Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé

Par Platinoch @Platinoch

Un grand merci à Artus Films pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Ton vice est une chambre close dont moi seul est la clé » de Sergio Martino.

« Tu me crois capable de trancher la gorge d’une maitresse. Ecrivain minable, mais habile et sadique meurtrier. Qui sait si un jour je ne me décide pas à ce sujet. Et peut-être m’occuperais-je de ta gorge ? »

L’écrivain sur le déclin Oliviero mène une vie de débauche, organisant avec sa femme des soirées coquines dans sa ferme. De plus, il couche avec la servante et entretient une relation avec l’une de ses anciennes étudiantes. Quand cette dernière est assassinée, il se retrouve le principal suspect. Tout va être chamboulé avec l’arrivée de Floriana, sa nièce, aussi jolie que mystérieuse.

« Il dit que le roman est mort. Mais à la vérité, c’est lui qui est mort : il n’est plus capable d’écrire une ligne depuis des années »

Issu d’une famille de cinéastes – son grand-père étant le réalisateur Gennaro Righelli – Sergio Martino débute grâce à son frère Luciano, producteur, qui l’oriente d’abord vers le scénario, puis la réalisation à la fin des années 60. Un domaine dans lequel il s’impose dès le début des années 70 comme l’un des artisans les plus inventifs du cinéma de genre italien. Rapidement, il bâtit une filmographie à la fois prolifique et vibrante, épousant les tendances du moment : poliziottesco, western ou comédie érotique. Mais c’est bien dans le giallo qu’il atteint sa pleine maîtrise. Alors que le genre évolue sous l’influence de Dario Argento, Martino y injecte une sensualité trouble et une violence psychologique inédite. Avec en point d’orgue son informelle « Trilogie du vice », tournée à un rythme effréné avec la fidèle Edwige Fenech, et composée de « L’Étrange Vice de Madame Wardh » (1971), « Toutes les couleurs du vice » (1972) et « Ton vice est une chambre close dont moi seule ai la clé » (1973).

« Le sexe est une activité qui ne peut captiver que ceux qui ont des moyens et de l’imagination »

Ce dernier film en constitue sans doute le sommet le plus vénéneux. En effet, derrière son intrigue criminelle, le film explore un univers saturé de désirs empoisonnés, de culpabilité diffuse et de fascination pour le danger. Martino y déploie un cinéma d’exploitation particulièrement inspiré : peu de moyens, mais une vraie richesse visuelle, et surtout un équilibre constant entre érotisme et angoisse dans le but de piéger le spectateur. Le récit, volontairement pervers, met en scène un écrivain alcoolique et cruel, une épouse humiliée, une maison en déliquescence et un jeu constant de regards et de soupçons. Tout y est contaminé par la pulsion, sans jamais déboucher sur une vérité stable. Le scénario préférant cultiver l’ambiguïté, faisant de l’incertitude son moteur principal. Visuellement, la mise en scène brille par son usage des espaces clos et des cadrages inquiétants, transformant le décor domestique en piège oppressant. Derrière le thriller, se joue aussi une guerre des corps : masculinité violente d’un côté, figures féminines ambiguës de l’autre, dans un rapport de domination chargé d’érotisme, diffusant une sensation de malaise croissante. Si le film atteint une vraie puissance dans l’excès — couleurs, musique, théâtralité — il révèle cependant les limites du genre, sacrifiant parfois la profondeur psychologique au profit de sensations. Mais c’est justement dans ce déséquilibre que certains pourront trouver une forme de fascination : un objet sensoriel instable, dérangeant, où le vice devient même un fantasme de cinéma.

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Le blu-ray : Le film est présenté en version restaurée dans un Master Haute-Définition. Il est proposé en version originale italienne (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

Côté bonus, le film est accompagné d’une présentation signée Emmanuel Le Gagne (2024, 14 min.), de « La Clé du Giallo » : Entretien avec Ernesto Gastaldi (2024, 22 min.), d’un diaporama d’affiches et photos (1 min.) ainsi que d’une Bande-annonce.

Edité par Artus Films, « Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé » est disponible en blu-ray depuis le 2 décembre 2025. Il fait également partie du coffret blu-ray « La trilogie du vice » paru chez le même éditeur le 4 juin 2024.

Le site Internet d’Artus Films est ici. Sa page Facebook est ici.