[Compétition Officielle]
De quoi ça parle ?
De la relation sentimentale complexe entre un musicien, Leo (Luca Marinelli), et un médecin, Anne (Alicia Vikander).
Leo est producteur de musique et travaille sur un nouveau projet avec Ava May (Susan Sarandon), une chanteuse jadis populaire mais oubliée. Souffrant de douleurs chroniques au dos, il contacte Anne pour bénéficier d’antidouleurs plus puissants. Le courant passe bien et ils tombent amoureux. Pour autant, les douleurs de Leo ne se dissipent pas. Sa consommation de médicaments augmente peu à peu, au delà du raisonnable…
Pourquoi on en a plein le dos ?
Côté mélodie, The Echo Chamber est réussi. Leo réussira à créer les chansons de l’album d’Ava, notamment un très joli morceau où les voix de la chanteuse et d’Anne se trouvent délicatement entrelacées. Anne découvre, la larme à l’oeil, la chanson qui la conforte dans l’idée que Leo, assez insaisissable, tient à elle. C’est la seule séquence, sur deux heures de film, qui procure un semblant d’émotion…
Côté mélodrame, en revanche, c’est assez catastrophique.
Dès la première séquence, où l’on voit Leo danser devant la caméra avec la grâce d’un phacochère avant de s’écrouler, victime d’une overdose d’opiacés, on comprend que l’on va souffrir, que le film va aller franco dans le pathos et les poncifs mélodramatiques. Pourtant, à cet instant, on est loin d’imaginer ce que le scénario nous réserve dans la dernière partie, monument de grotesque narratif, tellement ridicule que la salle a applaudi l’audace (en ricanant). C’est manquer de respect au spectateur que de proposer un tel écheveau de péripéties, surtout dans un festival du niveau de Venise, et après une heure et demie de vide abyssal durant laquelle le spectateur a le choix entre périr d’ennui ou mourir de rire.
Le script alterne des séquences de flashbacks racontant la rencontre entre Anne et Leo avec des scènes se déroulant après l’overdose, quand le musicien, sevré de sa dépendance aux médicaments, se remet lentement au travail. La seule bonne idée du récit, c’est de faire en sorte qu’Anne et lui ne se voient plus. Ils vivent leur amour à distance, pour éviter que Leo ne craque et ne retombe dans sa dépendance aux médicaments. Il pense à elle et le transcrit dans sa musique. Elle s’infiltre dans l’appartement quand il n’est pas là, pour continuer à alimenter l’idée de leurs futures retrouvailles. On se demande bien pourquoi : l’homme est complètement égocentrique, apathique, obsédé par ses petits bobos de petit bobo. Dans le rôle, Luca Marinelli fait le minimum syndical. Il est aussi expressif qu’une endive, se contentant généralement de cligner des yeux pour manifester la joie, la douleur, l’amour fou ou l’envie d’aller danser la macarena.
Face à lui, Alicia Vikander se montre bien plus à son avantage, mais elle n’est pas particulièrement valorisée par la caméra d’Andrea Pallaoro. Par exemple dans la séquence finale, grand moment d’érotisme potager, qui place la malheureuse dans une situation des plus embarrassantes. On a été à… euh… deux doigts de quitter la salle avant la fin, ce qui est assez rare pour être souligné.
Seule Susan Sarandon parvient à apporter une touche d’élégance à cette histoire pathétique. Mais comme son personnage est très mal introduit et n’a que deux scènes pour exister, difficile de faire des miracles…
The Echo Chamber nous met d’autant plus en colère que les précédents films du réalisateur, Medeas, Hannah et Monica, nous avaient plutôt séduits. C’étaient également des mélodrames, mais réalisés de façon beaucoup plus subtile, en évitant de tomber dans les effets dramatiques trop faciles dont le cinéma transalpin abuse parfois, et en s’appuyant sur des performances d’actrices sensibles. Ici, tout est appuyé, surligné, surjoué, comme s’il fallait combler le vide du scénario. Si le but était d’éviter au spectateur de s’ennuyer, c’est totalement raté. Certains ont été rapidement gagnés par le sommeil. Les bienheureux ! Ils n’ont pas eu à subir tout ce bazar psychologico-sentimental et ces astuces scénaristiques qui feraient bondir même le moins exigeant des téléspectateurs de soap opéra. Plus belle la vie ? Non : poubelle le vide…
A ce niveau de souffrance cinématographique, il nous faut d’urgence un traitement. Un massage d’Alicia Vikander ! Une infiltration de spritz ! Apportez nous une dose de cinéma belge (Un détour par Diane, rafraîchissant), une gélule de cinéma iranien (Falling House, glaçant) ou encore une intraveineuse de Wim Wenders, tant son nouveau documentaire est une petite merveille (From Inside Out – The Architecture of Peter Zumthor). Ceux-ci auraient mérité de participer à la compétition officielle. Pas ce film raté. Plein le dos de ces mélos grotesques !
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