la folle alouette

Par Platinoch @Platinoch

Un grand merci à Éléphant Films pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « La folle alouette » de Mark Sandrich.

« Je ne suis pas le médecin : je suis le remède ! »

Les Kenyon fêtent leur aniversaire de mariage. Mais au bout de 5 ans, Lydia et Tony n’ont plus vraiment les mêmes aspirations. Alors que Tony est marié à son travail dans la publicité, Lydia aimerait retrouver la flamme de leur début… même si c’est avec un autre homme.

« Vous ne risquez rien : aimer son entreprise ne constitue pas un adultère ! »

Formé comme tant d'autres (notamment Frank Capra) par le biais des courts métrages comiques, Mark Sandrich gagne ainsi ses galons (et même un Oscar du meilleur court-métrage en 1934) avant de s'imposer dans le registre du film musical. Durant la deuxième partie des années 30 son nom deviendra ainsi indissociable des films du duo Ginger Rogers et Fred Astaire qu'il crée à l’écran pour le compte de la RKO. Et dont il signe la plupart des succès (« La joyeuse divorcée », « Le danseur du dessus », « En suivant la flotte », « Amanda », « L’entreprenant Monsieur Petrov »). Un registre dans lequel il continuera de briller avec Fred Astair (« L’amour chante et danse ») ou Bing Crosby (« La marine en jupons ») au début de la décennie suivante. Ce qui ne l'empêche pas de s'adonner, en pointillé a la comédie de mœurs, entre deux pas de danse. Comme avec « La folle alouette », en 1941, adaptation d roman « Streamline heart » de Samson Raphaelson, qui donna lieu entre temps à une pièce de théâtre.

« Il faut être deux pour divorcer. Comme pour tout le reste ! »

Construit à la manière d’un vaudeville, « La Folle Alouette » repose sur une situation simple : Lydia Kenyon, délaissée après cinq ans de mariage, souffre de l’absorption professionnelle de son mari Tony. D’un reproche banal naît une montée dramatique progressive : la comédie légère  laisse progressivement apparaître une fracture intime (un désaveu en public), rendant chaque moment de bonheur aussi fragile que factice. Mais ce point de départ anodin — une insatisfaction conjugale — permet à Mark Sandrich de déployer une mécanique émotionnelle plus complexe qu’il n’y paraît. L’impeccable bonheur apparent des Kenyon est à l’image de la société américaine de l’époque : une société où seules comptent les apparences, le business et la réussite sociale. L’épisode du cadeau d’anniversaire qui ouvre le film, en apparence anecdotique, agit ainsi comme une métaphore limpide : même l’intime peut être externalisé, délégué, vidé de sa sincérité. Réduite à un statut de femme trophée qu’elle refuse, invisibilisée, Lydia tente de trouver sa place en cherchant à s’émanciper des conventions sociales de son époque. Mais en dépit de son audace et de sa persévérance, il n’y aura pas vraiment d’échappatoire entre un mari toxique et un amant qui ne lui promet qu’une vie toute aussi bancale (à l’image de leur virée en voilier). En pleine vogue des comédies de remariage (« Cette sacrée vérité », « Mon épouse favorite », « Indiscrétions »), Mark Sandrich signe un film d’une belle modernité et d’un humour particulièrement grinçant qui s’attaque à l’institution du mariage, faite de mensonges et de faux-semblants qui placent les personnages en contradiction avec leurs aspirations personnelles d’épanouissement et de bonheur. Dommage que le Code de censure Hays empêche le cinéaste d’aller au bout de sa logique et impose un happy-end qui, pour le coup, semble bien amer.

***

Le blu-ray : Le film est présenté en version restaurée dans un Master Haute-Définition et proposé en version originale américaine (2.0). Des sous-titres français et anglais sont également disponibles.

Côté bonus, le film est accompagné d’une présentation signée Stephen Sarrazin (2025, 13 min.) ainsi que de  Bandes-annonces de la collection.

Édité par Éléphant Films, « La folle alouette » est disponible en combo blu-ray + DVD ainsi qu’en édition DVD depuis le 6 janvier 2026. Il est également disponible en édition blu-ray depuis le 5 mai 2026.

Le site Internet d’Éléphant Films est ici. Sa page Facebook est ici.