De Asghar Farhadi
Avec Isabelle Huppert, Virginie Efira, Pierre Niney
Chronique : S’éloignant assez radicalement des thrillers moraux qui ont bâti son exceptionnelle filmographie (Une Séparation, Le Passé, Le Client, Un Héros), Asghar Farhadi livre une variation labyrinthique sur les mécanismes de la création et, plus précisément, sur la projection de l’imaginaire dans le réel, et inversement. Ses Histoires Parallèles floutent la frontière entre réalité et fiction et joue sur les penchants voyeuristes de l’autrice à la racine de l’intrigue. Sylvie écrit son roman à partir de ce qu’elle observe à la longue vue chez ses voisins. C’est le point de départ du scénario de Histoires Parallèles, sa première version, qui va être récupérée et modifiée par un autre personnage que rencontre Sylvie, Adam, puis un autre que croise Adam, et ainsi de suite, transformant constamment la nature du récit, comme une sorte de cadavre exquis.
En résulte un dédale narratif pas toujours très facile à suivre, mais si le scénario n’a pas l’évidence ni la létalité de ses précédents films, moins cinglant et un peu plus désordonné, avouons-le, il mature au fur et à mesure qu’Adam se prend au jeu de son mensonge. C’est certainement le personnage le plus intéressant, sa naïveté et sa candeur en faisant l’élément inflammable de ce drame protéiforme. Il est incarné avec talent par le jeune Adam Bessa (Les Fantômes).
Pour le reste, le réalisateur Iranien s’est entouré d’un casting de stars. C’est très joli sur l’affiche et sur les marches de Cannes, mais le film y perd en véracité et en authenticité, ce qui fait pourtant la force de son cinéma (il s’en était mieux sorti dans Everybody Knows avec Cruz et Bardem, mais le sujet était plus proche de son univers). Isabelle Huppert a beau être parfaite en écrivaine revêche, un peu fauchée, un peu bohème, Virginie Efira et Vincent Cassel livrer des performances très solides, on ne peut s’empêcher de voir les comédiens avant les personnages. Et l’interprétation de Pierre Niney, outrancière et sans nuances, confirme qu’il n’est jamais vraiment à l’aise dans les rôles dramatiques (même s’il n’est pas aidé par l’écriture un peu lourdaude de son personnage).
Certes, le scénario est sans doute l’un des moins solides de l’auteur et on ressent quelque chose d’artificiel dans l’exécution de sa démonstration. Mais il est ludique, ce qui n’est pas banal chez lui. Si le déroulé du récit peut susciter de la perplexité, il ne nous laisse jamais sur la touche. Notre attention reste constamment en éveil, et l’on a toujours quelque chose à se raccrocher, si bien qu’on ne voit pas le temps passer. Sans compter que la virtuosité de sa mise en scène reste intacte. Son sens du plan et du montage, la maîtrise de sa caméra et des espaces ne se démentent jamais.
Avec Histoires Parallèles, Asghar Farhadi n’aura pas réalisé un nouveau chef-d’œuvre. Mais un très bon film, on s’en contentera largement.
Synopsis : En quête d’inspiration pour son nouveau roman, Sylvie espionne ses voisins d’en face. Quand elle engage le jeune Adam pour l’aider dans son quotidien, elle ignore que celui-ci va bouleverser sa vie et son travail, jusqu’à ce que la fiction qu’elle avait imaginée dépasse leur réalité à tous.