Après un premier film remarquable et remarqué avec "Little Odessa" (1994), le réalisateur new-yorkais revient avec un nouveau polar inspiré de ses propres souvenirs qu'il explique ainsi : "A New-York où j'ai grandi, confie-t-il, mon père dirigeait une entreprise qui fabriquait des rames de métro. Le film est né des souvenirs que j'ai de lui négociant avec les représentants de la municipalité, avec pour toile de fond toute la corruption urbaine qui existe dans ce genre d'affaires." Réalisateur-scénariste, James Gray co-écrit son scénario avec un certain Matt Reeves, scénariste de "Piège à Grande Vitesse" (1995) de Geoff Murphy et co-créateur de la série TV "Felicity" (1998-2002) et qui sera surtout connu plus tard pour ses films "Cloverfield" (2008), la franchise "La Planète des Singes" (2014-2017) et dernièrement "The Batman" (2022). Pour préparer le tournage le réalisateur a demandé à toute son équipe, techniciens et acteurs, de visionner les films "Sur les Quais" (1954) de Elia Kazan et "Rocco et ses Frères" (1960) de Luchino Visconti... Tout juste sortie de prison, Leo Handler revient chez lui avec un seul but, revenir dans le droit chemin. Il trouve du travail grâce au nouveau compagnon de sa tante, Frank, patron d'une entreprise du métro du Queens, mais alors qu'il lui proposait un travail "classique", Leo est convaincu par son ami Willie, et fiancé à sa cousine, de venir sur un poste plus rémunérateur. Mais Leo découvre surtout tout une organisation de corruption autour des marchés du métro. Une soir une opération de sabotage tourne mal, Willie et Leo sont soudainement dans une situation dramatique. Sans prévenir Frank, Willie pense d'abord pouvoir gérer l'affaire mais le piège se referme petit à petit présentant Leo comme le principal mis en cause...
Le casting est composé de six rôles principaux qui réunit deux générations de stars, les vétérans avec Ellen Burstyn révélée avec "La Dernière Séance" (1972) de Peter Bogdanovich ou "L'Exorciste" (1973) de William Friedkin et remarquée cette même période dans "Requiem for a Dream" (2000) de Darren Aronofsky, Faye Dunaway star depuis "Bonnie and Clyde" (1967) de Arthur Penn ou "Network" (1976) de Sidney Lumet, et James Caan star de "Le Parrain" (1972) de Francis Ford Coppola ou "Tueur d'Elite" (1975) de Sam Peckinpah. Les trois de la nouvelle génération sont Charlize Theron remarquée dans "L'Associée du Diable" (1997) de Taylor Hackford et "Celibrity" (1998) de Woody Allen et qui retrouvera dans "Braquage à l'Italienne" (2003) de F. Gary Gray son partenaire Mark Wahlberg vu dans "Boogie Nights" (1997) de Paul Thomas Anderson et "Les Rois du Désert" (1999) de David O. Russell, et retrouvera aussi son réalisateur pour "La Nuit nous Appartient" (2007) ainsi que son compère Joaquin Phoenix remarqué dans "U-Turn" (1997) de Oliver Stone et surtout "Gladiator" (2000) de Ridley Scott avant de retrouver encore James Gray plus tard pour "Two Lovers" (2008) et "The Immigrants" (2013). Citons ensuite Steve Lawrence chanteur surtout remarqué dans les "Blues Brothers" (1980-1998), Davaid Zayas vu juste avant dans "Les Joueurs" (1998) de John Dahl et "A Tombeau Ouvert" (1999) de Martin Scorcese, Victor Argo surtout remarqué dans 5 films de Martin Scorcese entre "Bertha Boxcar" (1972) et "La Dernière Tentation du Christ" (1988) suivi de 5 films de Abel Ferrara entre "The King of New-York" (1990) et "New Rose Hotel" (1998), Tomas Milian autre vétéran avec "Colorado" (1966) de Sergio Sollima ou "La Longue Nuit de l'Exorcisme" (1972) de Lucio Fulci et vu au même moment dans "Traffic" (2000) de Steven Soderbergh, Tony Musante qui sera aussi dans "La Nuit nous appartient" (2007) et qui retrouve après "L'Incident" (1967) de Larry Peerce son camarade Victor Arnold vu entre autre dans "Shaft les Nuits Rouges de Harlem" (1971) de Gordon Parks et qui retrouve aussi Faye Dunaway après "De Plein Fouet" (1980) de Brian G. Hutton, Joe Lisi apparu dans "Who's the Man ?" (1993) de Ted Demme ou "Kiss of Death" (1995) de Barbet Schroeder, puis enfin Louis Guss qui retrouve James Caan après "Le Parrain" (1972) et vu ensuite dans "Eclair de Lune" (1987) de Norman Jewison ou "Dans l'Ombre de Manhattan" (1997) de Woody Allen... Notons que le musique est signée de Howard Shore, fidèle de David Cronenberg et Martin Scorcese, spécialiste du thriller en signant entre autre les B.O. de "Le Silence des Agneaux" (1991) de Jonathan Demme, "Seven" (1995) de David Fincher ou "Copland" (1997) de James Mangold... Le postulat de départ est un sous-genre en soi, le retour du fils prodigue après un séjour en prison qui fait suite évidemment à une erreur de jeunesse. Une fête pour son retour, bien entouré et une envie désormais de suivre un chemin honnête. Mais cette petite fête sème plusieurs invraisemblances...
ATTENTION SPOILERS !... Leo/Wahlberg revient après la prison, mais il est étonnant qu'il ne connaisse pas du tout son oncle par alliance Frank/Caan, et encore plus étonnant que son meilleur ami Willie/Phoenix ne soit pas au courant du passé entre Leo et Erica/Theron... FIN SPOILERS !... C'est le plus gros défaut du film. La bonne idée réside dans le personnage de Frank/Caan, et du contexte notre entrepreneurial. En effet, ici le boss n'est pas un mafieux ou un caïd du crime organisé comme c'est toujours le cas dans ce genre de polar, mais un simple patron de société qui franchit la ligne jaune via la corruption, une corruption en col blanc qui va déraper à son insu. D'ailleurs Frank/Caan tente réellement d'offrir à Leo/Wahlberg une opportunité honnête. C'est là le vrai bonus du film, où comment une bavure met en péril tout un système de corruption. James Gray évite aussi judicieusement un triangle amoureux trop attendu. James Gray reste dans un réalisme sobre et maîtrisé, l'intrigue est vraisemblable et cohérente avec en prime un casting quatre étoiles en grande forme. Un grand film.
Note :