“Evil Dead Burn” de Sébastien Vaniček

Par Boustoune

Lors de discussions un peu véhémentes, il n’est pas rare que les antagonistes emploient du langage fleuri ou des expressions agressives, mais il est clair, après avoir vu Evil Dead Burn, qu’il vaut mieux éviter la phrase “Go to hell !” (“Va en enfer !”). On ne sait jamais… Cela peut très bien arriver. Ce sont les mots qu’Alice (Souheila Yacoub), Française installée aux Etats-Unis, assène à son mari Will (George Pullar) après une soirée où l’homme n’a eu de cesse de lui chercher querelle, s’est montré odieux et même violent, l’alcool aidant. En bref, il l’a un peu cherché.
Il prend le volant, provoque un accident et se retrouve nez à nez avec une entité démoniaque – Jessica (Greta Van Den Brink), tout droit sortie du lac et du film Evil Dead Rise (1) – qui s’empresse de lui transmettre son “mal” et l’envoyer dans l’au-delà.
Quelques jours plus tard, Alice retrouve toute sa belle-famille pour la cérémonie de crémation : ses beaux-parents, Susan (Tandi Wright) et Edgar (Erroll Shand), son beau-frère, Joseph (Hunter Doohan) et sa petite-amie Thya (Luciane Buchanan), mais aussi Polly (Maude Davey), la matriarche du clan dont la mémoire commence à flancher. L’accueil n’est guère chaleureux, car les parents de Will la jugent responsable de sa mort. Pourtant, cédant à l’insistance de Joseph, Alice accepte à contrecœur de participer à un repas funéraire dans la demeure familiale. Mauvaise idée…  Car juste avant la crémation, Will est sorti du cercueil pour tuer l’employé des pompes funèbres chargé de l’opération, et a aussi eu le temps de contaminer Edgar. Ce dernier, évidemment, va commencer à développer un comportement étrange et menaçant. Le déjeuner va être quelque peu mouvementé. Et la suite de la journée ne va pas aller en s’arrangeant. Ah ! La belle-famille !

Revenons un peu sur nos propos : non, ce n’est pas à cause des paroles prononcées par Alice que le malheureux Will s’est trouvé nez-à-nez avec le démon. C’est Joseph qui, en étudiant les écrits de leur grand-père, obsédé par le Nécronomicon (2) et les démons que l’ouvrage peut lâcher dans la nature, a découvert dans les archives familiales un artefact qui a illico attiré l’attention des créatures maléfiques et leur a donné l’idée de s’inviter au sein de la réunion de famille. Là aussi, c’est un conseil d’ami : si vous trouvez dans le grenier de vos grands-parents un vieux grimoire avec des signes cabalistiques et des dessins de boucs sataniques, refermez-le illico et laissez-le pourrir dans son coin, et évitez de déballer des objets qui étaient bien cachés. Mais souvent, dans les films de la saga, les personnages ne peuvent s’en empêcher. C’est ballot… Et ici, cela provoque cette situation compliquée à gérer pour Alice, de plus en plus seule à mesure que les membres de sa belle-famille se transforment en “deadites” (3). Ah! La belle-famille ! (bis)

On notera que depuis l’opus signé Fede Álvarez, le démon ne s’attaque plus uniquement à un groupe d’amis venu se mettre au vert dans une cabane isolée au fond des bois. Il ambitionne désormais de décimer des familles, en les faisant éclater de l’intérieur.
Même si le schéma du film de 2013 reprend les canons des films de Sam Raimi, il introduit déjà des liens familiaux complexes dans l’équation, en l’occurrence ceux de David et sa demi-soeur Mia, les deux personnages principaux.
Dans Evil Dead Rises, c’est encore plus flagrant. Le Mal s’empare d’une mère de famille, ce qui met en péril ses trois enfants, défendus vaille que vaille par leur tante, de passage dans le coin. Sympas, les réunions de famille !
Et ici, donc, trois générations en prennent pour leur grade. Que ce soit sous leur forme “vivante” ou “morte”, d’ailleurs. Les corps se font entailler, percer, brûler, broyer, mutiler. Ah ! Ca ne plaisante pas ! Là aussi, c’est l’une des règles de la saga Evil Dead, quand le démon s’invite à votre table, on sait que cela va finir en bain de sang, à coups de tronçonneuse ou d’outillage habilité à faire de la charpie. Ash, le héros des trois premiers opus, en sait quelque chose.

