Deux réalisateurs pour ce western qui reprend la légende de l'ouest sur Jesse James. Deux réalisateurs qui ont débuté acteur avant de passer derrière la caméra, Henry King qui a débuté acteur dans "A False Friend" (1913) de Wilbert Melville avant de devenir réalisateur avec "Should a Wife Forgive ?" (1915) et confirmé entre autre avec "Elle s'en va-t-en Guerre" (1929) ou "L'Heure Suprême" (1937), tandis que son confrère a débuté acteur la même année avec "The Grey Sentinel" (1913) de Burton L. King avant de passer derrière la caméra avec "On the Trail" (1921) suivi notamment de "La Vie et la Mort ont croisé le Fer" (1924), "Pauvre Petite Fille Riche" (1936) et "Dortoir de Jeunes Filles" (1936). Produit par le nabab Darryl F. Zanuck patron de la 20th Century Fox, le scénario du film est confié avant tout à Nunnally Johnson connu pour sa fructueuse collaboration avec John Ford et qui retrouvera Henry King pour "La Cible Humaine" (1950) et "La Sarabande des Pantins" (1952), et en collaboration non créditée avec Gene Fowler scénariste de "Train de Luxe" (1934) de Howard Hawks ou "L'Appel de la Forêt" (1935) de William A. Wellman. L'ambition de Zanuck se confirme avec le technicolor en étant le premier western tourné avec ce processus et faisant suite aux grands succès "Une Etoile est Née" (1937) de William A. Wellman et "Les Aventures de Robin des Bois" (1938) de Michael Curtiz. Le film est un énorme succès et une suite est aussitôt lancée, "Le Retour de Frank James" (1940) de Fritz Lang avec le retour aussi d'une grande partie du casting. Plus tard, une autre version voit le jour avec "Le Brigand Bien-Aimé" (1955) de Nicholas Ray... A la fin de la Guerre de Sécession, les entrepreneurs du chemin de fer exproprient les propriétaires qui ne veulent pas vendre. Mais quand ils s'en prennent à la petite ferme des James, ils tuent la mère. Aussitôt les enfants, Jesse et Frank prennent les armes, d'abord par vengeance en braquant les trains du chemins de fer mais désormais recherchés ils vont devenir les hors-la-loi les plus recherchés du far-west...
Jesse James est incarné par Tyrone Power qui retrouve Irving Cummings après "Dortoir de Jeunes Filles" (1936) et surtout Henry King pour leur quatrième film sur les onze qu'ils vont tourné ensemble entre "Le Pacte" (1936) et "Le Soleil se lève aussi" (1957), tandis que Frank est joué par Henry Fonda qui retrouve King après "A Travers l'Orage" (1935), qui retrouvera Cummings dans "Lillian Russell" (1940) et King dans "La Roulotte Rouge ou la Belle Ecuyère" (1940) mais surtout il reprendra son rôle pour "Le Retour de Frank James" (1940) avant de devenir une star grâce à plusieurs films de John Ford à partir de "Les Raisins de la Colère" (1940). Citons ensuite Nancy Kelly remarquée dans "Gatsby le Magnifique" (1926) de Herbert Brenon et "Patrouille en Mer" (1938) de John Ford, Randolph Scott remarqué dans "La Ruée Fantastique" (1933) ou "La Dernière Ronde" (1934) tous deux de Henry Hathaway et retrouvera Cummings dans "La Rein des Rebelles" (1941), puis il y a ceux qui retrouveront Henry Fonda dans "Le Retour de Frank James" (1940) avec Henry Hull apparu dans "Le Monstre de Londres" (1935) de Stuart Walker et "Des Hommes sont nés" (1938) de Norman Taurog, J. Edward Bromberg qui retrouve Cummings après "Dortoir de Jeunes Filles" (1936) et "Hollywood Cavalcade" (1939) et King après "L'Heure Suprême" (1937) et qui reverra le gang James dans "J'ai tué Jesse James" (1949) de Samuel Fuller, John Carradine qui retrouve King après "La Folle Parade" (1938) et qui sera un acteur fétiche de John Ford et qui lui aussi reverra le gang James justement dans le remake "Le Brigand Bien-Aimé" (1955) de Nicholas Ray, Donald Meek également très présent chez John Ford et remarqué entre autre dans "Peter Ibbetson" (1935) de Henry Hathaway ou "Vous ne l'emporterez pas avec Vous" (1938) de Frank Capra, puis Ernest Whitman qui était aussi dans "Autant en Emporte le Vent" (1939) de Victor Fleming à l'instar de ses partenaires Jane Darwell et Charles Middleton qui retrouveront aussi Henry Fonda dans "Les Raisins de la Colère" (1940) de John Ford. Citons encore Willard Robertson vu dans "Je suis un Evadé" (1932) de Mervyn LeRoy ou "Casier Judiciaire" (1938) de Fritz Lang, Brian Donlevy apparu dans "Ville sans Loi" (1935) de Howard Hawks ou "L'Incendie de Chicago" (1937) de Henry King, Arthur Aylesworth apparu dans "Les Evadés de l'Île du Diable" (1935) de Albert S. Rogell et retrouvera King juste après avec "Les Révoltés du Clermont" (1940), Charles Halton qui retrouvera King pour "Le Président Wilson" (1944) et qui sera l'un des rares à tourner dans trois films de Alfred Hitchcock avec "Correspondant 17" (1940), "Joies Matrimoniales" (1941) et "Cinquième Colonne" (1942), puis enfin John Elliott aperçu dans "La Brebis Egarée" (1923) de Lambert Hillyer ou "L'Agent n°13" (1934) de Richard Boleslawski... A l'époque de la production, le far-west n'est pas si lointain, rappelons que Frank James ne meurt qu'en 1915, et que de nombreux témoins des événements du gang James sont encore en vie. Mais les années 30 sont l'époque idéale et l'exemple même de la célèbre tirade de la fin du futur chef d'oeuvre du western "L'Homme qui tua Liberty Valance" (1962) de John Ford : "On est dans l'Ouest ici. Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende !"
Et c'est ainsi que le hors-la-loi Jesse James se retrouve non pas au centre d'un biopic réaliste et historiquement valable, mais dans une hagiographie à sa gloire, Jesse James devient avec ce film le Robin des Bois du far-west. Il est montré ici sous les traits de Tyrone Power, star au port altier voir même aristocratique diront certains, renvoyant à la noblesse de Robin des Bois, puis enfin il se venge des riches qui spolient les pauvres ce qui renvoient encore à Robin des Bois, sauf que cette fois les gains ne sont pas redistribués. Mais il est aussi humain, fier, courageux avec un bon fond. C'est vrai, la société des chemins de fer sont des méchants idéaux, sauf que toute cette partie est fausse et largement modifié. Le film occulte toute la partie de la Guerre de Sécession et surtout leur participation à la bande de Quantrill postérieur à ce qui se passe à la ferme des James au début du film. Sur le fond, historiquement, le film n'a aucune valeur, le film enjolive quasiment tout, et dresse un résumé pour une légende. Sur la forme le film est magnifiquement filmé, les couleurs du Technicolor font merveille, le duo des frères James forment un bel équilibre, et on apprécie le coté psychologique de Jesse James qui ne peut quitter sa vie de hors-la-loi, malgré tout il est tout autant séduit que prisonnier de son image et de son statut. Un très bon western donc, à conseiller mais en le prenant pour ce qu'il est un western hagiographique au service de la légende du far-west comme une bande-dessinée le ferait.
Note :
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