Le Sauvage (1975) de Jean-Paul Rappeneau

Troisième long métrage de Jean-Paul Rappeneau après "La Vie de Château" (1966) et "Les Mariés de l'an II" (1971). Toujours envie de comédie relevée le cinéaste voulait cette fois clairement s'inspirer des screwball comedy à l'américaine et surtout se baser sur le couple Katharine Hepburn et Spencer Tracy. Réalisateur-scénariste co-signe son scénario avec sa soeur Elizabeth Rappeneau pour son premier scénario avant de retrouver son frère sur "Tout Feu, Tout Flamme" (1982) et avant de passer elle-même derrière la caméra pour "Fréquence Meurtre" (1988), puis avec Jean-Loup Dabadie devenu un auteur incontournable depuis les succès successifs des films avec Claude Sautet dont le premier d'une belle liste "Les Choses de la Vie" (1970). Rappeneau s'entoure d'une équipe de grande qualité dont le compositeur Michel Legrand populaire depuis les succès des films de Jacques Demy et qui retrouve Rappeneau après "La Vie de Château" (1966) et "Les Mariés de l'an II" (1971), le Chef Décorateur Max Douy connu pour son travail sur plusieurs classiques comme "La Règle du Jeu" (1939) de Jean Renoir, "La Traversée de Paris" (1956) de Claude Autant-Lara ou "Topkapi" (1964) de Jules Dassin, puis il y a tout ceux qui vont revenir avec Rappeneau sur "Tout Feu, Tout Flamme" (1982) avec le Directeur Photo Pierre Lhomme qui était déjà sur "La Vie de Château" (1966) et retrouvera encore son réalisateur pour "Cyrano de Bergerac" (1990), la Cheffe monteuse Marie-Josèphe Yoyotte qui a travaillé sur "Les 400 Coups" ( 1959) de François Truffaut ou "La Guerre des Boutons" (1962) de Yves Robert, la Cheffe costumière Catherine Leterrier qui a travaillé à la même période sur "L'Important c'est d'Aimer" (1975) de Andrzej Zulawski et qui retrouvera encore Rappeneau sur "Bon Voyage" (2002), et enfin on peut aussi citer le coordinateur cascade Rémy Julienne devenu une référence depuis son premier film "Fantomas" (1964) de André Hunebelle. Le film est un grand succès populaire et récolte 2,4 millions d'entrées France, et reçoit 4 nominations aux Césars 1976 sans pour autant récolter de statuettes... Excédé par la vanité parisienne, Martin un créateur de parfums réputé quitte la capitale pour un île d'Amérique du Sud, mais sur le départ il croise Nelly, une jeune femme volcanique qui tente de fuir un fiancé encombrant. Telle une tornade, il se retrouve à l'insu de son plein gré avec une Nelly qui fuit avec lui sur son île ce qui va être une aventure un peu cacophonique... 

Le parfumeur est incarné par Yves Montand vu entre autre dans "Le Salaire de la Peur" (1953) de Henri-Georges Clouzot, "Le Cercle Rouge" (1970) de Jean-Pierre Melville ou "La Folie des Grandeurs" (1971) de Gérard Oury, il retrouvera l'équipe également pour "Tout Feu, Tout Flamme" (1982) et il retrouvera dans "Le Choix des Armes" (1981) de Alain Corneau sa partenaire, la star Catherine Deneuve qui retrouve Rappeaneau après "La Vie de Château" (1965) et vue la même année dans "L'Agression" (1975) de Gérard Pirès et "La Cité des Dangers" (1975) de Robert Aldrich. Citons ensuite les deux poursuivants avec l'américain Tony Roberts remarqué dans "Serpico" (1973) de Sidney Lumet et "Les Pirates du Métro" (1974) de Joseph Sargent et qui va devenir un acteur fidèle à Woody Allen, puis l'italien Luigi Vannucchi vu dans "les Frères Corses" (1962) de Anton Giulio Majano, "La Tente Rouge" (1969) de Mikhail Kalatozov ou "L'Assassinat de Trotsky" (1972) de Joseph Losey, ironie du sort ici dans son dernier film avant son suicide en 1978. Citons encore Dana Wynter vue dans "Le Corsaire Rouge" (1952) de Robert Siodmak, "L'Invasion des Profanateurs de Sépultures" (1956) de Don Siegel ou "Airport" (1970) de George Seaton, Gabriel Gattand apparu juste avant dans "Stavisky" (1974) de Alain Resnais et "Histoire d'O" (1975) de Just Jaeckin, Vernon Dobtcheff vu dans "Assassinats en tous Genres" (1969) de Basil Dearden ou "Les Contes de Canterbury" (1972) de Pier Paolo Pasolini et qui retrouve Rappeneau après "Les Mariés de l'An II" (1971), puis enfin Rina Franchetti vue dans "La Segretaria per Tutti" (1933) de Amieto Palermi, "Les Femmes aux Deux Visages" (1955) de Raffaello Matarazzo ou "Le Temps du Massacre" (1966) de Lucio Fulci... On débute le film dans la nuit pluvieuse en cité urbaine, où une femme fuit un mari qu'elle n'aime pas et qui percute ainsi la vie d'un bobo parisien qui rêve d'une vie moins superficielle. Au fil du récit le film s'éclaircit, on quitte le bitume pour une ile paradisiaque tandis que l'idylle tant attendue prend des chemins de traverse entre un homme d'âge mûr revenu de tout et une femme magnifique, qui a ttou de la femme fatale hitchcockienne mais qui est en fait une femme enfant qui rêve d'un homme qui saura la dominer. Autre temps autres moeurs.

Evidemment, ce mix entre film d'aventure et comédie romantique, et dans sa fluidité narrative on pense fortement à "L'Homme de Rio" (1964) de Philippe De Broca, ça tombe bien ce film était justement écrit par un jeune scénariste nommé Jean-Paul Rappeneau ! Clairement Rappeneau est influencé par De Broca, on reconnaît ce rythme soutenu qui ne laisse pas le temps de souffler, cette sensation de liberté ou plutôt cette quête de liberté loin du tumulte socio-économique des grandes métropoles, et évidemment un duo de choc entre le vétéran Montand et la star par excellence la reine Deneuve déjà au sommet qui sait encore joué de son sex-appeal. L'effet carte postale et les deux acteurs au diapason ajoute un charme certain à un récit qui frôle par moment l'hystérie. Les deux poursuivants sont par contre décevants, l'italien et l'américain méritaient plus, autant en présence à l'écran qu'en écriture de leur personnage ; trop caricaturaux et dont les risques et/ou les enjeux ne correspondent pas à l'évolution de leur action-réaction. Rappeneau signe encore un très bon film, ou plutôt une bonne comédie d'aventure romantique même si ça reste un de ses 2-3 moins bons films.

Note :                 

Sauvage (1975) Jean-Paul RappeneauSauvage (1975) Jean-Paul Rappeneau

12/20