De Antonin Baudry
Avec Simon Abkarian, Niels Schneider
Chronique : J’Écris Ton Nom, conclusion du diptyque La Bataille De Gaulle, possède toutes les qualités déjà associées à L’Âge de Fer : un souffle romanesque, une mise en scène ample et grandiose transcendée par une musique opératique, une portée pédagogique indéniable mais néanmoins divertissante et un humour décalé qui a cependant tendance à s’effacer au fur et à mesure que De Gaulle se forge une stature d’homme d’État. Le film gagne par ailleurs en lyrisme alors que le conflit mondial s’intensifie et que la France Libre s’étoffe et s’émancipe.
Le scénario prend quant à lui de plus en plus la forme d’un thriller politique et militaire, construit autour de deux grandes figures incarnant l’héroïsme du combat contre les nazis : le général Leclerc qui mène les troupes en Afrique, incarné avec conviction et une autorité insoupçonnée par Niels Schneider, et Jean Moulin qui organise la Résistance dans la France occupée (parfait Félix Kysyl).
Mais c’est surtout l’intransigeance de De Gaulle qui cadence le récit, son refus de toute compromission, de toute décision qui irait à l’encontre de la souveraineté du peuple français. Elle se matérialise à travers la détestation à peine voilée de Roosevelt à son égard et ses nombreuses tentatives pour l’évincer et le remplacer par un pion acquis à la cause américaine, le général Giraud (Thierry Lhermitte, absolument génial). Déjà très convaincant dans L’Âge de Fer, Simon Abkarian gagne encore en crédibilité et pèse énormément dans la réussite du projet.
En faisant le choix hardi de ne quasiment jamais montrer les Allemands, Antonin Baudry se donne la liberté de traiter des sujets peu ou pas évoqués dans les livres d’histoire ou dans les œuvres consacrées au conflit. Comme dans le précédent volet, on apprend beaucoup de choses assez stupéfiantes en regardant La Bataille De Gaulle, notamment les vues impérialistes des Etats-Unis sur la France. Le film évoque notamment le projet de gouvernement militaire de l’armée des États-Unis en France, dont je n’avais personnellement jamais entendu parler, créé dans le but d’administrer la France, ainsi que les futurs vaincus (Italie, Allemagne et Japon), après leur Libération. Il aurait imposé des préfets américains à la tête des départements français ainsi qu’une toute nouvelle monnaie gérée par les USA.
On suit donc les échanges feutrés mais néanmoins tendus entre Churchill, De Gaulle et Roosevelt qui rebattront l’ordre mondial, tout en suivant la percée héroïque des troupes françaises en Afrique et la résistance admirable des civils dans la France occupée.
Ces trois récits, intrinsèquement liés, finissent par converger lors de la Libération de Paris, en août 1944, passage obligé de tout récit consacré à la Seconde Guerre mondiale. Cette séquence constitue pourtant la partie la moins convaincante du diptyque, sans doute parce que ce qui intéresse avant tout Antonin Baudry, ce n’est pas tant l’arrivée de De Gaulle à Paris, déjà vue et revue, que le chemin qui l’y conduit. Il parvient cependant à y ajouter un peu d’émotion grâce à de poignantes images d’archives.
La Bataille De Gaulle est une magistrale fresque historique, audacieuse dans son récit et spectaculaire dans son exécution. Le parti pris narratif de raconter différemment la Seconde Guerre Mondiale en mettant en lumière des passages méconnus est une totale réussite.
Le diptyque entrera aussi sans doute dans les annales du cinéma français grâce à la stratégie de sortie osée et inédite adoptée par Pathé. En proposant les deux parties en salle à moins d’un mois d’intervalle, la prise de risque était grande pour un si gros budget, d’autant plus que les premiers chiffres de L’Âge de Fer étaient désastreux. Et pourtant, un formidable bouche-à-oreille combiné à l’effet « salles climatisées » pendant la canicule, à la Fête du Cinéma et au soutien du Youtubeur le plus influent du pays (Inoxtag), l’ont conduit à un succès aussi retentissant qu’inespéré. Mais amplement mérité.