Le maître du Kabuki

Par Dukefleed

Exotique, esthétique et romanesque

La grande fresque populaire nippone, forte de ses 11 millions d’entrée, arrivaient sur nos écrans pour les vacances de Noël 2025. 3h de film autour de cet art ancestral japonais qu’est le Kabuki avait de quoi faire peur aux occidentaux ; malgré sa sélection à Cannes au printemps 2025. Pour mon compte, l’aspect succès au box office dans son pays d’origine pouvait me faire avoir des doutes sur la qualité du film. Mais que nenni ! Quel bon moment que de plonger dans cette histoire au long cours, sur près de 50 ans, mettant en scène deux amis puis rivaux puis amis autour de leur passion commune qu’est le Kabuki. Mais kezako le kabuki ? C’est du théâtre vieux de 5 siècles très codifié alliant pour nos occidentaux opéra et ballet dans lequel les personnages féminins sont joués par des hommes ; ce qui rappelle l’époque européenne des castras. Qui sont ces deux jeunes que l’on va suivre sur 50 ans ? Le premier, talentueux à souhait, est le fils d’un yakuza, orphelin et accueilli par un maitre kabuki pour son potentiel. Mais son propre fils, destiné à lui succéder, tradition oblige, est aussi un jeune acteur en devenir du kabuki. Comment le premier va parvenir à se faire une place dans un monde où la filiation est primordiale, à force de travail. Comme dans de nombreux domaines pour toucher l’excellence, il faut se donner à 100% à son objectif quitte à causer des dégâts autour de soi. Entre les deux garçons puis les deux hommes, le respect supplantera toujours la rivalité pourtant toujours bien présente ; ils ne seront jamais immoraux. Cela fait le sel aussi de cette histoire qui sous ses accents mélodramatique au rythme effréné faisant penser aux grands film de Scorcese s’en démarque aussi sur ce point-là. C’est bien un « rise and fall…and rise », le scénario regorge de petites trahisons, d’arrangements et de rebondissements, on ne s’ennuie donc pas sur les près de 3 heures du film tant il est fascinant de suivre le destin croisé de ces deux garçons. Une vraie tragédie entre filiation, loyauté et rivalité avec des personnages bien écrits qui se démarque du lot des films semblables par l’honnêteté dont font preuve les deux hommes. Et puis dans ce film, on retrouve ce qui fait bien souvent la qualité du cinéma nippon ou coréen, la précision et l’exigence esthétique apporté sur chaque plan. Si on y ajoute la beauté des costumes, des maquillages, les chorégraphies au cordeau ; c’est bien souvent un émerveillement pour nos rétines. Au-delà de l’art du kabuki, ce film montre bien comment la société nippone est cloisonnée, hiérarchisée, où les hommes sont sur le devant de la scène et les femmes, en apparence sans pouvoir, tiennent les rênes en coulisses.

Le seul bémol du film vient de l’usage des ellipses laissant parfois des trous béants dans la narration et des personnages sur le bas-côté du récit. Le récit perd donc bien souvent en fluidité et c’est bien dommage.

Ne pas se laisser rebuter par un thème de niche bien loin de l’occident, l’histoire humaine est quant à elle bien universelle.

Sorti en 2025

Ma note: 16/20