Le rire et le couteau

rire couteau

Voyage au bout du néocolonialisme

3h30 de film, on peut avoir des craintes devant une telle durée, habitude de son réalisateur portugais Pedro Pinho ; et bien, on aura raison bien souvent même si le propos est novateur, déstabilisant et intelligent.

On est en Guinée-Bissau aujourd’hui, avec Sergio, un ingénieur environnemental chargé d’une étude sur la construction d’une route. Habité par un désir de justice, des bons sentiments et la compréhension des besoins de la population, il n’a rien du conquérant vulgaire comme le sont les ouvriers portugais déjà sur place ayant eux un rapport très supérieur avec la population autochtone. Lui essaye de tisser du lien avec les habitants et de vivre à l’africaine pour se fondre et s’imprégner. Mais les choses se compliquent car, quoi qu’il en dise, il ne peut se défaire si facilement de son regard d’européen sur un pays qui porte encore les stigmates de la colonisation portugaise. Et c’est donc bien le cœur du film et tout son intérêt, c’est une satire mordante et rafraichissante sur l’ethnocentricité européenne et surtout, fait rare, une immersion dans la psyché des africains. Et le résultat est éloquent et remet à juste titre nos schémas de pensée sur de nombreux sujets. Dans cette longue balade au cœur des identités culturelles et sociales complexes d’un pays d’Afrique, certaines scènes viennent heurter notre vision occidentale. Un exemple : quand une travailleuse humanitaire de retour dans le village dans lequel elle a fait installer des latrines ;    avec un humanisme bon teint qui cache mal ses relents de paternalisme bienveillant, elle cherche à soutirer des remerciements aux habitants et insiste pour faire reconnaitre que son action a révolutionné leur quotidien. Construite autour de silences gênés de la population locale, la séquence créé un vrai malaise. Sans jamais tomber dans le documentaire, dans sa mise en scène, le réalisateur tend vers ce genre comme dans cette scène. La déconstruction de nos visions néocolonialiste au cours la déambulation de cet ingénieur est bien le point d’ancrage fort du film pour livrer au final un voyage éblouissant jusqu’au bout d’une réalité insoupçonnable. Un film éclairant dont l’actrice principale s’est vue décernée le prix de la meilleure actrice dans la section « Un certain regard » lors de Cannes 2025. Lors de cette longue, très longue déambulation jalonnée de rencontres, Pedro Pinho reste en revanche trop à distance sans développer certains évènements et ce malgré le choix du temps long. Son personnage est aussi bien souvent un simple témoin périphérique de l’action qui rend le récit d’apprentissage peu passionnant.

A voir pour se décentrer de nos visions occidentales

Sorti en 2025

Ma note: 13/20