Un grand merci à Tamasa pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Les violons du bal » de Michel Drach.
« Les juifs, vous savez, c’est pas très peu commercial. Juifs morts à la rigueur. Mais juifs vivants, c’est invendable ! »
Michel, un cinéaste, veut réaliser depuis 20 ans le même film, autobiographique sur son enfance au sein d’une famille juive sous l’occupation. Tous les éléments de sa vie d’enfant, vie rêvée, souvenirs transposés et irréalistes, viennent s’y confondre.
« Fellini, il ne filme même plus d’histoires… Il filme des émotions : mais il lui faut quand même de la pellicule ! »
Formé à la peinture aux Beaux-Arts, Michel Drach choisit finalement de se former au cinéma aux côtés de son cousin, Jean-Pierre Melville, dont il est l’assistant sur ses premiers films (« Le silence de la mer », ). Passant ensuite à son tour derrière la caméra, ses premières réalisations, notamment son premier film « On n’enterre pas le dimanche » (1960), le rapproche de par son style à la Nouvelle-Vague, courant auquel il n’appartient cependant pas. Il alterne ensuite films d’auteur et réalisations plus commerciales, notamment « Élise ou la vraie vie » (1970), chronique engagée sur la guerre d’Algérie qui accentue sa réputation de réalisateur politique mais inclassable. Son plus grand succès critique et public intervient en 1974 avec « Les violons du bal », qui réunit plus d’un million de spectateurs en salles. Un film autobiographique, basé sur son enfance juive sous l’Occupation, qu’il mûrit pendant près de vingt ans. Et qu’il eut surtout du mal à financer, le sujet refroidissant la plupart des producteurs. Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 1974, « Les Violons du bal » offre à Marie‑José Nat, alors l’épouse du cinéaste, un prix d’interprétation féminine.
« Vous voulez tourner un film qui se passe en 1939 ? Mais vous avez trente-deux ans de retard ! »
Le film mêle deux temporalités : le passé d’un enfant juif traqué pendant l’Occupation et le présent d’un cinéaste cherchant à financer ce récit. Ces niveaux s’entrecroisent dans une forme introspective où mémoire, imagination et contraintes contemporaines traduisent le surgissement douloureux du souvenir. Le choix esthétique inverse les codes : le présent est en noir et blanc, tandis que l’enfance apparaît en couleurs, plus vive et subjective, opposée à un présent désenchanté. En recourant au procédé du « film dans le film », Drach met en parallèle deux formes d’oppression : celle, vitale, de la persécution sous l’Occupation, et celle, plus insidieuse, du système cinématographique qui impose des logiques commerciales. En les rapprochant, Drach dénonce cette même volonté collective et institutionnelle de faire disparaitre, de refuser de montrer une vérité encore mal assumée trente ans après la guerre. D’ailleurs, de façon presque cathartique, lorsque le personnage du cinéaste offre son assistance à un fugitif traqué, le film suggère que les mêmes mécaniques de traque se rejouent toujours, quelque soit l’époque. Histoire de brouiller un peu plus les pistes entre fiction et réalité, Drach dirige ici son épouse (Marie-Josée Nat, lumineuse, dans le rôle de sa mère) et son fils (qui interprète le cinéaste encore enfant). Le problème du film, c’est qu’à force de vouloir jouer sur deux tableaux, il se perd quelque peu dans un numéro d’équilibriste intenable : si la partie ayant trait à l’enfance de l’auteur durant l’Occupation, contée toute en retenue, se révèle souvent émouvante (de par la jolie relation mère-fils) et même haletante lors de la scène finale de la fuite en Suisse, la partie « contemporaine » et l’aide apportée au jeune fugitif parait très artificielle. Il n’empêche, si la Shoah n’est ici que suggérée, « Les violons du bal » reste l’un des tous premiers films français (« Le chagrin et la pitié » ouvrait la voie trois ans plus tôt) à aborder frontalement ce sujet, qui plus est sous l’angle de la collaboration française. Ce qui en fait un film forcément important, en dépit de ses nombreuses imperfections formelles.
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Le blu-ray : Le film est présenté dans un Master restauré 2K et proposé en version originale française (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.
Côté bonus, le film est accompagné de « Carnet de bal » (52’), du court-métrage « La Mer sera haute à seize heures » de Michel Drach (1974, 13 min) ainsi que d’une bande-annonce. Un livret de 64 pages, « Autour des Violons du bal » (avec textes, documents, photos inédites) vient compléter cette riche édition.
Édité par Tamasa, « Les violons du bal » est disponible en combo blu-ray + DVD depuis le 19 novembre 2024.
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