83e Mostra Internazionale d’Arte Cinematografica – Biennale Cinema – Venise (Italie)
– du 2 au 12 septembre 2026 –
Alberto Barbera a annoncé la liste des vingt longs métrages sélectionnés, ainsi que la liste des films hors compétition, celles des oeuvres des sections Orizzonti et Venice Spotlight, celle de Venice Classics.
Déjà, ce sont, comme souvent, les absents que l’on remarque. Certains grands noms pressentis ne seront pas au rendez-vous. Pas de David Fincher et d’aventures de Cliff Booth (pas prêt). Pas d’Alejandro Iñárritu et de Digger, non plus. Il semblait finalisé, mais visiblement, les studios Warner préfèrent le préserver en ne le montrant pas en festival, sans doute échaudés par l’échec de Joker : Folie à deux il y a deux ans. Les studios Neon, eux aussi, bloquent le nouveau film de Luca Guadagnino, Artificial. Pas de Terrence Malick, dont le film sur le Christ, The Way of the Wind, est toujours en montage. A ce rythme, il devrait être finalisé pour 2076. Pas de The Social Reckoning d’Aaron Sorkin (pas terminé), pas de Here Comes the Flood de Fernando Meirelles, pas de Behemoth! de Tony Gilroy… Un peu frustrant.
En revanche, d’autres auteurs attendus seront bel et bien présents. On savait déjà que Danny Boyle ferait l’ouverture avec Ink, qui relate la montée en puissance de Rupert Murdoch dans le milieu de la presse écrite, et notamment des tabloïds. Werner Herzog présentera bien son Bucking Fastard avec en vedette Kate et Rooney Mara. Martin McDonagh, auréolé de deux prix du scénario en 2017 et 2022, tentera de remporter un Lion d’Or avec Wild Horse Nine, une comédie noire qui a pour toile de fond l’île de Pâques et pour contexte les années 1970, juste avant le coup d’Etat de Pinochet au Chili.
Nanni Moretti, l’un des chouchous de Cannes, a eu moins souvent l’occasion de briller à la Mostra. Peut-être réussira-t-il à séduire le public vénitien avec Succederà questa notte, qui met en vedette Louis Garrel et Jasmine Trinca. La bellissima Jasmine sera aussi présente dans L’estranea de Paolo Strippoli. Dans le nouveau film du cinéaste italien, déjà de retour sur le Lido un an après Holly Boy, elle retrouvera la non moins bellissima Romana Maggiora Vergano et l’une des chouchoutes de la manifestation, Valeria Bruni-Tedeschi.
Andrea Pallaoro revient lui aussi à la Mostra avec The Echo Chamber, accompagné de ses comédiens Luca Marinelli, Alicia Vikander et Susan Sarandon. Le synopsis est assez vague : “Un homme, une femme, un appartement où se déroule une liaison” mais on peut s’attendre à une oeuvre peu conventionnelle, comme les précédents films du cinéaste.
Stéphane Brizé, fidèle au Lido depuis plusieurs années, rempile avec Un bon petit soldat, où il continue à disséquer le monde du travail et ses dérives. Pour ce nouveau long-métrage, il peut compter sur deux de ses acteurs fétiches : Alba Rohrwacher et Vincent Lindon.
Egalement attendu, Cédric Kahn nous entraînera dans une unité de soins pédopsychiatriques dans 15/18 A place to heal. Florian Zeller viendra montrer Bunker, avec Penélope Cruz, Javier Bardem et Paul Dano, une histoire d’une construction (d’un bunker, donc) et d’un effritement (celui d’un couple pourtant solide). La délégation française compte aussi dans ses rangs Nicolas Pariser, dont le nouveau film, Un peu avant minuit rassemble Melvil Poupaud, Chiara Mastroianni, Anaïs Demoustier et Golshifteh Farahani (trop de glamour dans un seul film).
Egalement en compétition, on trouve Casey Affleck, avec Company, un récit-gigogne qui traverse plusieurs époques et entremêle plusieurs énigmes. Marco Bechis continuera à analyser la dictature argentine avec Ritorno a Buenos Aires, 27 ans après Garage Olimpo. Shinya Tsukamoto poursuit, lui, sa réflexion sur les traumatismes liés à la guerre avec Mr. Nelson, Did You Kill People?
De notre côté, nous attendons impatiemment le nouveau film d’Ali Asgari, Kami Nour, après sa brillante Divine Comédie l’an passé. Nous guetterons également le nouveau film de l’inusable Hirokazu Kore-eda, présent à Venise, quelques mois seulement après la présentation de Sheep in the box à Cannes. Il viendra présenter Look back, l’histoire de deux jeunes femmes qui rêvent de devenir mangakas. Nous attendons également beaucoup du grand retour de Lee Chang-dong derrière la caméra. Le cinéaste sud-coréen n’avait plus donné de nouvelles depuis Burning il y a huit ans. Ga-neung-han sa-rang (Possible Love) suit deux couples aux modes de vie très différents, se croisant à l’occasion du tournage d’un documentaire.
