De quoi ça parle ?
D’un réveillon de Noël mouvementé.
Antonio (Lino Musella), éditeur reconnu, accueille toute sa famille pour le dîner de fête dans son appartement de Milan. Sont présents son épouse Benedetta (Elena Radonicich), son fils (Samuele Mazza) et sa fille (Nicole Malaj), ainsi que sa soeur Paola (Ivana Lotito) et son mari. Il y a aussi un écrivain célèbre qu’Antonio aimerait faire signer dans sa maison d’édition. Il y a enfin sa mère, Angela (Vanessa Scalera), qui a fait le déplacement depuis Naples, leur ville natale. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la matriarche est un sacré personnage. Elle est acariâtre, misanthrope et très fortement conservatrice. Elle est de surcroît volubile, hyperactive et extrêmement envahissante. Son arrivée fait l’effet d’un chien dans un jeu de quilles. Elle critique ses petits enfants et leur style de vie qu’elle réprouve : le garçon est gender fluid et pratique la danse classique tandis que l’adolescente est résolument végane… Elle affiche son mépris vis-à-vis de sa belle-fille, qui, selon elle, ne sait pas tenir une maison, puis cherche querelle à sa fille, qui a eu le malheur d’épouser un bouddhiste. Elle fait aussi d’amers reproches à son fils, qu’elle se complaît à humilier. Pendant qu’elle essaie de se disputer avec tout le monde, elle envahit l’espace, et notamment la cuisine, en préparant un festin à la napolitaine, faisant frire à peu près tout et n’importe quoi. Le seul mets qui lui échappe est un chapon récalcitrant, bien décidé à ne pas finir à la casserole.
Pourquoi on s’enflamme un peu ?
Depuis le début de cette Mostra, le cinéma italien ne nous a pas spécialement enthousiasmés. Si Nanni Moretti a tenu son rang avec une romance charmante, les autres films nous ont semblés assez balourds, un peu trop fortement dosés en mélodrame.
On n’attendait donc pas grand-chose de Il Fuoco che ti porti dentro, réalisé par Edoardo De Angelis, auteur, il y a trois ans, du très moyen Comandante. Finalement, le film s’avère une comédie à l’italienne assez vive, dont le concept évoque La Bûche et Festen, et s’appuie sur un personnage aussi irrésistible qu’agaçant, une vieille dame horripilante qui ferait passer la Tatie Danielle de Chatiliez pour une grand-mère inoffensive.
Ce personnage avait déjà séduit les lecteurs italiens, puisque le film est adapté d’un roman à succès (1). A l’écran, il fait aussi des étincelles grâce à Vanessa Scalera, qui lui apporte toute son énergie et son bagout. L’actrice, aperçue notamment chez Bellocchio et Moretti, mais plutôt dans des seconds rôles, trouve ici le rôle de sa vie et pourrait bien emporter le prix d’interprétation féminine en clôture de la 83e Mostra.
La mise en scène d’Edoardo De Angelis s’avère également une belle surprise. Malgré un espace de tournage exigu, le cinéaste parvient à opérer d’élégants mouvements de caméra pour passer d’un personnage à l’autre de façon fluide et contribuer à l’impression de tornade comique qui frappe l’appartement du malheureux Antonio. La comédie, bien sûr, est en demi-teinte, car si l’outrance du personnage est assez souvent irrésistible, le fond, lui, est cruel. On sent que ce repas de famille va, à un moment ou un autre, tourner au règlement de comptes sauvage et évoluer vers un registre dramatique.
Mais ce virage attendu vient transformer cette comédie légère en quelque chose d’un peu plus profond, autour des liens familiaux, parfois complexes, qui nous apprennent à affronter la société et nous aident à nous construire en tant qu’individus.
Si Il fuoco che ti porti dentro n’est pas un chef d’oeuvre, c’est un bon film italien, plaisant, animé et bien rythmé. C’est déjà, en soi, une réussite.
(1) : “Le Feu que tu portes en toi” d’Antonio Franchini – 2025 – éd. Calmann Lévy