Réalisateur espagnol de "Stokholm" (2013), "El Reino" (2018) ou "As Bestas" (2022) Rodrigo Sorogoyen revient avec la volonté de faire un film sur une relation père-fille, aidé par l'envie simultanée de travailler avec ses deux acteurs principeux : "Nous nous sommes dit qu'en faire un père et une fille était un bon moyen de les réunir. A ça s'est rapidement rajouté mon envie que cette histoire se passe dans le monde du cinéma. Pour autant, on s'est longtemps interrogé. Après tout, ces personnages pourraient être des architectes, ça n'aurait rien changé à leur relation. Il a fallu travailler pour que les faire évoluer dans le milieu du cinéma apporte des choses et nourrisse l'histoire." Réalisateur-scénariste, il co-écrit son scénario avec sa toujours fidèle Isabel Pena qu'il retrouve à chacun de ses films depuis ses débuts... Réalisateur connu et reconnu, Esteban Martinez revient en Espagne pour tourner son nouveau film. Il offre le rôle principal à une jeune actrice inconnue, sa fille qu'il n'a pas vu depuis treize ans. La jeune femme accepte cette formidable opportunité, mais sait qu'à l'occasion de ce tournage, elle va se confronter à un homme qu'elle n'a jamais pu considérer comme un père. Le poids du passé menace de rouvrir leurs blessures...
Le réalisateur est incarné par Javier Bardem vu dernièrement dans la saga "Dune" (2021-2024) de Denis Villeneuve, "El Buen Patron" (2021) de Fernando Leon de Aranoa, "La Petite Sirène" (2023) de Rob Marshall et "F1" (2025) de Joseph Kosinski, tandis que sa fille actrice est donc jouée par Victoria Luengo vue dans "Chez Moi" (2020) des frères Pastor ou "Suro" (2022) de Mikel Gurrea et "La Chambre d'à-Côté" (2024) de Pedro Almodovar après lequel elle retrouve Melina Matthews et Raul Arevalo qui étaient tous deux égaement dans le film "Plus on est de Fous" (2021) de Pablo Caballero. Citons ensuite la française Marina Foïs qui retrouve son réalisateur espagnol après "As Bestas" (2022) et vue plus récemment dans "Je le Jure" (2025) de Samuel Theis, "Moi qui t'aimais" (2025) de Diane Kurys et "La Femme le plus Riche du Monde" (2025) de Thierry Klifa, Mourad Ouani remarqué dans la série TV "La Unidad : Unité Anti-Terroriste" (2020-2023), Raul Prieto qui retrouve Sorogoyen après "Que Dios nos Perdone" (2016) et "Madre" (2019), la finlandaise Laura Birn vue dans "La Reine Garçon" (2015) de Aki Kaurismaki, "Eden" (2020) de Ulla Heikkilä ou "The Crow" (2024) de Rupert Sanders, puis enfin Muria Prims vue dans "Les Histoires du Kronen" (1995) de Montxo Armendari, "Un Corps dans la Forêt" (1996) de Joaquin Jorda ou "Incerta Gloria" (2017) de Agusti Villaronga... Un film dans le film qui sert de contexte pour une étude de moeurs, un drame familial et filial où comment un père cinéaste tente de se rapprocher après des années de silence ou d'incompréhension de sa fille à qui il offre un rôle ; un speech qui fait encore écho en nous puisqu'il s'agit du très récent "Valeur Sentimentale" (2025) de Joachim Trier qui a d'ailleurs remporté le Grand Prix au Festival de Cannes 2025, est-ce que Rodrigo Sorogoyen va faire de même rien n'est moins sûr...
Sur l'ensemble on préfère la mise en scène de l'espagnol, plus créative, moins mortifère, qui filme les paysages de Fuerteventura (la plus grande île des Canaries) comme un paysage à part entière, qui offre deux grands plans séquences et intègre du Noir et Blanc pour accentuer une certaine intimité et introspection. Néanmoins, certains choix interrogent et nous laissent sans réponses malgré les questionnements d'un journaliste ou même de la fille Emilia/Luengo, ainsi on ne saura jamais pourquoi cette histoire, pourquoi ce rôle pour sa fille, pourquoi Fuerteventura etc... alors qu'on pourrait légitimement s'attendre à une explication ou révélation. Par là même, l'immersion sur le plateau de tournage est intéressante, à bien des égards, mais idem elle impose une relation père/Bardem fille/Luengo où jamais la filiation ou l'intimité ne se révèle, la professionnalisme et la production restant l'essentiel. Heureusement, le duo Bardem-Luengo fonctionne à merveille, et leurs séquences ensemble restent des moments forts, a contrario on constate une Marina Foïs dans un rôle plutôt anecdotique, plus proche du caméo surtout comparé aux autres protagonistes. A la comparaison inévitable, d'un côté une fille qui paraît un peu trop pourrie gâtée chez Joachim Trier, tandis qu'en Espagne il manque une évolution filiale plus probante et directe. Ca reste un très bon film, parce que magnifique filmé et servi par deux magnifiques acteurs.
Note :
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