Alamo (1960) de John Wayne

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Premier long métrage en tant que réalisateur pour le monstre sacré John Wayne, encore au sommet et dont les idées politiques et les principes poussent derrière la caméra et soutenu par son ami John Ford. Mais il est aussi producteur depuis longtemps, depuis "L'Ange et le Mauvais Garçon" (1947) de James Edward Grant, qu'il retrouve justement à l'écriture de son projet après déjà plusieurs films en commun, une collaboration qui perdurera jusqu'en "Le Plus Grand Cirque du Monde" (1964) de Henry Hathaway. Pour ce projet la star veut porter à l'écran le célèbre siège de Fort Alamo (Tout savoir ICI !). Pour son film, via sa société Batjac Productions, Producteur-réalisateur-acteur réunit une équipe de fidèle qu'il a pu déjà croisé sur ses nombreux tournages dont on peut citer le Directeur photo William H. Clothier qui venait de travailler sur "Les Cavaliers" (1959) de John Ford, le monteur Stuart Gilmore qui croisa Wayne sur "Le Conquérant" (1956) de Dick Powell et "Le Barbare et la Geisha" (1958) de John Huston, et surtout le compositeur Dimitri Tiomkin connu pour ses musiques de westerns et oscarisé à trois reprises pour ses B.O. des films "Le Train sifflera Trois Fois" (1953) de Fred Zinnemann, "Ecrit dans le Ciel" (1955) de William A. Wellman et "Le Vieil Homme et la Mer" (1959) de John Sturges. Le film est un joli succès commercial, dont 3,5 millions d'entrées France, mais le coût de production a néanmoins fait perdre l'investissement personnel de Wayne qui a dû revndre ses droits à la United Artists. Il faudra attendre la guerre du Viet-Nam pour que John Wayne revienne derrière la caméra avec "Les Bérets Verts" (1968), une oeuvre politique et belliciste bien plus féroce et bien moins subtil. Le film dure 02h40, mais il existe une version spéciale de 03h22 de 1992 qui n'apporte pas grand chose, outre plus de dialogues plus ou moins intéressantes. La version de 02h40 reste la seule et unique, Wayne n'ayant d'ailleurs jamais indiqué assez d'informations pour un Director's Cut. Précisons que si certaines sources indiquent que John Ford aurait été un co-réalisateur non crédité c'est une info erronée, le réalisateur fétiche de Wayne n'a rien tourné sur le film. Le film a été récompensé pour sa musique et le son avec l'Oscar 1961 du meilleur mixage son et le Golden Globe 1961 de la meilleure musique... 1836, alors qu'une forte communauté de colons américains espèrent créée une République, le général Santa Anna gouverneur du Mexique décide de prendre d'assaut le poste de Alamo afin de reconquérir la région. Bientôt, 185 hommes volontaires s'apprêtent à combattre plusieurs milliers de mexicains dont deux légendes de l'Ouest, Davy Crockett et James Bowie... 

