Le train sifflera trois fois (1952) de Fred Zinnemann

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Après des films comme "La Septième Croix" (1944) ou "C'étaient des Hommes" (1950), l'autrichien Fred Zinnemann s'est fait une place de choix à Hollywood, mais c'est bien avec ce film qu'il va devenir un des plus grands réalisateurs de son époque. Un statut qu'il va d'ailleurs confirmer aussitôt après en signant l'un des plus grands chefs d'oeuvre du Septième Art avec "Tant qu'il y aura des Hommes" (1953). Il porte à l'écran une nouvelle éponyme (en V.O.) de John W. Cunningham qui sera de nouveau adapté avec le western "Les Massacreurs du Kansas" (1953) de André De Toth. Intitulé en V.O. "The Tin Star", cette nouvelle est scénarisée par Carl Foreman qui a signé auparavant "Le Champion" (1949) de Mark Robson ou "La Femme aux Chimères" (1950) de Michael Curtiz et qui écrira encore quelques grands films comme "Le Pont de la Rivière Kwaï" (1957) de David Lean ou "Les Canons de Navarone" (1961) de Jack Lee Thompson. Le film est rebaptisé judicieusement "High Noon" qui signifie littéralement "midi pile" mais qui veut aussi dire "heure de vérité" ce qui donnera avec le succès du film une expression connue outra-Atlantique, "to be high noon" soit "être complètement seul face à de gros problèmes". Le titre en V.F. lui fait référence aux coups de sifflets du train annonçant la descente de voyageurs en gare, malheureusement, dans le film le train siffle en réalité quatre fois. Le film est un énorme succès public et critique, récoltant au passage 4 Oscars, meilleur montage, meilleur acteur, meilleure musique et chanson originale. Le film est vite considéré comme un chef d'oeuvre du genre, un classique qui demeure toujours présent dans la plupart des classements des meilleurs films... A peine marié, le shérif Will kane apprend que Frank Miller, un homme qu'il a fait arrêter plusieurs années auparavant, arrivera en ville par le train de midi pour se venger. Le sens du devoir l'emportant sur la démission qu'il avait l'intention de donner, Kane espère cependant que des citoyens l'aideront dans cet ultime combat. Malheureusement, aucun citoyen en prend les armes, bien au contraire, le shérif comprend bien vite qu'il restera seul au grand dam de sa fiancée... 

