Cinéma | LA VÉNUS ÉLECTRIQUE – 15/20

Par Taibbo

De Pierre Salvadori
Avec Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche

Chronique : Pierre Salvadori livre avec La Vénus Électrique une comédie d’époque charmante et inventive.
Les dialogues ont de l’esprit, la mise en scène des idées et les personnages que l’on y suit du cœur et du caractère. La reconstitution du Paris de l’entre-deux-guerres est à la fois ludique et grisante ; c’est assez merveilleux de s’y balader ou de passer un peu de temps dans ce cirque où, pour trois centimes, Suzanne vous donne des baisers électrifiés. La direction artistique — décors, costumes, lumières — joue sur une vision, un souvenir un peu fantasmé de la capitale, comme sorti d’une esquisse de l’époque.
Car la peinture et l’art ont une importance majeure dans le film. Ils en sont même le moteur. Antoine doit retrouver une raison de peindre. Le subterfuge trouvé par Suzanne, validé par Armand, ami et néanmoins manager d’Antoine consistant à lui faire croire qu’elle peut communiquer avec sa défunte femme moyennant finances, va faire des miracles et lui remettre un pinceau entre les mains. Ce ressort sert surtout de levier comique imparable, offrant au récit quiproquos amusants et réparties savoureuses. Et cela fonctionne aussi — et surtout — grâce à l’alchimie évidente entre Pio Marmaï et Anaïs Demoustier, qui parviennent à adosser de la drôlerie aux fragilités de leurs personnages.
Le scénario est très fluide, d’une précision d’horloger, et le montage très efficace, les scènes de flash-back s’inscrivant parfaitement dans le récit global. La Vénus Électrique ne repose pas sur des twists majeurs, mais sait constamment maintenir notre attention, par une révélation ou une simple réplique qui nous décroche un rire franc ou une émotion sincère. Parce que La Vénus Électrique traite aussi joliment du deuil, et du sens de l’amour, de la manière dont notre regard sur l’autre évolue et des regrets et remords que cela peut engendrer lorsqu’il ou elle n’est plus là. Et sur cet aspect-là aussi, le scénario sait se faire malicieux.
Parfaitement exécutée, remarquablement écrite, La Vénus Électrique est une fantaisie d’une parfaite cohérence, espiègle, tendre, drôle et définitivement romantique. Un vrai plaisir de cinéma.

Synopsis : Paris, 1928. Antoine Balestro, jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse et désespère Armand, son galeriste. Un soir d’ivresse, Antoine tente d’entrer en contact avec sa femme par l’intermédiaire d’une voyante. Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne, une modeste foraine qui s’est glissée dans la roulotte pour y voler de la nourriture. Suzanne se révèle douée pour l’imposture et, rapidement secondée par Armand, elle enchaîne les fausses séances. Peu à peu, Antoine retrouve l’inspiration, mais pour Suzanne les choses se compliquent alors qu’elle tombe doucement amoureuse de l’homme qu’elle manipule…