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Pourquoi voir La Colline des hommes perdus ?
Après Bons Baisers de Russie et Goldfinger, Sean Connery laisse le costume du célèbre 007 pour celui de Joe Roberts, dans La Colline des hommes perdus (The Hill), un film de Sidney Lumet, qui ne laissera personne indifférant.
Pour son neuvième film, Sidney Lumet pose sa caméra quelque part dans le désert nord-africain, pendant la Seconde Guerre mondiale, on y voit l'armée britannique qui a installé un camp disciplinaire, ici pas pas de champ de bataille, pas d'ennemi à combattre, pas même de véritable guerre à mener, seulement des hommes enfermés, de la chaleur, de la poussière et cette fameuse colline artificielle que les prisonniers doivent gravir encore et encore.
Sidney Lumet n'a jamais été particulièrement intéressé par les héros flamboyants, ce qui l'intéresse, ce sont les rapports de force, les hommes coincés dans une mécanique qui les dépasse, on peut dire que dans La Colline des hommes perdus, il trouve un décor idéal pour ça.
Le camp disciplinaire devient rapidement une sorte de laboratoire humain où chacun révèle sa véritable personnalité, le chef de cet enfer est le sergent Williams, joué par Ian Hendry (La Loi du milieu, Théâtre de sang), véritable incarnation de la brutalité, il ne semble même plus comprendre la différence entre discipline et sadisme, pour lui, souffrir est une étape nécessaire pour devenir un bon soldat.
Au milieu de cette enfer à ciel ouvert, débarque Joe Roberts, interprété par Sean Connery (L'Homme qui voulut être roi, Le Nom de la rose), voir l'ancien James Bond se retrouver ici à l'exact opposé de l'agent 007, pas de smoking, pas de gadgets, pas de conquêtes féminines, simplement un uniforme sale, un regard fermé et un homme qui refuse de courber l'échine, est des plus plaisant.
Le film a pour fond la guerre mais le véritable sujet du film est l'autorité, une autorité qui, lorsqu'elle n'est plus contrôlée, finit par fabriquer les monstres qu'elle doit normalement combattre.
La colline devient beaucoup plus qu'un simple instrument de torture, elle est le symbole de cette absurdité militaire, faire souffrir pour apprendre à obéir, briser les hommes pour mieux les reconstruire, exiger la soumission au nom d'une discipline qui a complètement perdu son sens.
Ici Sydney Lumet filme toute cette autorité insensée avec une sécheresse impressionnante, tout au long du métrage il n'y a pas besoin de musique pour indiquer les émotions aux spectateurs, le récit est rythmé par les les cris des sergents, les respirations des prisonniers et le bruit des bottes dans le sable.
Le noir et blanc d'Oswald Morris accentue encore cette impression d'enfermement, même lorsqu'il n'y a rien autour des personnages sinon le désert, on ne ressent jamais la liberté.
C'est probablement la grande réussite de la mise en scène, le cinéaste utilise des objectifs grand angle qui déforment les visages et permettent de conserver le camp et le désert visibles derrière les personnages, ce qui renforce cet enfermement permanant.
L'espace paraît immense, mais les hommes semblent prisonniers partout, le paradoxe est assez génial, ils sont au milieu de nulle part et pourtant ils ne peuvent aller nulle part.
Côté interprétation on retrouve Sean Connery et Ian Hendry, ainsi que Harry Andrews (La Charge de la brigade légère, La Bataille d’Angleterre), Ian Bannen (Le Vol du Phœnix, The Offence), Ossie Davis (Do the Right Thing, Malcolm X), Jack Watson (Schizo, Le Commando de sa Majesté), Michael Redgrave (Les Héros de Télémark, La Vingt-cinquième heure) et Alfred Lynch (Deux des commandos, West 11).
Le film doit beaucoup à son casting, aucun personnage n'est simplement bon ou mauvais, les prisonniers ont leurs faiblesses, leurs lâchetés, leurs colères et leurs contradictions, du côté des gardiens, le réalisateur montre une hiérarchie qui permet à la violence de prospérer.
Il montre ici que le véritable problème n'est pas seulement les supérieurs sadiques, c'est le système qui leur donne l'autorisation de l'être, c'est là que le film dépasse largement son contexte historique.
Soixante ans plus tard, La Colline des hommes perdus conserve une étonnante brutalité parce qu'il ne parle pas seulement de soldats britanniques dans un camp perdu au milieu du désert. Il parle de tous les endroits où l'obéissance devient plus importante que l'humain.
Un film dur et terriblement efficace
Pendant la Seconde Guerre mondiale, quelque part dans le désert nord-africain, l'armée britannique a installé un camp disciplinaire où les hommes sont enfermés dans la chaleur et la poussière, avec une colline artificielle que les prisonniers doivent gravir encore et encore.