Mariti in citta

Par Platinoch @Platinoch

Un grand merci à Tamasa Diffusion pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Mariti in citta » de Luigi Comencini.

« Ils viennent de se marier, ça se voit : je n’appelle plus ma femme « Trésor » depuis 1949 ! »

À Rome, au mois d’août, les épouses partent en vacances pendant que leurs maris restent à la maison pour travailler. C’est une période bénie pour ces hommes en quête d’aventures sentimentales. Sans leurs femmes pour les surveiller, ils s’éveillent à la séduction. Mario, Alberto, Fernando et Giacinto, ses amis, vont tenter de trouver l’amour…

« Elle n’en n’a pas l’air mais c’est une étrangère : elles ont une conception de l’amour très différente de la nôtre ! »

Figure majeure de la comédie à l’italienne, Luigi Comencini occupe une place singulière dans le paysage du cinéma italien d’après-guerre. Moins satirique et acerbe qu’un Dino Risi, moins grotesque qu’un Mario Monicelli, Comencini développe une sensibilité plus tendre, s’intéressant aux fragilités humaines et aux mutations sociales. Son cinéma mêle chronique intime et observation sociologique, souvent centrée sur des figures en crise : enfants, marginaux, ou, comme ici, hommes désorientés. Réalisé en 1957, « Mariti in città » (Littéralement « Maris en ville », mais qui sera traduit en France par « Maris en liberté ») s’inscrit dans le contexte du miracle économique italien, période de croissance rapide qui transforme profondément les mœurs et les rapports familiaux. Il participe aussi à un tournant dans la carrière du cinéaste, qui commence alors à s’éloigner progressivement du néoréalisme strict pour évoluer vers la comédie à l’italienne.

« Je voudrais être bigame pour les rendre heureuses… Ce qu’il faudrait aux hommes c’est un harem ! »

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent, dit-on. Il en va un peu de même pour les maris lorsque les épouses délaissent le foyer pour emmener les enfants en vacances. Profitant de la moiteur d’un été romain, Comencini s’amuse à observer un groupe d’hommes restés seuls en ville, se détachant pour un temps de leurs obligations et de la routine familiales. Un postulat simple, qui n’est pas sans rappeler celui du mythique « Sept de réflexion » (de Billy Wilder, avec Maryline Monroe) sorti quelques mois plus tôt. Et qui lui permet d’esquisser, sous couvert de comédie, une véritable anthropologie du masculin italien. Mais derrière son apparente légèreté, « Mariti in città » s’emploie à démythifier l’image du latin viril et macho. Le cinéaste livre ainsi une étude subtile de la vacuité et de la dépendance affective masculine. Privés de leur épouse — et donc du cadre conjugal — les personnages peinent à investir leur liberté : ils errent, s’ennuient et enchaînent des tentatives maladroites de séduction ou de distraction, révélant leur incapacité à exister en dehors du foyer. Comencini renverse le fantasme d’une liberté masculine conquérante : loin d’être émancipés, ses personnages apparaissent immatures, dépendants et prisonniers de leurs habitudes. La structure de film choral lui permet de varier les registres, du comique de situation à une mélancolie plus diffuse, instaurant une tonalité constamment ambivalente où le rire reste teinté d’inquiétude. Dans ce contexte de mutation, le film observe avec une ironie douce-amère l’évolution sociologique en cours. L’absence des femmes, parties en voyage, agit comme un révélateur : livrés à eux-mêmes, les hommes oscillent entre désir de liberté et incapacité à s’émanciper, exposant ainsi leurs contradictions ainsi que la fragilité de leur posture. Comédie discrète mais beaucoup plus fine qu’elle ne parait, « Mariti in citta » surprend par la modernité de son propos. Et mérite très largement d’être redécouverte.

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Le blu-ray : Le film est présenté en version intégrale restaurée en Haute-Définition et proposé en version originale italienne (1.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

Côté bonus, le film est accompagné de « Mariti in Città par Aurore Renaut », retour sur le film, son contexte, sa place dans la filmographie de Comencini (20 min.), ainsi que d’une Bande-annonce. Un livret de 16 pages contenant des notes de production et des croquis préparatifs des décors est également inclus.

Édité par Tamasa, « Mariti in Citta » est disponible en combo blu-ray + DVD depuis le 22 octobre 2024.

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