Riz amer

amerUn classique du cinéma italien sauvé-restauré

Restauré récemment en 4K, l’image est sublime et permet de découvrir ce classique du néoréalisme italien dans des conditions de visionnage optimal. On y voie une Silvana Mangano, 19 ans à peine, affolée la caméra et chose étrange ; dans une scène de danse mythique, se faire plagier presque 10 ans plus tard par une autre starlette nommée Brigitte Bardot.

Pour mon compte, j’adhère moyennement à cette romance pompeuse ; le néo réalisme social porté par De Sica me semble plus profond. Ici, l’intérêt réside dans la description du monde ouvrier de l’époque et dans ce que fut le travail en rizière dans la plaine du Pô. On peut aussi saluer, avec un matériel de l’époque pesant le poids d’un âne mort, la virtuosité des plans et les mouvements de caméra.

Fabrice Prieur ; « Dans une gare, un reporter de la radio commente le départ du convoi des "Mondine", femmes modestes venues de différents horizons vers les rizières des plaines du Pô où l’on a besoin d’une importante main d’œuvre. Au milieu de la foule, Francesca (Doris Dowling) et son amant Walter (Vittorio Gassman) tentent de fuir après avoir volé un luxueux collier dans un hôtel. Walter est attiré par Silvana (Silvana Mangano), une mondine qui danse sur le quai.

À la fois mélodrame et chronique sociale, ce film est resté un marqueur de la grande période du néoréalisme italien, alors que son réalisateur lui, n’a pas connu à terme la notoriété de certains de ses confrères, tels Roberto Rossellini ou Vittorio De Sica.

Les médiocres aventures du couple de petits voleurs servent en quelque sorte de prétexte à une description quasi documentaire d’une tradition italienne du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle, relative à la culture du riz en Italie du Nord. Afin de désherber les plantations au printemps, une importante main-d’œuvre était requise. Pour ce faire, les propriétaires embauchaient principalement des femmes issues des milieux modestes de tout le pays. Le récit permet de suivre réellement leurs travaux et d’observer le mode de vie spartiate en collectivité des mondine, avec ses amitiés, querelles, jalousies et rumeurs.

Francesca, qui s’est mêlée au groupe pour échapper à la police, va rencontrer Silvana, une mondine sensuelle et délurée avec laquelle elle va se disputer les faveurs de Walter, qui pourtant, à part son physique avantageux, n’a guère de qualités, ni humaines ni morales. Elle lui préfère Marco (Raf Vallone), militaire sérieux et respectueux. C’est la faiblesse du film de traiter cette partie avec beaucoup d’emphase et manichéisme.

Le long métrage doit aussi à la mise en valeur de la plastique de la toute jeune Silvana Mangano (dix-neuf ans à l’époque), dont l’image en short dans l’eau de la rizière, devant un cheval de trait, symbolise l’érotisme au cinéma, tout en illustrant bon nombre d’ouvrages sur le néoréalisme italien.

Une œuvre datée certes, mais qui reste un témoignage précieux sur des conditions de travail difficiles et ingrates aujourd’hui disparues, tout en restant emblématique d’un courant majeur du septième art. »

Sorti en 1949

Ma note: 12/20