Davy Crockett est incarnée par John Wayne lui-même, remarquée dans "La Piste des Géants" (1930) mais qui passera quasi une décennie de galère avant de devenir une star avec "La Chevauchée Fantastique" (1939) de John Ford pour rester pendant 25 ans dans le top 10 de stars les plus rentables de Hollywood. James Bowie est incarné par Richard Widmark qui ne recroisera son réalisateur et partenaire que de loin dans la fresque "La Conquête de l'Ouest" (1962) mais qui retrouve ou retrouvera plusieurs autres acteurs du film notamment dans les westerns "Les Deux Cavaliers" (1961) et "Les Cheyennes" (1964) tous deux de John Ford. Citons ensuite Laurence Harvey vu dans "Les Bons meurent Jeunes" (1954) de Lewis Gilbert ou "Les Chemins de la Haute Ville" (1959) de Jack Clayton, Frankie Avalon alors jeune star de la chanson et dont le rôle le plus célèbre sera dans "Casino" (1995) de Martin Scorcese dans son propre rôle, Joseph Calleia apparu dans "Gilda" (1946) de Charles Vidor ou "La Soif du Mal" (1959) de et avec Orson Welles, Carlos Arruza célèbre matador apparu dans "Le Brave et la Belle" (1955) de Budd Boetticher, Jester Hairston remarqué surtout plus tard dans "Du Silence et des Ombres" (1962) de Robert Mulligan et "Dans la Chaleur de la Nuit" (1967) de Norman Jewison, John Dierkes aperçu dans "Quand la Marabunta gronde" (1954) de Byron Haskin ou "La Colline des Potences" (1959) de Delmer Daves et retrouve entre autre après "Le Gaucher" (1958) de Arthur Penn l'acteur Denver Pyle surtout connu pour la série TV "Shérif, Fais-moi Peur !" (1979-1985) mais qui fera avant plusieurs films avec John Wayne dont "Les Cavaliers" (1959) retrouvant ainsi Ken Curtis vu dans une dizaine de films avec Wayne et/ou John Ford entre "Rio Grande" (1950) et "Les Cheyennes" (1964), comme William Henry avec presque autant de films entre "Quatre Hommes et une Prière" (1938) de Ford et "El Dorado" (1966) de Howard Hawks, Hank Worden pour une quinzaine de films entre "La Chevauchée Fantastique" (1939) et "Les Cordes de la Potence" (1973) de Andrew V. McLaglen, Chuck Roberson doublure attitrée de Wayne sur tous ses films (soit une trentaine) à partir de "L'Ange et le Mauvais Garçon" (1947), puis citons encore Chill Wills qui était dans "Les Pionniers de la Western Union" (1941) de Fritz Lang ou "Rio Grande" (1950) de John Ford, Gunn Williams vu dans "L'Intruse" (1930) de F.W. Murnau ou "J'ai le Droit de Vivre" (1937) de Fritz Lang et qui retrouvera Wayne dans "Les Comancheros" (1961) de Michael Curtiz, Richard Boone qui retrouve Widmark après "Okinawa" (1950) de Lewis Milestone, et qui retrouvera Wayne dans "Big Jake" (1971) de George Sherman et "Le Dernier des Géants" (1976) de Don Siegel. Parmi les rares femmes citons Linda Cristal vue dans les westerns "Comanche" (1956) et "Duel dans la Sierra" (1958) tous deux de George Sherman et qui retrouvera plusieurs acteurs dont Widmark dans "Les Deux Cavaliers" (1961) de Ford, Joan O'Brien remarquée dans "Opérations Jupons" (1959) de Blake Edwards et qui sera aussi dans  "Les Comancheros" (1961), Veda Ann Borg apparue notamment dans "La Révolte" (1937) de Lloyd Bacon ou "Le Roman de Mildred Pierce" (1945) de Michael Curtiz et retrouve Wayne après "Big Jim McLain" (1952) de Edward Ludwig et Olive Carey, épouse de Harry Carey et maman de Harry Carey Jr des acteurs fidèles à Ford et Wayne. N'oublions pas enfin la famille Wayne, avec le fils Patrick Wayne qui a fait l'essentiel de sa carrière auprès de son père avec une quinzaine de films entre "Rio Grande" (1950) et "Big Jake" (1971), et la petite Aissa Wayne qui tournera à nouveau avec son père toujours enfant dans "Les Comancheros" (1961), "La Taverne de l'Irlandais" (1963) et "Le Grand McLintock" (1963) de Andrew V. McLaglen... Alamo est un fait historique majeur dans la construction de l'état du Texas, mais il a aussi pris de l'ampleur parce que deux des plus grandes légendes de l'Ouest y sont mortes en combattant. Si historiquement les faits sont avérés et traçables, le but de John Wayne n'est pas d'en faire une référence historique mais de transcender le récit pour mettre en avant un discours qui lui tient à coeur et qui tient en deux mots clés : Liberté et République. Pourquoi pas, on peut aisément penser que certains texans y croyaient mais cela a obligé aussi le producteur-réalisateur a occulté d'autres faits, ou plutôt à les omettre. En effet on omet le fait que les hommes de Davy Crocket ont accepté de se battre en échange de 19ha de terre chacun ou bien que le Mexique avait aboli l'esclavage et que les américains voulaient le rétablir (ce qu'ils feront avec la victoire finale en 1846-1848). 

Ainsi, le film est semé d'erreurs  (mais comme quasi tous les films historiques !), certaines anecdotiques et d'autres plus problématiques. Outre les 19ha de terre promis, on peut citer la chanson "Happy Birthday" qui n'existait pas encore, le général Houston/Boone n'était pas sur les lieux au début des opérations, tandis que Travis était subalterne à Bowie, ce dernier n'a pas perdu son épouse lors du siège mais en 1833 ce qui explique son alcoolisme ensuite,  l'anéantissement des renforts annoncé n'arrive en fait que 15 jours après le massacre de Alamo,... Puis on va noter deux éléments "presque" faux : dans la réalité Travis a écrit que Santa Anna est arrivé le 3 mars 1936 alors qu'en fait il était dès le 23 février sur les lieux, cette "vraie" erreur de Travis devient en fait réalité dans le film ce qui prouve que le scénariste était bien documenté, et selon la légende c'est cette même date du 3 mars que Travis traça un ligne au sol pour que chacun choisisse de rester ou de partir mais ce fait est omis dans le film, prouvant ainsi que que Wayne ne s'est pas laissé aller à la légende, le fait étant non avéré. Certe, John Wayne, politiquement engagé très à droite, a arrangé l'Histoire pour pouvoir placer des dialogues parfois pompeux ou solennels  avec surtout deux passages respectifs un peu longuets sur la République et la Liberté. Mais c'est un peu un cas d'école, surtout dans les films de guerre on aura quelques pensées sur les films sur la Révolution ou 39-45. Il n'en demeure pas moins que la lutte entre 3000-4000 soldats aguerris mexicains et moins de 200 texans nous emporte et que le courage de ces hommes marquent les esprits pour une bonne dose d'émotion. Wayne magnifie ce courage avec du souffle et un vrai sens épique. D'ailleurs Wayne nous surprend même en ne montrant pas des mexicains tyranniques ou monstrueux mais bien au contraire il montre une armée mexicaine ordonnée et majestueuse (très napoléonienne), avec des soldats qui ne manquent pas de classe et d'élégance. Malgré ses choix plus ou moins malheureux (qui coûte les points), John Wayne signe une fresque spectaculaire qui rend hommage au courage au nom de justes causes.  

Note :                 

17/20