[Venise 2026] “Company” de Casey Affleck

Par Boustoune

[Compétition Officielle]

De quoi ça parle ?

D’un récit imbriqué dans un récit lui-même imbriqué dans un autre récit. Les trois histoires sont censées, d’après le synopsis officiel du film, composer “une méditation sur le deuil, la grâce et la force tranquille des liens humains”.
Le film débute en 1975, la veille de Noël, dans une petite ville de l’Ouest américain. Une jeune femme égarée, Evelyne (Emily Alyn Lind), sonne à la porte d’une maison pour demander son chemin. Elle est invitée à passer un moment avec les autres convives pour se réchauffer un peu avant de reprendre son chemin. En discutant avec ses hôtes, elle raconte une histoire qui repose sur une situation similaire à la sienne.
Ce récit se passe en 1953, dans le Colorado, également en hiver. Tom (Nick Nolte), un vieil ermite, porte secours à Alice (Caylee Cowan), une femme en détresse qui s’est perdue dans le blizzard et lui offre l’asile pour la nuit. Se réchauffant au coin du feu, elle raconte, donc, la troisième histoire, toujours sur le même principe.
Cette fois, l’intrigue se déroule au début du XXe siècle, toujours dans l’Ouest américain. Emmett et Rebecca (Scoot McNairy et Adelaide Clemens), un couple de fermiers, découvrent sur leur propriété un jeune vagabond inconscient et mal en point,  Caleb (Atticus Affleck, le fils du cinéaste). Par pure charité, ils le recueillent, le soignent et lui offrent un travail. Mais ils se rendent compte que le jeune homme est étrange, bien plus mature que ce que son âge laisse paraître, et qu’il a une vision de la vie assez cynique et désabusée. Comme une série de crimes atroces secoue la région, les deux fermiers finissent par se demander si leur invité n’y serait pas mêlé. Néanmoins, ils décident de continuer à l’héberger, et une relation ambigüe se noue entre Caleb et Rebecca.

Pourquoi on n’apprécie pas spécialement cette compagnie ?

Déjà, il y a la frustration d’une promesse non tenue. Avec un tel dispositif, on s’attendait à une imposante fresque historique sur l’Amérique et la conquête de l’Ouest, où les différentes intrigues se complètent, se rejoignent ou s’opposent, un récit permettant de parler effectivement des liens entre les gens et des zones d’ombre de la nature humaine. Mais il n’en est rien. Les deux premières strates du récit ne sont pas du tout exploitées. Casey Affleck se concentre uniquement sur la troisième histoire, celle qui se déroule en 1903. Les deux autres ne servent finalement qu’à faire varier la narration de temps à autre, pour éviter que tout soit déroulé sur le même ton monocorde et éviter au spectateur de sombrer dans l’ennui. Bien tenté, mais cela ne fonctionne pas, car, disons-le franchement, Company est un film pénible. Le rythme est lent, le scénario est beaucoup trop bavard – entre les trois narrations et les discussions à demi-mot, cela fait beaucoup – et, surtout, il ne se passe rien de bien passionnant dans l’intrigue, malgré les possibilités offertes par le concept de récit gigogne.

Il y a bien cette menace qui plane sur la région, ces crimes atroces commis par un tueur en série qui arrache le coeur de ses victimes. Le seul véritable intérêt de Company, c’est son rebondissement final. A condition, bien sûr, de ne pas l’avoir deviné depuis le début, car les indices ne manquent pas et les habitués de cinéma fantastique auront vite fait de comprendre où ils mènent. A condition, également, de ne pas avoir sombré dans le sommeil au moment de la révélation, tant le rythme s’avère lénifiant.
Pour le reste, l’intrigue de film de genre ne génère pas suffisamment de tension pour arracher le récit au rythme lénifiant dans lequel il s’enferre. Pire, le croisement entre fantastique et drame intimiste d’art et d’essai s’avère assez catastrophique, un “en même temps” cinématographique qui, in fine, déçoit les amateurs de l’un et de l’autre.

Si encore on pouvait s’appuyer sur les qualités artistiques du film, on pourrait être plus cléments avec le film de Casey Affleck. Hélas, sa mise en scène s’avère assez plate. Elle manque trop de caractère, de singularité, de choix forts de mise en scène pour nous emporter. Même déception avec les acteurs qui, comme expliqué, n’ont que très peu de place pour exister au sein de ce dispositif complètement vain. Les seuls qui parviennent à peu près à exister sont les trois acteurs du dernier arc narratif. Scoot McNairy a peu de texte à défendre, mais il a suffisamment de présence pour donner corps à ce fermier méfiant. Adelaide Clemens se révèle parfaite dans le rôle de Rebecca, qui porte sur Caleb un regard intriguée, entre fascination et crainte. Enfin, Atticus Affleck fait une apparition remarquée en Caleb. Il possède un certain charisme et en joue face à la caméra, même s’il lorgne un peu trop du côté des postures de Timothée Chalamet dans Bones and All.

On quitte sans regrets cette mauvaise Company, qui ne marquera pas nos esprits et ne devrait pas se retrouver au palmarès de la Mostra de Venise 2026.

Crédits photos : Images fournies par le service presse de La Biennale Cinema – copyright Company