Cela commence à ressembler à un motif récurrent, et c’est d’autant plus intéressant que chaque épisode de la franchise est confié à une nouvelle équipe, qui s’occupe du scénario et de la réalisation avec son propre style, ses propres idées. Certes, il y a toujours la présence de Sam Raimi, Rob Tapert et Bruce Campbell, qui restent producteurs de ces films, mais les équipes sont à chaque fois différentes : Fede Álvarez
et Rodo Sayagues pour Evil Dead, Lee Cronin pour Evil Dead Rise (4) et ici, Sébastien Vaniček
et Florent Bernard, deux cinéastes français. Le duo s’est fait remarquer en écrivant le scénario et en réalisant un petit film d’horreur fort sympathique, qui a su prendre dans sa toile les spectateurs, et notamment ceux de la Mostra de Venise 2023. Vermines racontait l’histoire d’un groupe de jeunes de banlieue confrontés à une invasion d’araignées géantes très véloces et agressives, trouvant dans leur immeuble HLM un environnement très favorable à leur prolifération. Le film a su séduire en façonnant des effets terrifiants avec trois fois rien, mais aussi de belles idées de mise en scène.

Ici, on retrouve un peu de cette inventivité, dans quelques plans particulièrement efficaces. Citons une scène où l’habitacle d’une voiture devient le lieu d’un déferlement de sauvagerie. Edgar, désormais complètement possédé par le démon, essaie par tous les moyens de s’attaquer à la malheureuse conductrice du véhicule : ceinture de sécurité, airbag, appuie-tête. Tout peut devenir une arme létale. Plus radical qu’un airbag Takata ! Citons également un joli plan-séquence où Alice, blessée, rampe dans le salon de la maison, pendant qu’en arrière-plan, Edgar sème la destruction et affronte Joseph. Comme Vermines, l’essentiel du film se joue à huis clos, dans la maison familiale, sous la menace conjointe d’Edgar, qui attend patiemment son heure à l’extérieur, et d’un personnage enfermé à la cave. A chaque étage, les lieux offrent des situations angoissantes et même l’escalier, équipé d’un monte-personne électrique, permet de mettre en scène de beaux moments de tension.
Le cinéaste respecte les fondamentaux des films de Sam Raimi, à commencer par le mélange d’horreur au premier degré et d’humour noir. Les scènes “loufoques” sont un peu moins nombreuses que dans les films précédents, mais on peut quand même voir, par exemple, une femme boire de la cire chaude, ou découvrir les possibilités horrifiques offertes par les prothèses d’une personne âgée.
Sébastien Vaniček et Florent Bernard conservent donc leur propre style, leur propre talent de conteurs. Et en même temps, ils s’inscrivent sans peine dans la filiation de Sam Raimi et son équipe. Ils font partie de la même famille d’artisans amoureux du genre. Ah la belle famille que voilà !

Evidemment, les esprits cartésiens passeront leur chemin, et les amateurs de cinéma horrifique devront accepter de fermer les yeux sur certaines incohérences. Vu la puissance des “deadites”, difficile de comprendre pourquoi ils peinent à ce point à entrer dans une pièce close, mais c’est une absurdité commune à tous les films de la saga… Mais la mise en scène enlevée ne donne pas beaucoup de temps pour penser aux subtilités du scénario et, à l’arrivée, cet Evil Dead Burn s’avère une petite série B horrifique efficace (5), bien meilleure que la plupart des suites de films horrifiques à succès qui se contentent paresseusement de reprendre les mêmes effets encore et encore, jusqu’à l’affadissement total.
Ici, la franchise parvient à perdurer tout en maintenant un bon niveau de qualité au niveau de la mise en scène ou de l’interprétation. Elle évolue légèrement sans jamais renoncer à ses fondamentaux. C’est suffisamment rare pour être salué.

(1) : Evil Dead Rise de Lee Cronin (2023)
(2) : Le Necronomicon, aussi appelé “Livre des Morts” est au coeur de la saga
Evil Dead
(3) : C’est ainsi que les fans de la saga appelle ces créatures morte-vivantes possédées par le démon
(4) : Lee Cronin est toutefois producteur délégué des deux derniers films et sera toujours associé à Evi Dead Wrath, le prochain film de la série
(5) : Une série B au budget confortable de 20 M $, quand même.


Evil Dead Burn
Evil Dead Burn

Réalisateur : Sébastien Vaniček
Avec : Souheila Yacoub, Tandi Wright, Hunter Doohan, Luciane Buchanan, Erroll Shan, Maude Davey, George Pullar, Alain Chabat
Genre : la belle-famille, c’est l’enfer…
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h49
Date de sortie France : 08/07/2026

Contrepoints critiques :

”Le nouveau volet de la franchise d’horreur, réalisé par le Français Sébastien Vanicek, s’écule dans l’écriture et au contact de personnages irritants.”
(Lelo Jimmy Batista – Libération)

”Sébastien Vaniček a tout compris à Evil Dead ! Son Evil Dead Burn reprend des éléments du classique de Sam Raimi sans pour autant le copier. Il garde le meilleur de ce film d’horreur culte tout en ajoutant une touche personnelle bienvenue.”
(Caroline Vié – 20 minutes)

Crédits photos : copyright Warner Bros / Metropolitan