[Cannes 2026] “Hope” de Na Hong-jin

Par Boustoune

[Compétition Officielle]

De quoi ça parle ?

De la folle journée de Bum-seok (Hwang Jung-Min), le chef de la police de Hope, une petite ville côtière de Corée du Sud, son adjointe Sung-ae (Jung Ho-Yeon) et quelques citoyens surarmés, tous mobilisés pour lutter contre la bête féroce qui ravage leur bourgade sans histoires.
Le film s’ouvre sur le cadavre d’un bovin étendu au milieu de la route, le corps méchamment lacéré. Appelé sur les lieux, Bum-seok s’inquiète de la possibilité d’une attaque de bête sauvage. Mais il se demande quel animal a bien pu provoquer ce type de plaies profondes ? Les chasseurs qui ont découvert l’animal lui remontent des rumeurs affirmant que, certaines années, on a aperçu un tigre rôder dans les environs. Le policier est sceptique. La probabilité lui semble assez faible de voir un tigre descendre de ses montagnes sibériennes, franchir sans encombres les champs de mines et les grillages barbelés qui séparent les deux Corées, juste pour aller se faire un boeuf. Comme c’est la seule hypothèse valable, il décide toutefois de mobiliser les secours pour faire face à la menace. Pas de bol, l’essentiel des effectifs est mobilisé pour combattre les incendies de forêts qui font rage à quelques kilomètres de la ville. Il aurait pourtant “besoin de bras” pour faire évacuer les rues de la ville et sécuriser le périmètre le temps de mettre l’animal hors d’état de nuire. Ironie du sort, il y en a bien, des bras, mais détachés du reste du corps, comme ne tarderont pas à le découvrir les chasseurs, partis chercher des traces de l’animal dans la ferme où a eu lieu l’attaque. Il est motivé, Tigrou…
Cela, Bum-seok ne le sait pas encore. Il retourne en ville à toute vitesse pour demander à la population d’évacuer. Mais sur place, il découvre qu’il arrive trop tard. La petite ville tranquille ressemble à une zone de guerre, avec des cadavres d’humains qui jonchent les rues et plusieurs bâtiments entièrement détruits. OK, là, on est sur du félin de compète ! Du tigre qui a bouffé du tigre ! Ou alors, ce n’est pas du tout le même animal ! Au vu des dégâts, des voitures qui sont propulsées par-dessus les maisons, le policier commence à se demander si Godzilla n’aurait pas quitté temporairement le “pays du Soleil-Levant” pour faire du tourisme au “pays du Matin calme” (enfin, calme, il faut le dire vite…).
Puisqu’il ne voit pas la bête (et le spectateur non plus, pas avant une bonne demi-heure), Bum-seok fait des spéculations. Il essaie d’estimer sa taille (3 mètres ? 4 mètres ?), sa vitesse de déplacement (plus rapide qu’un 4×4 évoluant à plus de 100 km/h), sa force physique… Il doit dès lors se rendre à l’évidence. Il ne traque pas un animal sauvage, mais une créature humanoïde colossale, rusée et féroce, potentiellement à classer parmi les rencontres du troisième type. Il y a des jours comme ça…
Il ne peut compter que sur le renfort de son adjointe, Sung-ae (Jung Ho-Yeon), qui a de l’énergie à revendre, “la puissance de feu d’un croiseur et des flingues de concours”, comme aurait dit Raoul (1), mais aussi la compagnie d’un vieillard ronchon croisé en route –  qui a plus l’air d’un clodo que d’une aide potentielle – et, éventuellement, l’intervention d’un petit groupe d’habitants agités de la gâchette.

Pourquoi on sort de la projection essoufflés ?