Nous attendons un peu moins Il fuoco che ti porti dentro signé par Eduardo De Angelis, dont le mièvre Comandante avait fait l’ouverture de la Mostra il y a trois ans. Et nous n’avons pas d’attentes spécifiques concernant Kvinde Ukendt (Woman Unknown) de May el-Toukhy, qui voit une femme perturbée par son passé encombrant au moment où elle doit s’élever socialement, ou Primetime de Lance Oppenheim, où un animateur de télé-réalité cherche à piéger des prédateurs sexuels en direct.
Enfin, il y a Dau, d’Ilya Khrzhanovsky. On ne sait pas trop ce que contiendra ce nouveau film. A priori, il s’agit du long-métrage final du projet initié par le cinéaste russe en 2008. Plusieurs films (ou “ébauches”) plus ou moins expérimentaux, tirés des 700 h de rushes, filmés sur trois ans, étaient sortis en 2022. Ils couvraient trente ans de gouvernance soviétique, formant un tout au choix impressionnant ou complètement abscons. Les projections avaient suscité des réactions très contrastées, certains spectateurs s’étant plaint de films trop longs et incompréhensibles. Celui-ci fait 3 h 15 et donc un peu peur… Gageons que ce film final sera plus classique et plus cohérent, sinon, les festivaliers vont souffrir.
Un jury présidé par Maggie Gyllenhaal aura la lourde tâche de départager tous ces longs-métrages et de décerner les différents prix, dont le prestigieux Lion d’Or. La présidente du jury présentera par ailleurs son nouveau court métrage, Flesh Impact, avec Ellen Burstyn, Dakota Johnson et Peter Sarsgaard.
Hors compétition, on trouve une belle délégation italienne : Gianni Amelio pour Nessun Dolore, qui regroupe Alessandro Borghi, Valeria Golino, Valerio Mastandrea ; Mario Martone pour Scherzetto, avec Toni Servillo ; Giovanni Veronnesi pour Dio Ride, avec Pierfrancesco Favino, qui fera la clôture de l’édition 2026.
Les festivaliers pourront apprécier Place to be, le nouveau film de Kornél Mundruczó, avec Ellen Burstyn, à qui la Mostra remettra un Lion d’Or d’honneur pour sa carrière. Mais aussi Father Joe de Barthélémy Grossman, The Basics of Philosophy de Paul Schrader, No paradise if you are killed by a woman de Halkawt Mustafa, Arrested memory de Sabu. Tristan Seguela placera Laurent Lafitte et Anthony Bajon dans un procès destiné à Un bon avocat et Alexandre Smia placera le Président de la République – Denis Menochet – dans une situation tendue dans Jupiter, avec une menace nucléaire imminente. Brrrr…
Comme d’habitude, le festival proposera une belle sélection de documentaires, certains signés par des grands noms : Wim Wenders (From Inside Out – The Architecture of Peter Zumthor), Amos Gitai (The Road of Jericho), Takashi Miike (Shumei. The living legacy of Kabuki), Serguei Loznitsa (Imperium), Tsai Ming-Liang (Dust). Alex Gibney, lui, nous dressera le portrait d’un des milliardaires les plus puissants et controversés de la planète dans Musk.
Le festival propose aussi quelques documentaires sur le cinéma dont un film de Luca Guadagnino, qui sera donc bien là malgré tout avec Joie de vivre, autour de Bernardo Bertolucci, et Twist and Shoot Mister Suzuki d’Yves Montmayeur, sur Seijun Suzuki.
Vous en voulez plus ? Alors ajoutons, une compétition de courts métrages, une sélection de films classiques, quelques films en VR avec leur propre compétition officielle, une poignée de films dans la section Biennale College, une autre dans la section Venice Spotlight (dont les nouveaux films de Gael Garcia Bernal, Hombre al agua, et de Roberto De Paolis Maino, Serpenti)…
Evidemment, il y a aussi les sections parallèles du festival, dont la principale : Orizzonti.
Au programme, du cinéma venu de toutes les zones du monde et quelques films signés par des auteurs émergents. On attend cependant beaucoup de quelques cinéastes confirmés, comme l’Indienne Anuparna Roy (Lovers in the Blue Night) ou les Franco-Belges Ann Sirot et Raphaël Balboni (Un détour par Diane).
Bref, il y a là de quoi satisfaire les appétits de cinéma de bien des festivaliers. Les nôtres aussi, puisque nous serons bien sur le Lido pour couvrir cette nouvelle édition de la Mostra, si nous réussissons à survivre aux canicules, incendies, crise du carburant et autres calamités estivales.
Plus d’informations : La Biennale Cinema
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