Séries | PROUD – 16,5/20 | HOUSE OF THE DRAGON S3 – 16/20 | HALF MAN – 11/20

Séries PROUD 16,5/20 HOUSE DRAGON 16/20 HALF 11/20

PROUD (HBO) – 16,5/20 : On comprend assez vite pourquoi le jury de Series Mania a récompensé cette série polonaise de deux de ses plus prestigieux prix (Grand Prix international et meilleur acteur). Au-delà de la force de son sujet, Proud est le portrait subtil, nuancé et remarquablement bien construit d’un jeune homme queer confronté à un changement de vie radical, qu’il peut choisir d’embrasser ou non.
C’est l’histoire de Filip, un petit con brûlant la vie par les deux bouts, qui se prend un mur en pleine figure avec la mort de sa sœur, qui élevait seule sa fille encore bébé. Le père de l’enfant ne l’ayant jamais reconnue, Filip décide de l’adopter plutôt que de la confier à une famille d’accueil. Il va très vite se heurter à ses propres limites et à l’homophobie crasse encore très présente dans le pays (on a souvent les poings qui se crispent et le cœur noué).
La réalisation est fluide, vivante, et se permet même quelques effets narratifs accrocheurs (l’épisode 6). La série est forcément politique, mais jamais militante. Elle sait se faire tendre, émouvante, sans jamais être dans le déni de la dureté de la réalité.
Filip gagne en profondeur au fil des épisodes et s’impose comme l’un des personnages gays les plus intéressants vus récemment à la télévision. Son évolution est cohérente, touchante, jamais idéalisée. Ils se font de plus en plus rares à l’écran, il est primordial de les chérir et de les protéger.

HOUSE OF THE DRAGON S3 (HBO) – 16/20 : Cette nouvelle saison démarre de manière dantesque, par la bataille épique et dévastatrice qu’annonçait le final de la saison 2. Si tous les épisodes ne sont évidemment pas aussi spectaculaires, la production value reste impressionnante, en particulier lorsque les dragons apparaissent, avec un vrai glow up par rapport à Game of Thrones.
Il n’y a pas vraiment de creux dans l’intrigue, la série a toujours quelque chose à raconter. Et son ADN est respecté : aucun personnage n’est vraiment certain d’être encore vivant dans l’épisode suivant, quel qu’il soit. Les combats sont brutaux et intenses, la mise en scène toujours très graphique. La quête du Trône de Fer et la guerre fratricide entre les héritiers Targaryen pour la couronne des Sept Royaumes est passionnante, mais étrangement et heureusement assez facile à suivre. Les alliances et les stratégies entre les maisons se mettent assez naturellement en place. Du très grand spectacle, dominé par la performance magistale d’Emma d’Arcy. L’évolution de Rhaenyra, reine contestée, de plus en plus paranoïaque et au jugement altéré par le pouvoir, est fascinante.
Tout est en place pour une dernière saison qui s’annonce mémorable. Il va simplement falloir s’armer de patience : elle n’est pas attendue avant 2028.

HALF MAN (HBO) – 11/20 : Après le phénomène Mon Petit Renne, Richard Gadd signe une nouvelle série tout aussi malaisante. Il raconte la relation toxique entre Niall, jeune homme réservé et timide, et Ruben, personnage brutal et colérique, forcés de cohabiter à l’adolescence. Half Man est construit en flash-back, le mariage de Niall servant de fil rouge pour remonter le temps, de leur adolescence à ces noces auxquelles Ruben n’est visiblement pas le bienvenu. La série est très sombre, l’ambiance glauque, l’atmosphère pesante. Il n’y a pas une once de lumière ou d’espoir qui en émane. Cela pourrait fonctionner si on ne se posait pas constamment la question de la crédibilité de l’histoire. Le personnage de Ruben est trop excessif, violent, c’est un fou furieux. On comprend donc mal l’emprise, pourquoi Niall ne fuit pas, mais insiste et s’enferme dans cette relation (hormis qu’il n’y aurait pas de série sinon…). Trop de réactions n’ont pas de sens, celles de Niall, mais pas que (les petites amies, la justice…). Et les révélations du dernier épisode ne convainquent pas. Half Man est une série d’atmosphère qui explore de manière radicale la masculinité toxique, et c’est perturbant à souhait, mais Gadd pousse les curseurs beaucoup trop loin, au prix de la crédibilité de son histoire.