Danse macabre

Par Platinoch @Platinoch

Un grand merci à Artus pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Danse macabre » de Antonio Margheriti.

« La mort est certaine. Mais vous confondez la mort et la tombe. La tombe acte la mort. Mais pas l’outre-tombe. »

2 Novembre, le Jour des Morts. C’est la nuit où se manifestent les esprits du Château de Providence, et Lord Blackwood, propriétaire de cette demeure historique, cherche, comme chaque année, un homme courageux capable de détruire la légende. Le journaliste Alan Foster ne croit pas aux récits effrayants selon lesquels personne ne serait jamais sorti vivant du château après y avoir passé la nuit. Certain de pouvoir tirer de l’aventure un excellent article, il accepte volontiers le défi…

« La mort d’une belle jeune femme est le sujet le plus poétique au monde »

Quand « Danse macabre » sort en 1964, Antonio Margheriti n’est pas encore la figure culte du cinéma fantastique européen qu’il deviendra. Artisan du cinéma de genre italien, il quitte alors le registre de la science-fiction fauchée (« Le vainqueur de l’espace », « La planète des hommes perdus ») pour s’aventurer dans celui de l’horreur gothique, alors dominé par Mario Bava (« Le masque du démon », « Les trois visages de la peur ») et Riccardo Freda (« L’effroyable secret du Docteur Hichcock »). Inspiré par les productions horrifiques britanniques de la Hammer, il cherche à marier héritage expressionniste et sensualité moderne. Dans cette veine gothique (manoirs brumeux, héroïnes spectrales), Margheriti tente pourtant d’aller plus loin. S’inspirant librement de Edgar Allan Poe — notamment de « La vérité sur le cas de M. Valdemar » (1845) et « La chute de la Maison Usher » (1839) — il transforme ces références en réflexion trouble sur la frontière entre vivants et morts. D’abord diffusé dans l’indifférence et mutilé selon les versions, le film a peu à peu gagné un statut culte. Redécouvert dans les années 1990, « Danse macabre » est aujourd’hui considéré comme l’un des joyaux du cinéma gothique européen.

« Le sang est source de vie. Seul le sang peut faire revivre les morts. Et nous le boirons à ta source ! »

Dès ses premières images, « Danse macabre » distille son poison envoutant : un journaliste relève le pari de passer la nuit dans un château prétendument hanté, expérience dont personne ne serait jamais revenu vivant. On le comprend bien vite, le piège se referme aussitôt sur lui, Antonio Margheriti  y installant un climat envoûtant, clairement influencé par l’expressionisme allemand : manoir noyé de brume, cimetière, nuit sous le signe des morts. Et de fait, en dépit de son scepticisme de départ, le héros se retrouve plongé dans un univers fantastique inquiétant, tel un cauchemar éveillé, peuplé de fantômes. Plutôt que la peur frontale, le film privilégie ainsi la suggestion : silences, lenteur, détails inquiétants. Cette approche confère au fantastique une texture rare, où l’imaginaire du spectateur devient moteur de l’angoisse. Mais le film ne serait rien sans sa dimension romantique, marquée par la confrontation entre le journaliste et le personnage tragique d’Elisabeth Blackwood (incarnée par Barbara Steele et son charme envoutant), marquant la frontière ténue entre désir et mort et donnant au film sa tessiture éminemment mélancolique. C’est d’ailleurs là ce qui confère son charme si particulier et sa puissance au film. En cela, « Danse macabre » est moins un film d’horreur qu’une élégie macabre.

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Le blu-ray : Le film est présenté dans un Master restauré en Haute-Définition et proposé en version originale italienne (2.0) ainsi qu’en version française (2.0) et en audiodescription. Des sous-titres français sont également disponibles.

Côté bonus, le film est accompagné de « L’Éclat d’un rêve d’opium » par Nicolas Stanzick (2024, 72 min.), de « Danse macabre, la véritable histoire » par Adrian Smith (« Danza macabra: The True Story », 9 min.), ainsi que d’une Bande-annonce originale.

Édité par Artus Films, « Danse macabre » est disponible en blu-ray depuis le 2 décembre 2025.

Le site Internet d’Artus Films est ici. Sa page Facebook est ici.