Le shérif est incarné par le monstre sacré Gary Cooper, une des plus grandes stars de l'Age d'Or avec des classiques comme "Les Ailes" (1927) de William A. Wellman, "Morocco" (1930) de Josef Von Sternberg, "Peter Ibbetson" (1935) de Henry Hathaway ou "Sergent York" (1941) de Howard Hawks, tandis que sa femme est jouée par Grace Kelly qui n'est pas encore l'icône hitchcockienne de "Le Crime était presque Parfait" (1954), "Fenêtre sur Cours" (1954) et "La Main au Collet" (1955) tous trois donc de Alfred Hitchcock. Citons ensuite ceux qui composent un casting solide de gueules bien connues du cinéma américain des années 30 à 60, avec Thomas Mitchell vu dans "Monsieur Smith au Sénat" (1939) de Frank Capra, "La Chevauchée Fantastique" (1939) de John Ford ou "Le Banni" (1943) de Howard Hugues, Lloyd Bridges vu dans "Femme de Feu" (1947) de André De Toth ou "Quand la Foule Gronde" (1951) de Robert Siodmak, Katy Jurado remarquée dans "La Dame et le Toreador" (1951) de Budd Boetticher et plus tard dans "La Lancé Brisée" (1954) de Edward Dmytryk ou "La Vengeance aux Deux Visages" (1961) de et avec Marlon Brando, Otto Kruger vu dans "L'Île au Trésor" (1934) de Victor Fleming, "Cinquième Colonne" (1942) de Alfred Hitchcock ou "Duel au Soleil" (1946) de King Vidor, Lon Chaney Jr., fils de la légende Lon Chaney, vu entre autre dans "L'Oiseau de Paradis" (1932) de King Vidor, "Le Loup-Garou" (1941) de George Waggner ou "Les Yeux qui Tuent" (1945) de Harold Young, Harry Morgan vu dans "La Ville Abandonnée" (1948) de William A. Wellman ou "Les Affameurs" (1952) de Anthony Mann, Ian MacDonald vu dans "L'Enfer est à Lui" (1949) de Raoul Walsh ou "Mark Dixon, Détective" (1950) de Otto Preminger, Eve McVeagh surtout vue plus tard dans "Le Gaucher" (1958) de Arthur Penn ou "Airport" (1970) de George Seaton, Morgan Farley apparu dans "Le Mur Invisible" (1947) de Elia Kazan ou "Macbeth" (1948) de et avec Orson Welles, Harry Shannon vu justement dans "Citizen Kane" (1941) et "La Dame de Shanghaï" (1947) tous deux de et avec Orson Welles, Lee Van Cleef icône du western qui deviendra une star sur le tard avec le spaghetti dont "Et pour Quelques Dollars de Plus" (1965) et "Le Bon la Brute et le Truand" (1966) tous deux de Sergio Leone, il croisera donc plusieurs fois ses autres partenaires comme John Doucette, surtout Jack Elam, Harry Harvey, Tom London ou encore James Millican et n'oublions pas Sheb Wooley encore célèbre pour le fameux Cri Wilhelm (Tout savoir ICI !) qu'il a enregistré sur le film "Les Aventures du Capitaine Wyatt" (1951) de Raoul Walsh déjà avec Gary Cooper..., Notons la musique signée de Dimitri Tiomkin, compositeur régulier de Frank Capra ou Alfred Hitchcock, mais surtout connu pour plusieurs B.O. de westerns dont, ironie du sort, du prochain "Rio Bravo" (1959) de Howard Hawks. Tiomkin sera Oscarisé pour sa B.O., le premier qui précédera ceux pour "Ecrit dans le Ciel" (1955) de William A. Wellman et "Le Vieil Homme et la Mer" (1959) de John Sturges... Fred Zinnemann réalise là un western atypique, ce qui assure au film une aura bien particulière. En effet, d'abord le film se déroule en temps réel (presque), soit 85 mn entre 10h30 et midi, et le récit est basé sur trois effets visuels qui sont flagrants mais qui imposent trois messages subliminaux pregnants, le plan fixe récurrent sur la voie ferrée qui annonce la menace qui arrive, les déambulations du shérif qui cherche désespérément de l'aide, puis les plans sur les horloges qui se multiplient et grossissent au fur et à mesure que le rendez-vous fatidique approche. Cette construction narrative est sur ce point assez géniale. On peut aussi noter la parabole plus politique avec le Maccarthysme (Tout savoir ICI !), soit un homme seul face à son destin tandis que ses "amis" l'évitent comme un pestiféré, comme les convoqués devant la fameuse Commission des activités anti-américaines, seuls devant la menace tandis que les amis ont disparus. 

Malheureusement, sur le fond on finit par s'agacer de la réaction d'un shérif qui a pourtant toutes les options pour lui, mais qu'il occulte complètement : en quoi Will Kane assume son devoir ?! Il agit comme un pleutre courant après un aide même quand il sait que c'est de toute façon vain, avoue sa peur (avoir peur est humain mais l'avouer à tous et donc aux ennemis est une bêtise et une faiblesse juste avant le duel). Tout repose sur l'entêtement du shérif Kane à chercher de l'aide, à jouer au shérif d'honneur idéal, pour finalement s'en sortir sans l'aide de personne !... Le pire arrive ensuite, où comment une grosse partie de la population ne soutient pas le shérif mais le bandit, soit disant parce que la ville était plus prospère avec ce dernier ?!!! Ca tient pas vraiment la route. C'est ainsi qu'on comprend pourquoi John Wayne (pour des raisons politiques) et Howard Hawks (pour des raisons purement de logique cinématographique) détestait ce film, ce qui va amener au chef d'oeuvre "Rio Bravo" (1959), anti-thèse savoureuse et quintessence du western ; en effet au lieu d'un shérif qui mendie l'aide de ses concitoyens, le shérif John Chance/Wayne refuse l'aide des civils car ce n'est tout simplement pas leur mission et qu'il ne cherche pas une morale à toute épreuve, juste à faire leur job. "High Noon" est un bon western mais la trame se base sur une idée bancale, salutaire mais aucunement convaincante et souffre finalement de la comparaison avec la logique implacable de "Rio Bravo" (1959)... 

Note :   

14/20