Parce qu’à partir du moment où Bum-seok arrive en ville, au bout de dix minutes de film, l’action démarre et le rythme va crescendo. Na Hong-jin nous entraîne dans une course-poursuite de plus de 45 minutes chrono, sans temps morts, reposant sur des plans-séquences millimétrés et un sens du tempo qui laisse pantois. Rien que pour cette “ouverture” magistrale, le film vaut le coup d’oeil. La première heure du film s’inscrit déjà, pour plusieurs festivaliers, au panthéon du cinéma d’action spectaculaire et on n’est pas loin de valider cette idée, car depuis The Raid 2, peu de films nous ont communiqué ce genre de sensations fortes (mais avouons aussi que nous ne sommes pas spécialistes du genre…).
Le film contient également une autre séquence d’action tout aussi spectaculaire, qui sert de grand final au récit. Nous ne l’avons pas chronométrée précisément, mais elle est également longue (plus de 30 minutes) et truffée de moments de bravoure. Simplement, l’effet de surprise ne joue plus. Cette fois-ci, la menace a un visage et cela nuit un peu au suspense. On peut se contenter, bien sûr, de ce dispositif et ne voir en Hope qu’un divertissement XXL, mené tambour battant, ce qui est déjà très appréciable.

Pour autant, il faut aussi parler de toute la partie qui se déroule entre ces deux séquences d’action. Alors que les bénévoles essaient de soigner les blessés, la police essaie de comprendre d’où vient cette créature hors normes. Une autopsie est réalisée, des témoins sont interrogés, et malgré des récits parfois confus – et même scatologiques, pour certains – le petit groupe de héros en vient rapidement à la conclusion que la créature est d’origine extra-terrestre. La suite des investigations des chasseurs, toujours sur la piste du “tigre”, leur donne raison et montre que l’alien n’est probablement pas arrivé seul sur notre planète. Comme le rythme est nettement retombé après une première heure complètement folle, ces investigations traînent un peu trop en longueur, surtout si c’est pour nous informer de ce que l’on a deviné depuis longtemps. On a tout loisir de constater les failles du récit et la faiblesse des thématiques développées.

Certes, il y a bien l’idée d’un prolongement de certains aspects de The Murderer, comme le rejet violent, par la société coréenne, de tout ce qui semble étranger. Dans le film précité, le cinéaste s’intéressait (indirectement) aux Joseonjok, ces citoyens chinois d’origine coréenne, mal acceptés des deux côtés de la frontière, car jugés trop “différents” malgré leurs évidents traits communs. Ici, même si les aliens ont un aspect humanoïde, ils sont immédiatement perçus comme une menace et on ne sait pas vraiment si ce sont eux qui ont initié tout ce remue-ménage ou les humains. En voyant certains citoyens “ordinaires” s’empresser de sortir des armes lourdes pour “régler le problème”, on peut s’interroger sur la violence propre à l’espèce humaine, prête à être libérée à la première occasion.
On peut aussi voir dans cette histoire l’évocation d’un monde qui se prépare à un conflit généralisé, échaudé par les guerres qui secouent l’Ukraine, le Moyen-Orient, les tensions entre populations, la violence endémique…
Le problème, c’est qu’aucune ligne claire ne se dégage. Plus le récit progresse et plus il devient abscons. On sent bien que Hope ne cherche pas tant à refermer son récit qu’à poser les bases d’un monde cinématographique. Na Hong-jin installe une menace, une mythologie et des enjeux encore diffus, sans trop en dévoiler. Il prépare clairement à la possibilité d’une suite où le propos sera peut-être éclairci.

En attendant, on doit juger ce que l’on reçoit. Si les scènes d’action, amusantes et entraînantes, font de Hope un blockbuster de SF qui n’a rien à envier aux grosses productions américaines, le long métrage de Na Hong-jin nous semble trop manquer de substance pour un film en lice pour la Palme d’or. Il est certain que le film va diviser : d’abord le jury, puis les spectateurs. On l’a constaté dès la projection de presse. Si certains ont ovationné le film à la fin de la projection, beaucoup de festivaliers ont déserté la salle bien avant la fin du film, conscients de ne pas assister à un film d’art & d’essai traditionnel. De notre côté, on a trouvé le résultat sympathique, un peu long une fois le mystère éventé (le film dure quand même 2h40, et est moins convaincant quand l’action retombe). Il est aussi frustrant par rapport à ce que l’on avait imaginé du scénario, à partir du peu d’éléments communiqués, ou ce qu’il aurait pu devenir avec un petit supplément d’âme.

Crédits photos : Images fournies par le FDC – HOPE © 2026 PLUS M ENTERTAINMENT, FORGED FILMS CO LTD, AND NA HONG-JIN. ALL RIGHTS RESERVED.