussi tous ceux qui n’avaient pas d’avis tranché ou qui ne connaissaient pas assez le contexte. Hélas, ceux-ci risquent fort de décrocher bien avant la fin, lassés par un dispositif compréhensible, mais assez austère et froid.

Naza sera peut-être au palmarès de la Mostra 2026. Peut-être même gagnera-t-il le Lion d’Or. En ce cas, ce sera pour des raisons plus politiques qu’artistiques. C’est un film intéressant, digne d’être diffusé en festivals, mais on doute sérieusement de son potentiel à toucher un large public et, donc, à diffuser son propos.


Crédits photos : copyright The Guardian – Image fournie par le service de presse de La Biennale Cinema