Un grand merci à Diaphana pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « Les échos du passé » de Mascha Schilinski.
« Si j’ordonnais à mon cœur de rester immobile, s’arrêterait-il de battre ? »
Quatre jeunes filles à quatre époques différentes. Alma, Erika, Angelika et Lenka passent leur adolescence dans la même ferme, au nord de l'Allemagne. Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre.
« Maman sait des choses dont elle ne devrait pas se rappeler parce qu’elle n’était pas là quand c’est arrivé »
Mascha Schilinski naît en 1984 à Berlin-Ouest et se définit comme franco-allemande. Fille d’une cinéaste, elle grandit à l’heure de la fin des tumultes de l’Histoire allemande (chute du Mur de Berlin, réunification), au sein d’un milieu imprégné de culture et de cinéma. Enfant, elle accompagne sa mère sur les tournages, ce qui lui vaut de faire des apparitions dans quelques films. Son parcours est atypique : d’abord directrice de casting, elle rejoint ensuite un cirque itinérant en Italie comme prestidigitatrice et danseuse de feu, avant de se former à l’écriture de scénario à Hambourg en 2008, puis à la réalisation à la Filmakademie Baden-Württemberg à partir de 2012. Elle y réalise « Die Katze » (2015) et surtout son premier long-métrage, « Dark Blue Girl », présenté à la Berlinale en 2017. Ce film pose déjà ses thèmes de prédilection : l’enfance comme observatoire du monde adulte, les non-dits familiaux et les traumatismes invisibles. Après avoir travaillé plusieurs années pour la télévision, elle revient en 2025 avec un deuxième-long métrage, « Les échos du passé », dont le scénario reçoit le Prix Thomas Strittmatter. Présenté en compétition à Cannes en 2025 sous le titre « Sound of Falling », le film remporte le Prix du Jury, ex æquo avec « Sirât ».
« Peut-être que son esprit est passé en toi »
« Les Échos du passé » suit quatre jeunes filles dans une même ferme familiale de l'Altmark à quatre époques différentes, de la veille de la Première Guerre mondiale au début des années 2020. Elles ne se croisent jamais : seuls les lieux les relient, comme si la ferme conservait la mémoire de celles qui l’ont habitée. Le récit refuse ainsi la narration chronologique au profit d’un tissage de motifs et d’échos. Le ton est d’emblée macabre : les premières scènes et la conclusion sont bordées par des visions d’effroi empruntées à la pratique, encore répandue au début du XXᵉ siècle, de la photographie posthume. Visages dédoublés, flous, lumières irisées, regards inquiétants: la mort plane constamment sur le film jusqu’à l’amener à la lisière du surnaturel. D’ailleurs, le film emprunte les codes du gothique — demeure isolée, rites funéraires, superstitions, photographie post-mortem — pour mieux les détourner vers une hantise purement humaine : la répétition, sur quatre générations, de la violence patriarcale, du silence imposé aux femmes, de l'inceste et de la mortalité infantile. La grande Histoire allemande (Première Guerre mondiale, nazisme, division RFA/RDA) n'est ainsi jamais montrée frontalement mais affleure seulement à travers les violences infligées aux corps des filles qui se transforment avec le temps en traumatismes sur leur vie d’adultes, qui se transmettent de génération en génération. Le film impressionne par la rigueur formelle de sa mise en scène, qui joue avec les flous, les hors-champs et les non-dits de façon aussi insidieuse que subtile. Mais il est aussi terriblement éprouvant : au-delà même de sa longueur (quasiment 2h30), la réalisatrice plonge le spectateur dans un malaise permanent en laissant libre court à sa fascination pour les détails sordides (la mutilation du fils, la stérilisation de la bonne) et les images rebutantes (la longue séquence de couture des paupières et des yeux). C’est d’ailleurs là la limite de l’exercice : aussi maitrisé soit-il dans sa forme, « Les échos du passé » reste un film le plus souvent abscons et extrêmement inconfortable.
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Le DVD : Le film est présenté en version originale allemande (5.1 et 2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.
Côté bonus, le film est accompagné d’un entretien avec Mascha Schilinski (7 min.) ainsi que d’une Bande-annonce.
Édité par Diaphana, « Les échos du passé » est disponible en DVD ainsi qu’en blu-ray depuis le 19 mai 2026.
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